Notre sélection de films à voir en DVD et Blu-Ray

Retrouvez notre sélection de films à voir en DVD et Blu-Ray

EN DVD:

Confidente, de Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti

Confidente suit Arzu, une jeune femme travaillant dans un call-center soi-disant érotique d’Ankara, où elle subit quotidiennement les fantasmes violents et humiliants d’hommes anonymes. Dans cet environnement claustrophobe, l’érotisme affiché disparaît derrière une misogynie brute et systémique. Un jour, elle reçoit l’appel inattendu d’un adolescent coincé sous les décombres d’un immeuble après un séisme. Cette voix en détresse l’oblige à raviver une empathie qu’un système oppressif avait étouffée.
Le film met en parallèle deux violences : celle de la société patriarcale turque et celle, naturelle, du tremblement de terre. Arzu se retrouve au cœur d’un dilemme moral : pardonner et rester humaine malgré la déshumanisation qu’elle subit. Le huis clos, minimaliste et tendu, devient une parabole sur les rapports de domination et l’inertie politique face aux inégalités de genre.
Porté par l’interprétation intense de Saadet Işıl Aksoy, Confidente offre une critique sociale lucide, anxiogène et profondément politique.

Eddington, de Ari Aster (aussi en Blu-Ray)

Présenté en compétition officielle à Cannes 2025, Eddington marque une rupture dans la carrière d’Ari Aster, qui délaisse l’horreur mystique pour une fresque politique corrosive. Le film suit l’affrontement entre Joe Cross, shérif populiste d’une petite ville du Nouveau-Mexique, et le maire Ted Garcia. Ce duel local devient le révélateur des fractures idéologiques américaines. Dans un décor aride miné par la précarité, le complotisme et les tensions raciales, la communauté sombre dans un climat de haine et de violence civile.
Aster transforme progressivement le récit en pamphlet halluciné, nourri d’une paranoïa collective et d’un humour acide. L’ombre de Donald Trump plane sur cette Amérique périphérique où s’exacerbent identitarisme et dérive autoritaire. La première partie expose un choc de visions politiques, avant que la seconde ne bascule dans un chaos féroce.
Joe Cross incarne alors le glissement vers l’irrationnel d’un pays au bord de l’implosion. Eddington apparaît comme l’œuvre la plus frontale d’Aster depuis Midsommar, un film dérangeant mais d’une lucidité glaçante sur une démocratie en décomposition.

Gangs of Taiwan, de Keff

Présenté à la Semaine de la Critique, Gangs of Taiwan de Keff s’impose comme un Orange mécanique taïwanais, dominé par une violence brute dans un contexte économique fragilisé. Zhong-Han, jeune homme mutique, mène une double vie : employé discret le jour dans la cantine misérable de son père, racketteur nocturne au sein d’un gang local. Cette ambivalence reflète une société précaire, où la jeunesse cherche dans la délinquance un exutoire à son absence d’avenir.
Keff oppose la banalité d’un restaurant en faillite à la noirceur des rues de Taipei, où battes et couteaux dictent la loi. Le film dépeint une île rongée par les tensions économiques et la peur d’une incursion chinoise. Sa mise en scène, clinique et tendue, expose la sauvagerie de ces jeunes livrés à eux-mêmes.
Malgré quelques longueurs, le film brille par son esthétique et son climat oppressant. Zhong-Han, tiraillé entre amour naissant et spirale criminelle, incarne une génération résignée. Sans dialogues, Wei Chen-Liu offre une performance puissante, oscillant entre douceur et brutalité. Gangs of Taiwan apparaît ainsi comme un drame criminel sombre, politique et profondément humain.

L’Histoire de Souleymane, de Boris Lojkine

L’Histoire de Souleymane, acclamé à Cannes 2024, suit le quotidien éprouvant d’un jeune Guinéen immigré à Paris, prêt à tout pour s’offrir une vie meilleure. Souleymane, muni d’un simple récépissé de séjour, enchaîne les courses à vélo pour survivre. Le film dévoile la précarité extrême de son existence : salaires dérisoires, travail harassant, absence de logement stable, dépendance totale à une décision administrative.
Boris Lojkine adopte une mise en scène quasi documentaire, filmant son personnage de près, toujours en mouvement, pour souligner l’urgence permanente dans laquelle il vit. À l’image d’À plein temps, le film installe une tension continue qui met en lumière la souffrance et l’anxiété quotidiennes de ces travailleurs invisibles.
Tout en dénonçant la brutalité du système des plateformes de livraison, le film révèle aussi la face cachée de la procédure de régularisation. Abou Sangaré, bouleversant, incarne avec une justesse rare un homme broyé par la précarité mais déterminé à avancer. L’Histoire de Souleymane s’impose comme une œuvre sociale lucide, poignante et nécessaire.

Kneecap, de Rich Peppiatt

Kneecap retrace l’ascension d’un trio de rappeurs irlandais — Mo Chara, DJ Próvaí et Móglaí Bap — qui défendent la langue gaélique avec un flow radical et provocateur. Rich Peppiatt signe un film énergique, immersif, loin du documentaire, qui épouse pleinement l’esthétique débridée du groupe. Né d’une interpellation lors d’une manifestation pour la loi sur la langue irlandaise, le trio s’impose avec une musique impertinente, satirique et politiquement engagée.
Le film, proche d’un Trainspotting irlandais, montre des artistes déjantés, sans filtre, consommateurs invétérés et en rupture avec les normes sociales. Leur univers musical mêle humour noir, revendication culturelle et satire violente.
Joyeusement loufoque, parfois surréaliste, Kneecap interroge la lutte linguistique en Irlande du Nord, où défendre le gaélique signifie affirmer une identité encore contestée. Avec une mise en scène dynamique et colorée, Peppiatt sublime le trio sans le caricaturer.
Désordonné mais intensément libre, le film capture l’esprit protestataire de Kneecap et l’urgence de préserver une tradition menacée.

Sorry, Baby, de Eva Victor

Sorry, Baby, premier long-métrage d’Eva Victor, aborde l’emprise masculine avec un humour singulier et une forme narrative atypique. Le film suit Agnès, une doctorante sous l’influence d’un professeur prédateur, sans jamais recourir aux codes du film de procès ou du récit judiciaire. Fragmenté en chapitres, le récit suggère l’agression sans la montrer, privilégiant l’intime aux affrontements frontaux.
Agnès trouve refuge auprès de Lydia, son amie loyale, dont la complicité apporte respiration et humour. Eva Victor choisit un ton doux-amer, où les gestes du quotidien, les silences et les regards chargés remplacent le discours militant. Agnès apparaît comme une héroïne non stéréotypée, fragile mais lucide, oscillant entre douleur et folie douce.
Le film joue sur un décalage constant entre gravité et légèreté, injectant de l’absurde et de la tendresse dans un sujet sombre. Sur fond d’Amérique profonde, Sorry, Baby devient un portrait subtil d’une femme en lutte, refusant les récits attendus. Une œuvre personnelle et audacieuse, qui prouve qu’on peut affronter la violence sans renoncer au rire.

Touch, de Baltasar Kormakur

Touch, de Baltasar Kormákur, est une romance nostalgique qui célèbre la force des sentiments à travers le temps. Le film raconte l’histoire de Kristofer, étudiant islandais à Londres, qui tombe amoureux de Miko, la fille d’un restaurateur japonais, malgré l’opposition farouche du père. Leur relation se brise sous la pression familiale, laissant chacun suivre sa route.
Des années plus tard, Kristofer, désormais âgé, part à la recherche de cet amour perdu. Le récit alterne entre passé et présent, révélant une histoire fondée sur les rendez-vous manqués, les regrets et les sentiments persistants. La gastronomie japonaise devient un langage émotionnel, un lien entre les époques et les cultures.
Kormákur explore la mémoire, les choix silencieux et les bifurcations qui façonnent une vie. Sous son apparence classique, Touch aborde aussi des thèmes sensibles comme l’après-guerre, Hiroshima et l’immigration japonaise.
D’une grande sobriété, loin de ses films plus spectaculaires, Kormákur signe une œuvre délicate, fluide et mature, confirmant que l’amour, lui aussi, traverse les frontières.

Miroir No.3, de Christian Petzold

Miroir No.3, présenté à la Quinzaine des Cinéastes 2025, voit Christian Petzold explorer le poids de l’absence et la trace laissée par les morts dans un foyer. Le film suit Laura, étudiante berlinoise rescapée d’un accident, recueillie par Betty, une femme vivant près d’une route isolée. Derrière l’hospitalité de cette dernière se cachent des émotions enfouies et un secret familial lié à un deuil.
Fidèle à son style, Petzold déploie un récit épuré, ancré dans le réalisme, où les silences et les ellipses portent la tension émotionnelle. La mise en scène minimaliste — plans fixes, peu de lieux, mouvements rares — construit un quasi huis clos où les personnages affrontent leurs vérités intimes.
La maison de Betty, remplie d’objets en panne, devient le miroir d’un passé douloureux. Petzold y poursuit son exploration des êtres hantés, mêlant mélodrame discret et mystère sourd.
Miroir No.3 est une méditation sensible sur la persistance des souvenirs, les ombres des disparus et les spectres du passé qui continuent d’habiter les vivants.

Slocum et moi, de Jean-François Laguionie (aussi en Blu-Ray)

Slocum et moi, présenté à Cannes 2024 et Annecy 2024, est le nouveau film autobiographique de Jean-François Laguionie, 84 ans, qui mêle souvenirs d’enfance et hommage au navigateur Joshua Slocum. Dans la France des années 50, le jeune François observe ses parents construire un voilier dans leur jardin, réplique du célèbre bateau du marin. Au fil du temps, l’adolescent découvre ses passions — la mer et le dessin — tandis que se dessine un portrait tendre de sa famille.
Laguionie raconte cette époque à travers une animation entièrement réalisée à la main, aux traits délicats et lumineux, qui magnifient la Marne et la modestie du pavillon familial. Le film devient un voyage maritime immobile : un bateau qui se construit, un rêve qui prend forme, un lien père-fils pudique mais sincère.
À travers ce récit intime, le cinéaste ressuscite la France d’après-guerre, ses paysages, ses guinguettes, ses cinémas de quartier. Plus qu’un hommage à Slocum, l’œuvre dévoile les fondations personnelles de l’artiste.
Slocum et moi apparaît ainsi comme un poème visuel, un conte d’apprentissage et une déclaration d’amour à un père adoptif et à un temps disparu.

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