Diamanti, Olivia, Le Mage du Kremlin: nos coups de coeur et coups de griffe de la semaine

Retrouvez nos coups de griffe et nos coups de coeur, dont Diamanti, de Ferzan Ozpetek.

Nos coups de coeur:

Diamanti, de Ferzan Ozpetek

Avec Diamanti, Ferzan Özpetek signe un film choral délicat et politique, situé au cœur d’une maison de couture italienne des années 1970. À travers le travail minutieux des couturières, le cinéaste rend hommage à des femmes longtemps restées dans l’ombre mais essentielles à la création artistique. Le récit entremêle deux temporalités, opposant une époque marquée par la domination masculine à un présent plus apaisé, symbole d’émancipation et de transmission. Les gestes répétés, le bruit des machines et la fabrication des costumes deviennent autant de signes d’un savoir-faire précieux et collectif. La maison de couture se transforme alors en microcosme social, lieu de résistance silencieuse et de solidarité féminine. Fidèle à son cinéma sensible, Özpetek filme les corps, les matières et les regards avec une attention presque tactile. Diamanti s’impose comme un hommage vibrant aux travailleuses invisibles, célébrant le féminisme à travers le travail, le temps et la mémoire.

Olivia, de Irène Iborra

Présenté au Festival d’Annecy, Olivia, réalisé par Irène Iborra, s’impose comme un film d’animation lumineux et profondément engagé. À travers le regard d’une fillette confrontée à la précarité et à la dépression de sa mère après une expulsion, le film aborde des thèmes sociaux forts sans jamais sombrer dans le pathos. Olivia, contrainte de grandir trop vite, transforme la réalité en fiction pour protéger son petit frère, faisant du cinéma un refuge et un outil de survie. Ce dispositif narratif à hauteur d’enfant confère au récit une grande justesse émotionnelle. L’animation, riche et expressive, accompagne avec finesse cette chronique de la débrouille et de la solidarité. En toile de fond se dessine une Espagne contemporaine marquée par ses fractures sociales et sa diversité. Accessible aux petits comme aux grands, Olivia séduit par sa pudeur, sa fluidité et son optimisme. Une œuvre douce et nécessaire, qui prouve que l’animation peut aussi être un puissant vecteur de conscience sociale.

Amour Apocalypse, de Anne Emond

Avec Amour Apocalypse, Anne Émond signe un film intime et singulier qui capte moins une histoire d’amour qu’un état de fatigue contemporaine. À travers Adam, personnage anxieux et désaccordé au monde, le film décrit une usure diffuse, sans catastrophe visible mais profondément ancrée. Patrick Hivon incarne ce malaise avec une précision troublante, tandis que la comédie vient adoucir, sans la nier, la gravité du propos. La rencontre avec Tina, interprétée par Piper Perabo, n’a rien d’une révélation salvatrice, mais ouvre un espace fragile de déplacement émotionnel. Anne Émond privilégie l’entre-deux, les silences et les digressions, épousant l’instabilité mentale de ses personnages. La mise en scène, douce et respirante, accompagne les corps sans les contraindre. Sans manifeste ni réponse définitive, Amour Apocalypse esquisse un geste politique discret : aimer, aujourd’hui, relève moins de l’évidence que d’une résistance humaine, modeste mais essentielle.

Une Page après l’autre, de Nick Cheuk

Avec Une Page après l’autre, le réalisateur hongkongais Nick Cheuk livre un film frontal et profondément nécessaire sur les ravages durables des traumatismes familiaux et de la violence psychologique. À partir de la découverte d’une lettre de suicide par un enseignant, le récit bascule dans une enquête intime qui ravive les blessures d’une enfance marquée par l’autorité écrasante d’un père tyrannique. Le film décrit avec une précision glaçante le harcèlement moral, la pression de la réussite et la désignation d’un enfant comme bouc émissaire. Au-delà du mystère narratif, l’œuvre explore les mécanismes de l’anxiété et de la dépression, ainsi que leurs répercussions à l’âge adulte. La mise en scène, habitée et viscérale, épouse l’état mental d’un personnage prisonnier de souvenirs jamais digérés. Inspiré de l’expérience personnelle du cinéaste, le film prend la forme d’un témoignage brut et sans concession. Une Page après l’autre s’impose ainsi comme une œuvre radicale et émouvante, rappelant avec force combien les violences invisibles laissent des cicatrices irréversibles.

Nos coups de griffe:

Le Mage du Kremlin, de Olivier Assayas

Olivier Assayas propose une évocation étonnamment plate de la Russie, de l’éclatement du bloc communiste à l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine. Malgré quelques passages formellement intéressants, le film peine à dépasser le stade du long exposé chronologique, proche d’un documentaire académique ou d’une fiche biographique appliquée. Rien n’est réellement éludé, mais peu d’éléments viennent enrichir ou complexifier la compréhension du personnage. La mise en scène reste trop illustrative, sans véritable point de vue critique ou émotionnel fort. Le récit accumule les faits plus qu’il ne les interroge. Dans cet ensemble assez convenu, Paul Dano et Jude Law parviennent néanmoins à tirer leur épingle du jeu, apportant une présence et une nuance qui manquent parfois à l’ensemble.

Grand Ciel, de Akihiro Hata

La construction d’un ensemble d’immeubles hyper modernes dissimule dans ses souterrains une force surnaturelle faite de poussières. Sur le papier, le mélange entre thriller urbain et fantastique intrigue, mais le film peine rapidement à tenir ses promesses. Faute de moyens et surtout d’épaisseur narrative, l’ensemble reste trop fragile pour réellement convaincre. La dimension surnaturelle demeure sous-exploitée, jamais pleinement inquiétante ni symboliquement forte. Le récit se replie alors sur une critique écologique et sociale déjà largement balisée, dénonçant le profit immobilier, le confort aseptisé et la modernité clinquante. Un propos attendu, sans véritable angle neuf ni mise en scène marquante. Grand Ciel se contente ainsi d’une démonstration convenue, laissant une impression d’inachevé malgré une idée de départ séduisante.

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