La Chambre de Mariana, En première ligne: notre sélection de films à voir en streaming

Découvrez cette semaine notre sélection de films à voir en streaming, dont La Chambre de Mariana.

Sur Universcine:

La Chambre de Mariana, de Emmanuel Finkiel

Huit ans après La Douleur, Emmanuel Finkiel adapte La Chambre de Mariana d’Aharon Appelfeld et propose un nouveau regard sur la Shoah, à hauteur d’enfant. En 1943, en Ukraine, Hugo, 12 ans, est caché par sa mère chez Mariana, une prostituée, pour échapper à la déportation. Enfermé dans le placard de sa chambre, il survit en observant le monde par fragments, à travers les sons, les silences et les interstices. Le film adopte une perception enfantine de l’horreur, mêlant souvenirs, rêveries et angoisses diffuses. Centré presque exclusivement sur la relation entre Hugo et cette figure maternelle de substitution, le récit privilégie l’émotion intime à la tension dramatique. Malgré une narration assez linéaire et peu de rebondissements, le film s’impose comme un témoignage sensible sur la survie et l’abandon. Mélanie Thierry y livre une performance remarquable, tout en retenue, entièrement en ukrainien, donnant au film sa gravité et sa dignité.

Premières classes, de Kateryna Gornostai

Premières classes, documentaire de Kateryna Gornostai, parcourt l’Ukraine pour saisir le quotidien d’écoliers et d’enseignants contraints de vivre et d’apprendre sous la menace constante des bombardements. Sans commentaire ni témoignage direct, le film observe la routine fragile des écoles rythmées par les sirènes, les abris et l’attente. La réalisatrice choisit de montrer non pas la destruction elle-même, mais ses effets durables sur les corps et les esprits, en particulier ceux des enfants. Entre regards inquiets, gestes mécaniques et discipline forcée, l’éducation devient un acte de résistance. En multipliant les lieux et les âges, le documentaire dessine un portrait collectif d’un système scolaire qui s’adapte pour survivre. Porté par la seule force des images, Premières classes témoigne avec sobriété de la résilience d’un pays où apprendre reste une manière d’espérer et de lutter contre l’effacement.

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En première ligne, de Petre Biondina Volpe

En première ligne, de Petra Biondina Volpe, plonge le spectateur au cœur d’un hôpital en crise à travers la journée harassante de Floria, infirmière en sous-effectif permanent, contrainte d’enchaîner les soins sans répit. Filmé caméra à l’épaule dans une immersion quasi documentaire, le long-métrage épouse le rythme effréné des couloirs, des gestes médicaux et de la fatigue accumulée. La mise en scène, tendue et resserrée, rend palpable la surcharge physique et émotionnelle qui pèse sur le personnel soignant. À hauteur de corps et de souffle, le film évite tout sensationnalisme pour capter la réalité brute d’un système de santé à bout de souffle. Portée par l’interprétation remarquable de Leonie Benesch, dont le visage exprime concentration, épuisement et résistance silencieuse, cette chronique du quotidien hospitalier devient un hommage puissant à un métier essentiel, fragilisé mais toujours debout face à l’urgence.

Renoir, de Chie Hayakawa

Trois ans après Plan 75, Chie Hayakawa poursuit avec Renoir une réflexion sensible sur les figures invisibles de la société, en déplaçant son regard de la vieillesse vers l’enfance. À travers Fuki, 11 ans, livrée à elle-même entre un père hospitalisé et une mère distante, la cinéaste explore la solitude silencieuse et l’abandon affectif comme états ordinaires. Plus doux dans sa forme mais tout aussi rigoureux, le film compose des cadres épurés où le silence et la lumière révèlent les émotions enfouies. Inspiré de l’enfance de la réalisatrice et situé dans le Japon des années 1980, Renoir interroge la famille nucléaire et l’érosion des liens intimes. Porté par l’interprétation remarquable de Yui Suzuki, le film transforme l’errance intérieure en geste politique discret, confirmant Hayakawa comme une cinéaste du retrait, de la fissure et de la fragilité humaine.

Sur CINE+OCS:

Loveable, de Lilja Ingolfsdottir

Récompensé au Festival de Cinéma Européen des Arcs, Loveable marque des débuts saisissants pour Lilja Ingolfsdottir, qui signe une chronique conjugale d’un réalisme âpre et sans concession. Le film suit Marie, mère débordée et épouse en perte de repères, dont la relation se délite sous le poids du quotidien, de la maternité et de l’absence affective. D’abord légère, la narration bascule rapidement vers une autopsie clinique du couple, faite de silences, de conflits et de désamour. Porté par l’interprétation troublante d’Helga Guren, Loveable dresse le portrait d’une femme imparfaite, souvent antipathique, mais profondément humaine. Radical dans sa forme, pessimiste dans son regard, le film refuse toute rédemption pour mieux interroger ce qu’il reste de l’amour lorsqu’il ne tient plus que par l’habitude. Malgré une froideur parfois éprouvante, cette œuvre austère affirme la naissance d’un regard singulier et sans compromis.

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