L’iconique Daniel Day-Lewis sort de sa retraite pour Anemone, premier long-métrage de son fils Ronan Day-Lewis. Un retour qui n’a rien d’anodin. Écrit à quatre mains, le film épouse les contours d’un récit intime, presque spéculaire, où fiction et trajectoire personnelle se frôlent sans jamais se confondre totalement.
Anemone suit Ray Stoker, homme retiré du monde, vivant en ermite dans une maison de pierre au cœur d’une forêt. Le confort y est sommaire, la solitude choisie. Ce retrait n’a rien d’idyllique : il est la conséquence d’un passé lourd, marqué par la violence et les silences. L’arrivée de son frère, interprété par Sean Bean, fissure cet équilibre précaire. La visite n’a rien de cordial ; elle ouvre un espace de confrontation où se rejouent blessures familiales et héritage irlandais abîmé par les conflits.
La dimension autobiographique affleure sans jamais être revendiquée. Comme Daniel Day-Lewis, Ray Stoker est un homme en rupture avec les normes, méfiant à l’égard du monde et des attentes sociales. Le parallèle est évident : carrière rare, choix mûrement réfléchis, goût du retrait. Anémone ne raconte pas la vie de l’acteur, mais interroge la nécessité de disparaître pour se préserver. La forêt devient ainsi une métaphore d’un rapport exigeant à l’art et au silence.
Ronan Day-Lewis privilégie une mise en scène épurée, attentive aux matières et aux respirations. Les anémones balayées par le vent, les clairières humides, la pénombre chaude de la cabane composent un écrin naturel qui contraste avec la tension intérieure des personnages. Le film tient du quasi huis clos : les dialogues, souvent heurtés, laissent émerger des vérités longtemps contenues. Le frère insiste, Ray se ferme. La parole devient terrain de lutte.
Daniel Day-Lewis livre une performance d’une précision remarquable. Tout est dans la retenue, dans les micro-variations du regard, dans la tension d’un corps qui semble vouloir disparaître. Par instants, son jeu rappelle l’intensité maîtrisée qu’il déployait dans Phantom Thread, mais débarrassée ici de toute flamboyance. Il ne compose pas un personnage spectaculaire ; il l’habite dans la fragilité, laissant affleurer une vulnérabilité rarement exposée à ce point.
Le rythme est lent, assumé. Cette temporalité contemplative peut parfois frôler la démonstration symbolique, et certaines séquences étirent plus qu’elles ne densifient. Pourtant, la cohérence visuelle et l’honnêteté du projet emportent l’adhésion. Anémone ne cherche pas l’effet, mais la résonance.
Plus qu’un simple retour d’acteur, Anemone apparaît comme un dialogue artistique entre un père et son fils. Il interroge la transmission, le retrait, la mémoire. Et suggère, avec une pudeur obstinée, que le silence peut parfois être une manière de continuer à créer.
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