Critique – Le Dernier pour la route : la valeur des relations

Le Dernier pour la route raconte la tournée sans fin de deux sexagénaires retraités bons vivants, Carlobianchi et Doriano, incarnés par Sergio Romano et Pierpaolo Capovilla, qui embarquent sur leur chemin un jeune étudiant en architecture, Giulio, interprété par Filippo Scotti.

Film de l’italien Francesco Sossai, Le Dernier pour la route se déroule de nos jours en Italie du Nord aux alentours de Venise. Carlo, Dori et Giulio, de deux générations différentes, partagent des instants de vie improvisés. Ils voguent au gré de leurs envies, de leurs souvenirs et des opportunités. Faite de bonheurs à la fois simples et précieux, cette expérience des plaisirs de la vie change la mentalité de Giulio.

De par sa mise en scène, Francesco Sossai parvient à insuffler un sentiment de légèreté et de liberté. Les deux ainés montrent au plus jeune comment profiter de la vie dans une sorte de rite d’initiation chaleureux. Ils jouent les rôles de mentors dans cet apprentissage concret de l’existence. Le spectateur peut tout à fait s’identifier à Giulio, qui lui-même s’imagine à la place de Genio, le troisième compère de leurs frasques passées. Ces passages précis sont admirablement filmés par le réalisateur. Ce dernier sait rendre palpable la proximité qui se développe entre les personnages. Ces moments suspendus dans le temps sont de plus en plus savoureux et émouvants.

D’unilatéral, le partage intergénérationnel devient mutuel. Réticent au début, puis observateur passif, Giulio prend confiance et se sert de sa connaissance pour l’architecture pour prendre toute sa place au cours d’une péripétie cocasse. Il finira par apprendre des choses à Carlo et Dori sur le patrimoine architectural et artistique local.

Le Dernier pour la route gagne en profondeur quand les répercussions tangibles du contexte actuel sont montrées à plusieurs reprises. La crise économique et sociale de 2008 fait fermer l’usine où travaillait Carlo. L’expansion urbaine change le territoire et empiète sur les bois. Le développement des infrastructures fait disparaître les anciennes maison et fermer les bars et restaurants que les deux plus âgés ont connus. Plusieurs personnages ressentent fortement l’influence du soft power américain dans la culture de leur pays. Francesco Sossai filme aussi la solitude ou les activités futiles d’une partie de la jeunesse.

La nostalgie pourrait prendre le dessus, mais le réalisateur met l’accent sur le fait de cultiver ce qui nous lie et ce qui nous rend humains : les relations les plus authentiques. Carlo et Dori, sous leurs apparences fêtardes superficielles, se révèlent être des personnages beaucoup plus complexes. Ils incarnent l’essentiel dans la dolce vita, cet art de vivre à l’italienne qui suit un certain hédonisme. À la différence de la recherche actuelle du plaisir ultra individualiste, les trois personnages font vivre les us et coutumes propres à leur pays, par leur façon d’être ensemble. D’un point de vue français, le message est aisément compréhensible et transposable, les deux cultures étant latines.

Le Dernier pour la route est un film très inspirant. Il incite à s’approprier cette manière de profiter de la vie dans son quotidien, à l’image de Giulio. La dernière scène est une ouverture dans ce sens : il est possible de trouver des moments de bonheurs simples sans aller chercher loin. Le dernier verre pour la route équivaut à un moment supplémentaire de partage pleinement vécu. Et cela n’a pas de prix.

La bande-annonce de Le Dernier pour la route:

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