The Plague a permis à Charlie Polinger de reçevoir le prix de la critique au Festival du Cinéma américain de Deauville 2025. Une récompense méritée pour ce film assourdissant qui traite de harcèlement entre adolescents dans un camp d’été.
Ben (Everett Blunck), jeune adolescent nouvel arrivé, se retrouve dans un groupe de garçons dont est exclu Eli (Kenny Rasmussen), qui souffre d’une affection de peau considérée comme la peste (the plague en anglais). Soupçonné d’être atteint lui aussi, Ben est rejeté et devient victime d’un harcèlement indicible dans ce camp de water-polo aux Etats-Unis.
Le cinéaste décrit de manière précise ce phénomène de harcèlement ayant lieu dans cet environnement en vase clos.
Jake (Kayo Martin), meneur, suivi de ses complices, suiveurs ou lâches, composent la bande de harceleurs. Si Eli se situe un stade plus loin, dans une extrême solitude, Ben paye les frais de sa compassion pour ce dernier. Tous ces jeunes acteurs jouent de façon particulièrement juste et bluffante de réalisme.
L’exclusion, l’humiliation, les moqueries, l’acharnement envers Ben vont croissants dans The Plague. Le fonctionnement du harcèlement retranscrit à l’écran correspond à la réalité subie par de nombreux adolescents, à l’école ou dans d’autres contextes. Bouleversant de vérité, Charlie Polinger insiste sur ces composantes jusqu’à rendre cette expérience insupportable.
Charlie Polinger présente bien la dimension psychologique du harcèlement chez le jeune garçon. Ben n’ose pas en parler, il protège ses agresseurs en leur trouvant des excuses ou en se mentant sur sa perception de la réalité. Son jugement est altéré, il en arrive même à blâmer Eli pour sa situation. Le retournement complet de cerveau causé par le harcèlement est bien décrit.
Le rôle des adultes pose largement question dans The Plague. Le coach, Daddy Wags (Joel Edgerton), même s’il affiche sa bonne volonté, met très longtemps à réagir. La mère de Ben ne semble pas mesurer la véritable ampleur du problème dans leur unique communication qui sonne pourtant comme un appel au secours. Aucun autre animateur n’est représenté à l’écran, dans le dortoir ou la cantine, comme pour insister sur le fait que ce harcèlement passe inaperçu.
Ayant des difficultés à exprimer clairement ce qu’il subit, Ben vit l’isolement, livré à lui-même. Le cinéaste rend bien compte de son malaise profond dans un espace-temps infini où règne une terreur sournoise. La durée du camp d’été apparait interminable et les jeunes gens ne sortent jamais du lieu. Il n’y a pas d’échappatoire possible, Ben est pris dans un piège mental qui se dessine peu à peu.
Le fond sonore participe à la création de cette atmosphère assourdissante. Charlie Polinger adopte le point de vue de son personnage principal en plaçant plusieurs fois la caméra à sa hauteur. Etourdi comme soûlé de coups, le jeune garçon déconnecte quand il souffre. Ben se retrouve dans une bulle, les bruits aux alentours devenant sourds. Grace à de virtuoses mouvements de caméra, la dernière scène où Ben danse en tournant à toute vitesse sur lui-même donne le vertige. Ressentant son corps qui s’emballe, son environnement défile jusqu’à devenir complètement flou.
Film qui secoue en profondeur, The Plague atteint son objectif : se mettre dans la peau d’un adolescent victime de harcèlement pour ressentir ce qu’il vit. Prendre conscience de la gravité de ce problème chez les jeunes demeure une nécessité absolue afin de désamorcer les situations qui peuvent conduire à des cas de harcèlement, véritable phénomène de société.
La bande-annonce de The Plague:
