Retrouvez nos differents avis concernant les sorties du mercredi 22 avril 2026, dont À voix basse, de Leyla Bouzid.
On recommande:
À voix basse, de Leyla Bouzid
La cinéaste Leyla Bouzid présente avec À voix basse, dévoilé à la Berlinale 2026, un film centré sur l’intime et les tensions qu’il révèle. Dans la continuité de Une histoire d’amour et de désir, elle suit Lilia, une jeune femme vivant en France, qui entretient une relation avec une autre femme sans parvenir à l’assumer auprès de sa famille. Le récit se déroule dans un contexte marqué par le deuil et par les différences de regard entre la France et le Maroc sur l’homosexualité. Le film montre les hésitations, les non-dits et les difficultés à trouver sa place entre attachement familial et désir personnel. La mise en scène reste simple, proche des visages et des corps, attentive aux silences et aux gestes. Sans discours appuyé, Bouzid fait apparaître les pressions sociales et les contradictions qui entourent ses personnages. L’histoire d’amour avance dans cet équilibre fragile, entre liberté et contrainte. Le film met en lumière une réalité encore peu visible, sans chercher à démontrer. À voix basse propose ainsi un regard sobre sur une expérience intime traversée par des enjeux plus larges.
Les Fleurs du manguier, de Akio Fujimoto
Le cinéaste Akio Fujimoto signe avec Les Fleurs du manguier, récompensé au Mostra de Venise 2025, un récit centré sur le parcours de deux enfants rohingyas fuyant un camp de réfugiés au Bangladesh pour tenter de rejoindre la Malaisie. À travers ce voyage dangereux, le film met en lumière une crise humanitaire souvent absente de l’actualité, en adoptant un point de vue à hauteur d’enfant. La mise en scène privilégie une photographie sombre et nocturne, traduisant la peur constante et l’incertitude, tout en laissant apparaître un espoir fragile symbolisé par le manguier. Sans montrer directement la violence armée, le récit insiste sur l’épuisement physique et émotionnel des personnages, confrontés à un environnement hostile. La relation entre le frère et la sœur constitue le cœur du film, mêlant fragilité et solidarité face aux épreuves. Fujimoto choisit une approche sobre, centrée sur les regards et les silences, renforcée par une musique discrète. Le film avance ainsi vers une issue inévitable, en soulignant la dignité des personnages. Les Fleurs du manguier propose un regard direct sur une réalité contemporaine, en liant une histoire intime à une situation politique plus large.
Pour le meilleur, de Marie-Castille Mention-Schaar
Adapté de l’histoire de Philippe Croizon et Suzana Sabino, Pour le meilleur de Marie-Castille Mention-Schaar retrace le défi de la traversée de la Manche à la nage par un homme amputé des quatre membres, tout en mettant au centre une histoire d’amour forte et sincère. Le film suit la relation entre Philippe, incarné par Pierre Rabine, lui-même nageur handisport, et Suzana, dont le soutien constant devient essentiel dans ce parcours. Sans jamais tomber dans le misérabilisme, le récit montre le quotidien du protagoniste, son autonomie et son organisation, tout en construisant progressivement la préparation physique et mentale nécessaire à un tel exploit. À travers l’entraînement, les doutes et la persévérance, le film insiste sur les valeurs d’effort, de résilience et de dépassement de soi. La mise en scène met en avant les corps dans l’eau, soulignant à la fois la difficulté et la progression, jusqu’à la traversée finale, marquée par un sentiment d’immensité. La musique accompagne cette montée en intensité sans excès, donnant au défi une dimension presque héroïque. En filigrane, le film rappelle aussi d’autres exploits comme celui de Gertrude Ederle, inscrivant cette performance dans une histoire plus large. Pour le meilleur propose ainsi un regard direct et humain sur le handicap, en le reliant à une aventure personnelle et collective.
La Poupée, de Sophie Beaulieu
Dans La Poupée, Sophie Beaulieu propose une comédie grinçante sur la solitude et la quête d’amour à travers le personnage de Rémi, incarné par Vincent Macaigne, qui se réfugie dans une relation avec une poupée grandeur nature après une rupture. Lorsque cette compagne imaginaire prend forme humaine, le film bascule vers une réflexion sur les dérives d’un marché des sentiments et sur les normes affectives qui pèsent sur les individus. Entre humour et mélancolie, le récit interroge la dépendance affective et la difficulté à construire des relations dans une société codifiée, tout en dressant le portrait d’un homme à la fois attachant et enfermé dans sa solitude. Sans recourir à des effets spectaculaires, la mise en scène accompagne naturellement cette situation absurde qui devient peu à peu crédible. Par son ton léger et accessible, le film évoque en creux des œuvres comme Her, tout en s’ancrant dans une réalité plus concrète. La Poupée parvient ainsi à mêler humour et regard critique, en questionnant nos rapports à l’amour sans tomber dans une satire trop appuyée.
Mārama , de Taratoa Stappard
Dans Mārama, Taratoa Stappard mêle film d’épouvante et récit identitaire en suivant Mary, jeune femme d’origine māorie incarnée par Ariana Osborne, qui part en Angleterre au XIXe siècle à la recherche de ses origines. Son enquête la conduit chez le capitaine Cole, joué par Toby Stephens, ancien baleinier lié à son passé, où elle découvre une histoire familiale marquée par la violence. Le film s’appuie sur des visions qui plongent Mary dans les souvenirs de ses ancêtres, lui révélant progressivement la vérité derrière les apparences. À travers cette expérience sensorielle et presque surnaturelle, le récit explore la mémoire, la transmission et la quête d’identité, entre héritage anglais et racines māories. L’atmosphère repose sur une mise en scène classique du genre, entre pénombre, éclairages à la lanterne et silences pesants, renforcée par une musique dramatique. La tension grandit à mesure que le personnage bascule de la peur à la révolte, porté par un désir de justice et de réparation. En confrontant le passé colonial et les questions d’appartenance culturelle, Mārama propose un film d’horreur qui dépasse le simple cadre du genre pour s’ancrer dans une réflexion plus large sur la mémoire et l’identité.
Soumsoum, la nuit des astres, de Mahamat Saleh-Haroun
Dans Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun propose un film à la croisée du fantastique et du réalisme, récompensé du prix FIPRESCI à la Berlinale, où il poursuit son exploration d’un féminisme africain déjà présent dans Lingui, les liens sacrés. Le récit suit Kellou, jeune femme sujette à des visions, incarnée par Maïmouna Miawana, qui devient un lien entre les vivants et les morts, tandis qu’elle croise Aya, une exilée porteuse d’un passé douloureux. À travers cette trajectoire, le film s’appuie sur les mythes et traditions tchadiennes, notamment autour des figures de sorcières et du culte des ancêtres, pour interroger la mémoire et la place des femmes dans des sociétés dominées par des structures patriarcales. L’atmosphère mystique, faite d’apparitions et de visions, s’inscrit dans des paysages magnifiés qui ancrent le récit dans une réalité tangible. Haroun met en scène une héroïne en rupture avec les normes, confrontée à l’exclusion et à la peur, mais porteuse d’un changement possible. Malgré une approche naturaliste et une volonté de retenue, le film souffre toutefois de quelques longueurs, notamment dans sa dernière partie. Soumsoum, la nuit des astres reste néanmoins une œuvre singulière, entre réflexion culturelle, engagement politique et exploration sensorielle.
On ne recommande pas:
Caravane, de Zuzana Kirchnerova
Caravane aborde un sujet universel — le handicap et le rôle essentiel des proches aidants — mais peine à lui donner une véritable profondeur. Le film effleure ses enjeux sans jamais les explorer pleinement, laissant une impression de traitement superficiel. Le handicap y est représenté de manière assez lisse, sans complexité ni véritable incarnation, ce qui limite l’impact émotionnel du récit. En restant à distance de son sujet, le film ne parvient pas à rendre compte des réalités concrètes ni des tensions vécues par les personnages, et passe à côté d’une matière pourtant riche et nécessaire.
