Critique-Maspalomas: jeune et vieux à la fois

Avec Maspalomas, distingué aux Goya, José Mari Goenaga et Aitor Arregi proposent un film d’une absolue profondeur sur la collision entre la vieillesse du corps et la jeunesse de l’esprit. Une œuvre révélatrice des forces comme des fragilités d’une vie.

À Maspalomas, son paradis terrestre, Vicente profite de sa retraite entre mer, sable et rencontres homosexuelles. Ce lieu idéal pour assouvir une homosexualité longtemps cachée s’éloigne lorsqu’il est victime d’un AVC et se retrouve placé par sa fille dans une maison de repos.

Maspalomas débute sur une longue plage lumineuse, où Vicente, aux cheveux colorés, évolue heureux dans un havre fait d’échanges et de rencontres, loin de la famille qu’il avait fondée. Goenaga et Arregi y introduisent un personnage aux fantasmes assouvis, à la sexualité libérée, doté d’une philosophie de vie distincte de celle de son passé. Puis, la narration prend un tournant plus douloureux, symbole du temps qui passe et du corps qui vieillit. Maspalomas devient alors un film sur la vieillesse inévitable et l’effacement progressif des idéaux personnels.

Dans sa forme, Maspalomas opère une séduction convaincante, filmant les décors de l’institut comme une zone d’enfermement, avec ses règles strictes et un quotidien rythmé par les soins et les repas. Au cœur de cet endroit, le duo de cinéastes place d’abord Vicente dans une posture d’homme contraint de suivre cette routine sans conviction, avec une fille qu’il n’a pas beaucoup vue depuis des années. Les nombreuses scènes dans les couloirs témoignent d’une volonté de représenter une étape amère de l’existence humaine, celle d’un âge où les résidents se partagent entre solitude et désir de communauté. Les couleurs disparaissent, les cheveux blanchissent, les traits se crispent et se rident ; les plans passent du retraité joyeux à un homme plus triste, perdu dans les méandres d’un corps qui révèle désormais ses faiblesses.

La mise en scène d’Arregi et Goenaga est précise et si ciselée que l’angoisse des lieux se transmet pleinement, reproduisant avec justesse les entretiens médicaux et l’écoulement du temps dans ces espaces à la blancheur luisante, où seul un jardin verdoyant apporte une respiration. Les cinéastes espagnols filment les recoins austères de l’établissement, mais se concentrent essentiellement sur le devenir émotionnel de ce personnage, dont les cadrages montrent la défaillance physique, loin de ceux qui le faisaient déambuler librement sur les plages de Maspalomas.

Pourtant, aussi terrible soit-il, le sujet n’évoque pas seulement les affres des années qui s’égrènent. Au contraire, la narration touche profondément en proposant l’étude d’un esprit jeune dans un corps vieillissant, ainsi que cette nostalgie d’un paradis terrestre fréquenté durant des décennies. L’opposition entre la chaleur lumineuse du soleil et le froid sombre de la grande ville espagnole demeure particulièrement saisissante dans ce film résolument optimiste. Maspalomas ne développe pas l’amertume ; il la transforme en douleur temporaire, marquée par les procédures de guérison et un Vicente en quête d’une autonomie disparue. Celui-ci se lie d’amitié avec son partenaire de chambre, son exact opposé de caractère : deux hommes philosophiquement différents mais réunis par une solitude grandissante.

Film d’amour, Maspalomas ne se concentre pas uniquement sur les sentiments humains et amicaux, mais aussi sur la survivance des souvenirs liés à ce territoire paradisiaque, perçu comme un espace de liberté pour celui qui n’a jamais fait son coming-out. Œuvre LGBT, le film est également bien plus qu’une simple histoire homosexuelle, puisque le duo de réalisateurs raconte des expériences vécues et universelles. Pour autant, le désir sexuel affleure et fait remonter à la surface la problématique de la révélation de sa sexualité pour un père. Tout est narré avec finesse, sans voyeurisme, puisque l’ensemble de la direction d’acteurs repose sur des répliques et des séquences où la solidarité humaine s’exprime avec force. Maspalomas est un film indéniablement habile, porté par une morale bienveillante et progressiste sur le souhait d’une personne gay d’être physiquement et sexuellement libre.

La bande-annonce:

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