Avec De La Comédie-Française, Martin Darondeau et Bertrand Usclat explorent avec humour les arcanes de la célèbre troupe fondée par Molière. Portée par plusieurs sociétaires et pensionnaires de l’institution, cette comédie rythmée et enlevée dévoile les coulisses d’un univers aussi prestigieux que chaotique.
Le film raconte les préparatifs mouvementés d’une première qui s’annonce sous de mauvais auspices. Entre répétitions stressantes et imprévus de dernière minute, la troupe se retrouve plongée dans une véritable course contre la montre avant le lever de rideau.
Emmenés par Pauline Clément, les habitués des planches s’en donnent à cœur joie. De Laurent Stocker à Benjamin Lavernhe, en passant par Marina Hands et Guillaume Gallienne, les comédiens composent une galerie de personnages hauts en couleur. Les réalisateurs s’amusent à démystifier la Comédie-Française à travers une succession de situations absurdes et de dialogues particulièrement inspirés.
Finement interprété et volontiers burlesque, le film montre, avec une dose assumée d’exagération, l’envers du décor d’une première théâtrale. Rien ne semble se dérouler comme prévu. Le spectacle approche, les tensions montent, les acteurs se chamaillent et l’organisation paraît constamment menacée par le chaos ambiant. Cette agitation nourrit une mécanique comique particulièrement efficace.
Durant 1 h 15, tout concourt à transformer cette soirée culturelle en catastrophe annoncée. Problèmes techniques, crises existentielles et malentendus s’accumulent dans une succession de scènes où le rire naît autant des situations que des personnages eux-mêmes. Les dialogues fusent, les nerfs lâchent et les coulisses deviennent le théâtre de querelles aussi hilarantes qu’improbables.
Réussi et conçu pour divertir, De La Comédie-Française ressemble parfois à une pièce de théâtre filmée. Le rideau se lève sur une troupe au bord de l’implosion, dont les loges deviennent le terrain de discordes savoureuses. Les acteurs prennent un plaisir évident à jouer contre leur image habituelle, multipliant les effets de second degré et d’autodérision.
Si les personnages ne manient pas toujours la langue de Molière, l’esprit du dramaturge plane pourtant sur l’ensemble. Les réalisateurs convoquent une forme de comique héritée de ses œuvres, faite de quiproquos, de fourberies et de situations absurdes, le tout revisité avec une sensibilité contemporaine. Sous le regard symbolique de l’auteur du Bourgeois gentilhomme, tout semble partir à la dérive sans jamais perdre sa légèreté.
La caméra de Darondeau et Usclat accompagne l’agitation permanente des coulisses. Cette mobilité renforce le sentiment d’urgence qui gagne progressivement les personnages. Le montage nerveux participe pleinement à cette dynamique et donne parfois au film des allures de farce ou de vaudeville moderne.
Récompensé par quatre prix lors du dernier Festival de l’Alpe d’Huez, De La Comédie-Française se distingue dans un paysage souvent encombré de comédies formatées. Grâce à la vivacité de sa mise en scène, à l’efficacité de son écriture et à l’inventivité de ses situations, le film trouve un ton singulier. Ce qui séduit avant tout demeure son mordant, son énergie collective et son regard affectueusement moqueur sur une institution mythique du théâtre français.
La bande-annonce:
