Critique-La Vie d’une femme: celle d’une personne de son temps

Léa Drucker réenfile la blouse blanche dans La Vie d’une femme, réalisé par Charline Bourgeois-Tacquet, qui sent bon le female gaze et affirme la place centrale de la femme dans l’échiquier humain.

Charline Bourgeois-Tacquet signe un film résolument énergique, construit en plusieurs chapitres, qui racontent chacun un pan de la vie d’une femme moderne, de son temps, jonglant entre son existence personnelle de mère de famille et sa carrière professionnelle réglée comme une horlogerie, à coups de rigueur et de discipline médicale. Léa Drucker incarne une praticienne exerçant dans un hôpital public, avec ce que cela implique en termes de folie, de rythme et d’organisation.

C’est bel et bien le visage d’une représentante féminine surmenée que dessine la réalisatrice, prise entre les obligations d’un travail chronophage et prenant, et un espace personnel amoindri, dilué par les pressions diverses. Le film constitue, de ce point de vue, un véritable exemple de female gaze, en proposant un regard féminin sur un parcours somme toute classique : celui d’un personnage qui perd peu à peu sa féminité dans les méandres du stress et des devoirs imposés par la société, de toutes ces choses qui reposent encore largement sur les épaules d’une femme.

la vie d'une femme

La cinéaste ne cherche pourtant pas à alourdir son propos en accusant systématiquement la gent masculine. La Vie d’une femme est avant tout le portrait d’une personne qui a véritablement fait ses propres choix. La mise en scène se teinte alors de douceur et de légèreté, notamment à travers la rencontre entre la docteure et une femme qui va progressivement adoucir son quotidien et lui permettre de redevenir celle qu’elle est, avec toute sa féminité.

Les différents segments s’articulent avec fluidité, dans une cohérence absolue avec ce qui compose les réussites comme les tracas de tout un chacun dans le monde moderne. Sauf qu’ici, la caméra fait le choix de se focaliser sur Gabrielle, 55 ans. L’intention du film est en effet de montrer uniquement le point de vue de cette femme, grande incarnation de la modernité : une professionnelle de santé investie, respectueuse des règles, qui s’assujettit au désir d’enfant tout en prenant soin de sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Le récit s’imbrique avec intelligence pour construire un véritable mausolée cinématographique, représentant harmonieusement ce que peut être la femme dans nos sociétés contemporaines. Sans jamais sombrer dans l’utopie, le film enchaîne les plans doux et un montage percutant, avec un regard tendre qui ne peut qu’être celui d’une réalisatrice. Il devient ainsi un concentré de féminisme, magnifié par Léa Drucker, véritable pierre angulaire du long-métrage, qui livre une prestation aussi imperturbable que sentimentale.

La Vie d’une femme ne se résume cependant pas à un enchevêtrement de situations sociales inattendues. C’est également une romance qui laisse libre cours au désir charnel, à la naissance de nouveaux sentiments et à l’émergence d’un penchant homosexuel. En réalité, le récit, en plus d’être profondément marqué par le female gaze, rassemble tous les ingrédients d’une protagoniste profondément dans l’air du temps, reflet des mutations sociétales qui laissent progressivement davantage d’espace aux femmes.

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