Critique: L’Invitation: l’art de recevoir (ou pas)

Pour son troisième film en tant que cinéaste, L’Invitation, Olivia Wilde utilise un seul et même décor pour filmer des joutes théâtrales qui mettent à l’épreuve les limites de la vie de couple. Une œuvre sympathique qui, sous ses airs de vaudeville, en dit long sur les mécanismes humains.

Joe, professeur de musique passé à côté d’une carrière musicale, rentre du travail. Son épouse, Angela, lui annonce avoir invité les voisins à dîner, une nouvelle qui rend furieux ce mari grincheux, contraint de subir une soirée qui va rapidement devenir révélatrice des problèmes de leur couple.

Loin de l’univers de Don’t Worry Darling, son premier long-métrage, Olivia Wilde s’aventure ici dans les arcanes de la comédie, sentimentale ou non. Elle construit un huis clos aux allures vaudevillesques, avec au centre un couple dont la résistance va rapidement être mise à l’épreuve. Comme sur une scène de théâtre, le rythme s’enchaîne, les mots fusent et les répliques, souvent bien trouvées, installent une mécanique comique efficace. Au cœur des tensions : la sexualité débridée des voisins, qui vient perturber l’équilibre déjà fragile du couple.

Dans l’unique décor d’un appartement légèrement austère, la réalisatrice transforme l’espace en véritable lieu de dissection conjugale. La confrontation avec les voisins, un couple aux antipodes de Joe et Angela, volage et sexuellement très investi jusqu’à organiser des parties fines, constitue le principal ressort du film. Face à eux, les deux époux révèlent progressivement leurs frustrations, leurs désillusions et leurs contradictions. L’ambition d’Angela se heurte ainsi à la frustration de Joe, musicien raté désormais condamné à donner des cours qui semblent eux-mêmes le dépasser.

C’est là que L’Invitation prend une tournure plus intéressante, en délaissant progressivement la seule mécanique comique pour adopter une tonalité plus cinglante. Derrière les échanges piquants et les situations burlesques se dessine une réflexion sur les conceptions de la vie à deux, la monotonie et les compromis qui finissent par fragiliser les relations. Le film observe avec une certaine cruauté l’effondrement des codes amoureux au sein d’un couple qui semble ne plus savoir comment communiquer.

Seth Rogen, comme à son habitude, en fait des tonnes, vociférant avec une énergie qui convient parfaitement à cet époux au bord de la rupture. Face à lui, Angela s’accroche comme elle peut à ce qu’il reste de leur relation. Le quatuor d’interprètes finit par donner au film des allures de séance de thérapie conjugale, tandis que la mise en scène adopte une approche presque psychanalytique. Le sérieux de certaines situations n’empêche pas Olivia Wilde de conserver une bonne dose d’humour et une ironie souvent mordante.

L’Invitation laisse enfin peu de place à la pudibonderie. Le sexe, omniprésent, devient à la fois le ciment supposé du couple, un élément burlesque et un révélateur des frustrations intimes. En choisissant le huis clos, Olivia Wilde crée un espace propice à l’affrontement, où les caractères se confrontent et où les différences finissent paradoxalement par rapprocher ceux qui semblaient pourtant les plus éloignés.

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