Après Le Nouveau, Rudi Rosenberg revient dans la sphère adolescente avec Quelques mots d’amour, un film qui traduit autant l’absence d’un père que l’amour d’une mère.
Erika élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaelle se persuade que son père l’aime à distance. Elle souhaite le retrouver et embarque sa famille dans cette quête affective.
Quelques mots d’amour pose des questions aussi douloureuses que pertinentes, axées sur l’absence de repères paternels. Rudi Rosenberg s’inspire directement d’un extrait de l’émission culte Strip-tease pour se demander si le père va réellement venir ou non. Cette interrogation imprègne les moindres lignes du scénario. C’est alors la jeune fille qui part à la recherche de son géniteur, dans l’espoir d’y trouver une autre forme d’affection.

Toute la force du film réside dans un mystère qui n’en est finalement pas un. À mesure que les minutes s’égrènent, le silence du père traduit son caractère fantomatique. Abigaelle se persuade de son amour. Le personnage féminin, marqué par la détermination, révèle une dramaturgie bien plus profonde : une fêlure mentale liée à un schéma familial brisé, comme un puzzle auquel il manquerait une pièce, malgré l’amour d’une mère interprétée par Hafsia Herzi.
Sous le vernis humainement dramatique se glisse une chronique familiale des milieux populaires : celle d’une mère seule, contrainte d’élever ses enfants et de tout prendre en charge, avec un humour certain qui dissimule la dureté de la situation. Rudi Rosenberg filme cette dualité entre une mère qui assume seule les responsabilités familiales et une adolescente déterminée à retrouver son père. Le titre, Quelques mots d’amour, résume à lui seul l’atmosphère du film, dont les différentes scènes deviennent un berceau d’illusions, symbolisant une construction identitaire lacunaire. Rudi Rosenberg s’attache à filmer un autre modèle familial, non pas dysfonctionnel, mais incomplet, dans lequel Abigaelle ne parvient plus vraiment à trouver sa place.

Derrière ce sentimentalisme ambiant, Rudi Rosenberg ne semble pas filmer une fatalité inéluctable ni imposer l’idée d’une issue défavorable. Il prend en compte le fait que vivre sans père n’est pas une fin en soi, puisque son récit tend à démontrer que la figure maternelle constitue un soutien essentiel au sein de ce petit cocon familial. Ce parti pris évite d’ailleurs au film de verser abondamment dans le pathos. Bien que son message principal soit tristement d’actualité et revête une portée universelle, Quelques mots d’amour ne manque pas de se muer en une petite pastille douce-amère, qui dilue quelque peu sa portée émotionnelle.
