Interview-Gessica Généus/Béonard Monteau: « un pays musical, coloré »

En salles le 21 octobre, Marie-Madeleine, présenté au Festival de Cannes, permet de découvrir Haïti sous un angle différent, à travers le prisme de la romance et de l’attirance, loin des clichés habituels. Derrière la référence biblique se dessine une histoire touchante, qui bouscule les clivages existants.

Rencontre avec Gessica Généus et Béonard Monteau.

Propos recueillis par Sylvain Jaufry.

Concernant votre film Marie-Madeleine, il semble particulièrement important de montrer Haïti sous cet angle, d’une manière rarement représentée dans les documentaires diffusés à la télévision. Le film se distingue par sa grande richesse sonore et visuelle. Les décors, notamment, semblent faire écho à l’histoire d’Haïti, mais aussi au passé du personnage principal.

Une première question se pose alors autour des deux figures qui semblent s’opposer dans le film : Marie-Madeleine, d’un côté, et le pasteur ainsi que sa communauté religieuse, de l’autre. Selon vous, cette opposition entre la liberté sexuelle de Marie-Madeleine et les convictions religieuses du pasteur reflète-t-elle un clivage qui traverse encore la société haïtienne aujourd’hui ?

Gessica Généus: Bon, c’est vrai qu’il y a aussi des expressions qui sont très tranchées dans notre société, mais, en général, c’est beaucoup moins binaire que ça, évidemment. Et c’est justement ça qui m’intéresse.

Quand on pose un regard sur Haïti, quand on regarde vraiment ce pays, on comprend à quel point les paradoxes cohabitent, à quel point les extrêmes se côtoient, et à quel point il y a des choses qui nous laissent complètement perdus dans notre réflexion, sans repères, surtout.

Je pense que, dans mon cinéma, j’essaie de construire des repères de compréhension. Pas nécessairement pour chercher à contrôler le récit, mais plutôt pour être moins déséquilibrée par ce qui s’en dégage.

Et dans ce rapport-là, c’est vrai que, dans le film, tout est très frontal. Mais c’est surtout une manière d’exposer cette séparation, tout en montrant aussi la grande fluidité entre ce qu’on trouve d’un côté et ce qu’on croit trouver de l’autre.

Par exemple, quand je parle d’amour, d’aimer son prochain, d’être là pour lui, de créer un espace de liberté pour l’autre, ce sont des choses qu’on s’attend à retrouver dans la religion. Et pourtant, pour une raison ou pour une autre, on efface souvent la possibilité de les retrouver ailleurs, dans des milieux où on s’y attend beaucoup moins.

Donc, rapprocher ces deux mondes permet justement de réaliser à quel point les différences ne sont pas forcément là où on le croit. Ce à quoi on s’attend se définit ailleurs, autrement, et c’est beaucoup moins binaire, beaucoup moins noir ou blanc qu’on ne le souhaite, ou qu’on ne le formule généralement dans nos réflexions.

Et puis, il y a aussi cette question de l’impuissance des gens, de l’impuissance d’un peuple face à ce qui lui arrive. C’est aussi pour ça que la religion prend autant de place en Haïti : parce qu’on est face à un peuple qui est impuissant, un peuple complètement abandonné par son gouvernement, et qui doit, seul, répondre à des questions auxquelles il ne devrait pas avoir à répondre s’il existait un véritable État de droit, s’il y avait des infrastructures, s’il y avait simplement les conditions de base dont tout être humain a besoin pour exister.

Ce sont des corps éprouvés. Le film met en exergue des corps qui sont éprouvés de différentes manières, à travers différentes formes d’épreuves. Mais, au bout du compte, tout s’écroule.

Concernant votre personnage, qui s’appelle Joseph dans le film, et qui se rapproche de Marie-Madeleine malgré l’opposition de son père, est-ce que vous voyez dans cette relation une forme de douceur ou plutôt quelque chose de plus viscéral ? Dans cette attirance amoureuse, dans ce rapprochement entre les deux personnages, est-ce qu’il y a pour vous davantage de tendresse ou, au contraire, une forme de violence ?

Béonard Monteau: Je pense que, pour lui, c’est une forme d’échappatoire. C’est un lieu, c’est un monde que Marie-Madeleine lui ouvre. Lui, il vient d’un univers hyper conventionné, celui de l’Église, un monde très préparé, très strict, avec des règles bien établies. Et quand il la rencontre, c’est tout un autre monde qui s’ouvre à lui.

Il se rend compte que, derrière les clichés sur les lieux de perdition, il y a peut-être davantage de générosité, et que, là où on est censé s’aimer, il peut aussi y avoir beaucoup plus de mesquinerie. Son père est pourtant censé être une sorte de parangon de l’amour de Dieu sur terre, et finalement, c’est un tyran.

À l’inverse, de l’autre côté, l’amour n’a pas besoin de grand-chose pour exister. Et je pense que ce n’est même pas tellement un désir qu’il cherche à assouvir. C’est plutôt ce monde que Marie-Madeleine lui ouvre, et avec lui, la possibilité d’une liberté.

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Alors, pour vos personnages, vous avez choisi des prénoms bibliques. Joseph et Marie, dans la tradition chrétienne, sont associés à une relation qui n’est pas charnelle avant la naissance de Jésus. Et justement, dans votre film, est-ce qu’il y avait cette volonté de reprendre cette référence biblique, mais pour raconter autre chose ? De passer d’une histoire plutôt spirituelle à une relation amoureuse, charnelle ? Est-ce une façon de revisiter, en quelque sorte, cette histoire biblique à travers vos personnages ?

Gessica Généus: J’étais vraiment dans une grande curiosité de voir ce qui se passe quand on enlève justement l’aboutissement sexuel dans une relation. Qu’est-ce qui se passe quand on se regarde vraiment comme des êtres humains, quand on essaie de se découvrir mutuellement sans avoir cet objectif toujours clair et précis, sans cet empressement à définir ce que ça va être, ce que c’est ?

Je pense que, tout le long du film, il y a vraiment ce besoin d’éviter toute définition. Juste les voir comme deux personnes qui peuvent être en silence ensemble, qui peuvent exister ensemble, qui peuvent se faire mutuellement une place, un espace d’isolement, de respect mutuel et surtout de non-jugement. C’est vraiment ça qui m’intéressait dans cette dynamique.

C’est vrai que, comme je suis un peu taquine, je dois avouer que j’utilise parfois des termes comme Marie-Madeleine ou Joseph. Mais après, je m’en détache complètement. Je pars et je reviens, je fais beaucoup d’allers-retours autour du symbolisme religieux, des symbolismes religieux, des histoires aussi. Mais ce n’est pas du tout une base de travail pour moi. Je n’y pense même pas, je ne relis pas la Bible, je ne cherche pas à établir des éléments de comparaison.

C’est plutôt comme si on enclenchait une certaine perception, mais sans rester prisonnier de ce que cette histoire peut nous amener à projeter sur les personnages.

Et puis, il y a cette idée du rapport sexuel, qui, pour moi, est quelque chose de concret, mais qui ne doit pas nécessairement devenir le prisme à travers lequel on analyse toute dynamique entre des êtres humains.

C’est comme si, dès qu’on voit un homme et une femme, dès qu’on voit deux personnes se rapprocher, on se demandait tout de suite où ça va les mener, ce qu’il va se passer, ce que cette relation va nous apporter. Alors que, justement, ce qui m’intéressait, c’était de sortir de cette attente-là.

Béonard Monteau: Ce que je retiens de la Bible dans Marie-Madeleine, le film, c’est surtout cette envie de connaître, chez Joseph. Pour moi, Marie-Madeleine, c’est un peu Ève, c’est son serpent, celle qui lui ouvre une porte et qui lui dit : « Viens, découvre ce qu’il y a de l’autre côté. » Découvre une autre spiritualité que celle de ton Église, le vaudou, par exemple, ou même un espace où il n’y a plus d’hommes ni de femmes, où il n’y a que des âmes.

Et je crois que c’est une phrase à laquelle beaucoup d’Haïtiens réagissent. Ils me disent souvent que c’est leur punchline du film. Et je comprends pourquoi ils aiment cette phrase, parce que, finalement, c’est un peu ça : elle lui ouvre un regard sur l’autre côté. Elle lui dit, en quelque sorte : ne reste pas de ton côté de la rue, traverse, fais-toi ton propre avis, va voir ce qu’il y a de l’autre côté.

Passe de l’autre côté, quitte tes repères, perds-toi peut-être un peu pour trouver un autre chemin. Parce que perdre son chemin, ça peut aussi être l’occasion d’en découvrir un autre. Et ça, j’aime bien cette idée.

Est-ce que le fait d’incarner un personnage qui est lui-même artiste, à travers la photographie, ça vous a parlé ? Est-ce que ça vous a séduit, justement, de rentrer dans la peau de quelqu’un qui regarde le monde à travers son art ?

Béonard Monteau: Ça m’a plu de tenir l’appareil, même si, à la base, j’ai surtout un regard. J’adore regarder les photos, aller dans les musées, voir des expos de photographie, c’est quelque chose qui me plaît énormément.

Je pense que, même quand on écrit, qu’on réalise ou qu’on chante, il y a toujours ce rapport à la lumière, à l’image.

Et puis, dans le film, ça peut aussi être une sorte de métaphore de Joseph, qui cherche la lumière

Gessica Généus: La photographie, c’est vraiment un écran, c’est vraiment un outil pour justement se permettre d’aller vers l’autre.

marie madeleine

Est-ce que la photographie est aussi, pour Joseph, une manière de s’approprier les lieux qu’il traverse, de poser son regard sur les décors qui l’entourent ? Est-ce que c’est une façon pour lui de prendre possession de ces espaces, mais aussi, peut-être, de trouver une forme d’apaisement intérieur, face à l’attente amoureuse?

Gessica Généus: Alors là, pour le coup, je pense qu’il n’y a vraiment pas d’attente amoureuse. Je ne pense pas que ce soit du tout la question entre les deux. Je pense qu’il est surtout très attiré par la manière dont cette femme s’autorise à exister dans le monde, tu vois. Et forcément, ça lui renvoie ses propres questions, ses propres questionnements sur la façon dont lui-même existe dans ce monde.

Elle se situe dans une forme d’extrême par rapport à son point de vue à lui. Mais ce qu’il cherche, quand il explore son propre univers, c’est aussi une forme d’extrême par rapport à l’endroit où lui se trouve. Ce sont donc des points de vue différents, des angles de vue différents, mais qui, dans chaque milieu, peuvent apparaître comme extrêmes, que ce soit pour les gens qui y vivent ou pour ceux qui les observent.

Donc, je pense qu’il n’y a jamais vraiment eu cette dimension-là entre Joseph et Marie-Madeleine. C’est aussi pour ça que, pour moi, on est très loin de la Bible. Dans la Bible, Marie et Joseph forment un couple, c’est bien établi. Et puis, il leur arrive toute cette histoire, avec cet enfant qu’ils doivent porter, et toutes les complications que cela entraîne. Mais entre les deux personnages de mon film, ce n’est pas du tout ça.

C’est vraiment une grande curiosité. Et je pense que Joseph a toujours utilisé la photographie pour aller à la rencontre de l’autre. Encore une fois, c’est la photographie qui lui permet de rencontrer Marie-Madeleine, mais aussi de découvrir tout un monde auquel il aura accès un peu plus tard.

Justement, au niveau des décors, il y a cette chambre de Marie-Madeleine, avec ce petit lit, cet espace assez réduit, et puis toutes ces peintures sur le mur. Cette fresque attire vraiment le regard. Qu’est-ce qu’elle représente pour vous ? Est-ce qu’il y avait une volonté de raconter quelque chose à travers ces images, notamment par rapport à l’histoire d’Haïti et à la culture haïtienne ?

Gessica Généus: Parce que cette chambre, c’est comme une grotte, en fait. C’est un sanctuaire. C’est un endroit où tout ce qu’elle possède se trouve réuni. Elle n’a pas grand-chose, et justement, tout ce qu’elle possède, que ce soit sa mémoire, ses souvenirs ou même ses biens matériels, toute sa vie est dans cette petite chambre, dans ce petit cocon.

Il y a Dieu, il y a les Loas, il y a tous ses ancêtres. Tout est là, tu vois. Donc, même si c’est aussi son lieu de travail, elle est puissante dans cet espace parce que c’est le sien. Elle l’a habité d’une certaine façon, et quand on y entre, on sait qu’on entre chez elle.

On n’est pas dans un espace neutre, on n’est pas dans un endroit où on peut se permettre n’importe quoi. On sait qu’on est chez Marie-Madeleine, qu’on entre dans son univers à elle. Le lieu est habité, protégé, gardé. Il est chargé de son histoire, des fantômes de son passé, de ses dieux, de toutes les divinités qu’elle prie et qu’elle invoque.

C’est vraiment un espace qui lui appartient, jusque dans sa dimension spirituelle. Tout ce qu’elle est, tout ce qui la protège et tout ce qui l’a construite se retrouve dans cette petite chambre.

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Cette chambre montre quand même un univers économiquement assez démuni. Et justement, est-ce que Marie-Madeleine, c’est aussi une manière de montrer Haïti aujourd’hui, avec les difficultés économiques, le chaos qu’on peut voir dans la rue, tout ce qui traverse le quotidien des gens et qu’on retrouve dans le film ?

Est-ce que c’était aussi important pour vous de montrer cette réalité-là, avec un regard assez lucide sur Haïti, mais qui va au-delà de ce qu’on voit habituellement dans les médias ?

Béonard Monteau: Oui, peut-être que c’est un univers économiquement démuni, mais en même temps, c’est un endroit où l’on peut se sentir heureux, tu vois. À un moment, quand Joseph a besoin de calme, il vient lire des poèmes. Donc, oui, je dirais que c’est aussi Haïti, cette Haïti que tous les Haïtiens qui vivent un peu partout dans le monde portent en eux et qu’ils continuent d’appeler leur pays chéri.

Et puis, il y a aussi une autre référence à laquelle je pensais, un livre de Jacques-Stéphen Alexis, L’Espace d’un cillement, écrit dans le contexte qui suit l’occupation américaine d’Haïti, entre 1915 et 1934. C’est aussi une histoire d’amour, avec une femme, La Niña, qui se retrouve dans sa chambre, et des marines américains qui y font irruption avec violence.

Et là, oui, ça rejoint aussi cette idée de la chambre comme espace de pouvoir, un espace dans lequel on vient prendre possession du corps de Marie-Madeleine, alors que Joseph, lui, est simplement là pour cette rencontre. Comme le disait Gessica, ça m’a fait penser à cette référence, là, tout de suite.

Concernant votre personnage, il y a beaucoup de musique dans le film, et Joseph traverse des moments où il semble complètement habité par quelque chose, notamment à travers la transe et la danse. Il y a des scènes où tout passe vraiment par le corps, où l’on sent que des conflits intérieurs s’expriment autrement que par les mots.

Comment avez-vous travaillé ça dans votre jeu, justement ? Comment avez-vous réussi à faire passer toutes ces tensions intérieures, tout ce qui traverse Joseph, à travers le corps, la danse et la musique ?

Béonard Monteau: Je pense que, pour Joseph, tout se joue dans la rencontre, petit à petit. Il y a Marie-Madeleine qui l’ouvre à autre chose, mais après, il y a aussi le tambour, qui est quelque chose d’hyper présent, d’omniprésent dans la culture haïtienne. Pour les Haïtiens, c’est difficile d’entendre le tambour sans ressentir quelque chose, sans avoir envie de se laisser porter par cette musique-là.

Et souvent, que ce soit dans la séquence du carnaval ou dans celle où Joseph entre en transe pour retrouver sa mère, les tambours sont là pour l’accompagner.

De mon côté, j’ai aussi participé à pas mal de cérémonies vaudoues. En Haïti, on appelle ces cérémonies des danses. C’est un espace où l’on va danser, où c’est par le corps qu’on entre en relation avec les esprits. C’est quelque chose que j’aime énormément, personnellement. Dès que je vais en Haïti, et même ailleurs, j’essaie d’aller assez souvent dans ces danses vaudoues.

Donc, pour le personnage, il fallait trouver comment entrer dans cet univers sans trop en faire, tout en gardant une forme de retenue. Parce que Joseph, lui, il arrive dans cet espace, il découvre tout ça. Il n’est pas encore complètement à l’aise, il est dans la rencontre. Et finalement, ça s’est fait assez naturellement.

Après, il y a aussi eu la direction de Gessica, bien sûr. Elle a beaucoup accompagné ce travail, elle a su me guider tout en me laissant trouver quelque chose à l’intérieur du personnage.

Gessica Généus : C’est extraordinaire, parce qu’au départ, on était partis sur quelque chose de beaucoup plus large. Je me rappelle même qu’on avait des figurants qui étaient venus pour rien. Ils n’étaient pas contents, parce qu’ils avaient été payés et qu’ils voulaient vraiment participer ! Au début, sur le papier, il y avait beaucoup plus de monde : c’était une cérémonie, on allait déclencher une cérémonie.

Mais au fur et à mesure, je me suis rendu compte que je n’avais pas envie que Joseph se noie dans tout ça. À mesure qu’on approchait du jour du tournage, je me disais qu’il fallait qu’on soit complètement avec lui, dans ce moment qui lui appartient, dans sa transe, dans son voyage à lui.

Il fallait aussi qu’il y ait une manifestation de tout ce qui se passait dans sa tête. C’est comme si son cerveau devenait un projecteur, qui projetait tout ce qui l’habitait, tout ce qui le hantait au moment où il vivait cette expérience. Je me suis dit que ça ferait trop d’avoir tout ce monde autour de lui. Il fallait qu’il soit seul.

Ma seule crainte, c’était de me demander s’il n’allait pas se sentir isolé, avec tout le monde qui le regarde, et si ça n’allait pas le gêner dans son jeu. Mais finalement, il est très vite arrivé à entrer dans sa bulle.

Et puis, il y avait aussi cette cohésion sur le tournage. On a pu danser ensemble, et l’équipe était vraiment soudée. Ça a beaucoup aidé.

À la fin du tournage, on habitait tous dans cette rue, celle où se trouvaient le bordel et l’église. C’était aussi là que logeaient presque tous les membres de l’équipe. On était donc tous ensemble, dans le même environnement, au quotidien. Et ça créait quelque chose de particulier, une proximité qui faisait aussi partie de l’expérience du film.

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Il y a aussi une vraie richesse dans le travail esthétique du film. C’est très vivant au niveau sonore, mais aussi au niveau de la lumière et des couleurs. Il y a beaucoup de dynamisme, quelque chose de très éclatant visuellement, alors que le sujet, lui, est assez complexe et comporte aussi une forme d’austérité.

Est-ce que ce travail sur les couleurs, la lumière et toute cette vivacité était justement une manière de faire ressortir le contraste entre la puissance des lieux, la richesse de la culture haïtienne et la dureté de la réalité du pays ?

Gessica Généus: Parce que c’est vraiment comme ça, en fait. Et ça a surpris, oui, ça a surpris. C’est aussi pour ça que j’avais hâte que ce film existe, parce que c’est ça, c’est ce que je connais d’Haïti. Je dis « je » pour prendre la responsabilité de ce regard, mais je suis loin d’être la seule à connaître cette réalité-là.

C’est aussi ça, la version de notre pays qu’on connaît : un pays musical, un pays coloré, un pays où il y a des tableaux partout, des peintres partout, des écrivains partout, des artistes partout, tout le temps, tout le temps.

Et puis, il y a Jacmel, cette ville qui accueille certains des événements culturels les plus importants et les plus fréquentés du pays. Il y a des peintres, des artisans, des gens qui travaillent le papier mâché, un savoir-faire qui est particulièrement présent là-bas.

Donc, j’avais vraiment envie de faire exister cet environnement à l’écran, de lui donner une place. De proposer une vision plus complexe de cet environnement, qui ne soit pas tournée vers une seule perception ou une autre, mais qui fasse place à une pluralité de regards, à plusieurs réalités qui coexistent.

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