Critique-Marie-Madeleine: entre prostitution et religion

Avec Marie-Madeleine, la cinéaste haïtienne Gessica Geneus propose une plongée dans un Haïti clivant, où la liberté sexuelle se mêle au conservatisme religieux.

Marie-Madeleine est une femme qui se prostitue dans un lieu situé en face d’une église. La jeune femme tombe amoureuse de Joseph, un évangéliste. Celui-ci voit sa foi compromise dans le torrent des clivages existants.

Gessica Geneus, remarquée au Festival de Cannes, expose une vision radicale et précise de son île natale, prise dans le feu des oppositions et des mentalités. En rapprochant ses deux personnages, la cinéaste permet de faire tomber les barrières tout en exposant les dissensions morales qui existent encore. Le fait de situer les lieux du film dans un espace restreint renforce la dualité entre la prostitution, symbole de la débauche, et la religion catholique, qui l’interdit. La forme de Marie-Madeleine est surtout composée d’une guerre mentale et de croyances opposées qui s’entrechoquent et créent un film démontrant la nature extrême de la relation entre les deux milieux.

marie madeleine

Le sens du message porté par Marie-Madeleine consiste à fusionner le sexuel et le christianisme, notamment à travers des prénoms comme Joseph, ainsi que celui d’une jeune femme qui porte le prénom de celle qui fut libérée de sept démons. Mais le véritable propos de ce long-métrage est la possibilité d’une cohabitation dans un même environnement, symbolisée par la naissance d’un amour dans lequel Joseph se perd et ne retrouve plus sa foi. Cela pourrait faire de l’ensemble un puzzle complexe. Toutefois, la mise en scène choisit la romantisation et l’effacement de la religion au profit de l’attirance d’un homme pour une femme censée être pécheresse.

Alors qu’il mélange mysticisme et interdit, le style visuel de Marie-Madeleine opte pour une radicalité franche et sombre. Il montre les bas-fonds de la ville haïtienne, offrant aussi une ambiance sonore faite de musiques, de chants religieux et presque de transes personnelles, dans un pays où le christianisme cohabite avec la pratique du vaudou.

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Toute l’esthétique explique à elle seule ces sensibilités différentes dans cette petite contrée, proposant une photographie à la fois tranchée et réaliste d’Haïti, de ses qualités comme de ses travers, en refusant toute notion de misérabilisme souvent associée à la condition sociale de ce territoire meurtri par les catastrophes et les gangs. Au final, Marie-Madeleine est un film d’amour, comme Dieu est amour, mais il n’obéit pas vraiment aux codes du genre, préférant ceux d’un cinéma ancré dans le réel et loin de toutes commodités ou de tout confort moderne. Ce que propose Gessica Geneus, c’est surtout un précis délicat et, essentiellement, un point de vue.

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