Découvrez notre sélection hebdomadaire de films à regarder en streaming, dont La Bataille De Gaulle : L’Âge de fer, réalisé par Antonin Baudry.
Sur Sooner:
La Bataille De Gaulle : L’Âge de fer, d’Antonin Baudry

Dans La Bataille De Gaulle : L’Âge de fer, Antonin Baudry retrace les débuts de la France libre, de l’Appel du 18 Juin aux premières étapes de sa construction. Le film suit un Charles de Gaulle encore peu connu, déterminé à poursuivre le combat malgré l’armistice et l’opposition de nombreux responsables politiques. Simon Abkarian lui prête une présence imposante et charismatique, incarnant un homme autoritaire, fier et profondément attaché à son pays. Face à Churchill, Roosevelt ou encore au régime de Vichy, de Gaulle doit progressivement imposer sa légitimité et convaincre de la nécessité de continuer la lutte. Le récit met ainsi en lumière l’isolement et les nombreux obstacles auxquels il est confronté.
La mise en scène privilégie les enjeux diplomatiques et militaires, tout en accordant une place importante au rôle de l’Afrique dans la formation de la France libre. Grâce à une reconstitution historique soignée, le film restitue les tensions d’une France divisée entre collaboration et résistance et rend lisible un contexte particulièrement complexe. Les scènes de guerre apportent un souffle épique, tandis que les échanges politiques permettent de mieux comprendre les rapports de force de l’époque. Quelques mimiques et emportements trop appuyés donnent cependant parfois au général une dimension caricaturale. Malgré cette réserve et une durée conséquente, L’Âge de fer demeure une fresque historique ambitieuse et solide, portée par un Simon Abkarian convaincant.
Entroncamento, de Pedro Cabeleira

Présenté à l’ACID lors du Festival de Cannes 2025, Entroncamento de Pedro Cabeleira plonge dans une petite ville portugaise marquée par la pauvreté et le trafic de drogue. Laura, une jeune femme qui cherche à fuir son passé, se retrouve progressivement impliquée dans le deal, qu’elle choisit comme moyen de survie. À travers son parcours, le film explore la frontière entre raison et immoralité, tout en montrant comment un environnement social difficile peut favoriser la petite délinquance. Cabeleira adopte le point de vue d’une femme dans un univers largement dominé par les hommes, transformant peu à peu cette jeune femme fragile en dealeuse déterminée. La mise en scène, lente et sombre, installe une atmosphère pesante, entre drame social et film de gangsters.
Sans chercher la violence spectaculaire, Entroncamento préfère observer les mécanismes d’un milieu où l’argent et la survie dictent les comportements. Les paysages urbains austères, les scènes nocturnes et les rares règlements de comptes renforcent cette impression de ville abandonnée à ses propres difficultés. Laura n’est pas présentée comme une héroïne, mais comme une femme qui choisit progressivement le mauvais côté de la loi pour tenter de s’en sortir. Malgré une durée de plus de deux heures et un rythme volontairement lent, le film entretient une tension constante autour du destin de son personnage. Cette seconde réalisation ambitieuse propose ainsi un regard social sur les conséquences du trafic et sur une jeunesse confrontée à des choix difficiles.
Shana, de Lila Pinell

Présenté à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes 2026, Shana de Lila Pinell suit une jeune femme atypique, déjà apparue dans le moyen métrage Le Roi David. Shana, issue d’une famille juive désargentée, reçoit une bague censée la protéger du mauvais œil, mais les difficultés s’accumulent alors que son compagnon doit sortir de prison. Au cœur du récit, Eva Huault livre une interprétation particulièrement marquante, donnant à son personnage une présence magnétique et une gouaille qui échappent aux représentations classiques de la féminité. Derrière son apparence extravagante, entre faux ongles et artifices, Shana apparaît surtout comme une jeune femme en marge, confrontée à un environnement social difficile. La réalisatrice la filme sans caricature, avec humour et une véritable attention à son humanité.
Le film s’intéresse ainsi à une jeunesse désœuvrée, à ses choix de vie et à ceux qui évoluent en dehors des normes sociales. Entre mésaventures, humour et situations parfois absurdes, Shana construit un portrait féminin marqué par la résilience, la solidarité et la sororité. Le personnage grandit progressivement sous le regard de Lila Pinell, qui évoque également le passage de l’adolescence à l’âge adulte et les difficultés liées à cette transition. La mise en scène, lumineuse et urbaine, accompagne cette galerie de personnages avec un ton ironique mais sincère. Derrière les artifices de son héroïne, le film propose finalement une réflexion sociale sur les invisibles et sur ceux qui cherchent leur place dans un monde qui les laisse souvent en marge.
A Second Life, de Laurent Slama

Présenté à Tribeca puis à Karlovy Vary, A Second Life marque le premier long métrage de Laurent Slama sous son propre nom. Le film suit Elisabeth, gestionnaire de locations et malentendante, qui traverse une période de fragilité au moment des Jeux olympiques de Paris 2024. Repliée sur elle-même et dépassée par le bruit du monde, elle voit son quotidien bouleversé lorsqu’elle perd ses appareils auditifs et rencontre Elijah, un jeune Californien dont l’énergie contraste avec son anxiété. Cette rencontre devient le point de départ d’un parcours initiatique qui l’amène progressivement à renouer avec les autres et avec elle-même. À travers son personnage, le réalisateur explore également la question du handicap invisible et la difficulté à percevoir les souffrances qui ne se voient pas.
Paris occupe une place centrale dans le récit, entre la frénésie des Jeux, les foules et des moments plus apaisés au bord de la Seine. Laurent Slama filme la ville comme un espace mental, avec une caméra mobile, un montage alternant nervosité et contemplation et un travail sonore qui plonge le spectateur dans les sensations d’Elisabeth. Agathe Rousselle et Alex Lawther forment un duo convaincant, porté par des personnalités très différentes. Si le scénario reste parfois trop linéaire et certaines évolutions semblent idéalisées, le film conserve une véritable sensibilité. A Second Life trouve ainsi sa singularité dans le contraste entre la surdité de son héroïne et l’un des événements les plus bruyants au monde, pour raconter la possibilité d’un nouveau départ.
Sur CINE+OCS:
Life Of Chuck, de Mike Flanagan

Avec Life of Chuck, Mike Flanagan poursuit son travail autour de l’univers de Stephen King en adaptant une nouvelle publiée en 2020. Dans un monde proche de l’apocalypse, Marty Anderson et Felicia Gordon assistent impuissants à une série d’événements étranges tandis que les étoiles disparaissent du ciel. Au centre du mystère apparaît Charles Krantz, un homme dont le visage est omniprésent alors qu’une mystérieuse maladie menace l’humanité. Le récit entretient volontairement le doute autour de son identité et des catastrophes qui frappent le monde. Loin de l’horreur habituelle de Flanagan, le film privilégie une approche philosophique autour du deuil, de l’enfance, du temps qui passe et de la fragilité de l’existence.
Interprété par Tom Hiddleston, Charles devient progressivement le symbole d’une humanité ordinaire mais profondément généreuse, capable de solidarité, de joie et de spontanéité malgré les bouleversements qui l’entourent. Flanagan transforme ainsi le récit de King en une fable lumineuse sur la peur de l’avenir, les accidents de la vie et les fantômes qui habitent chacun de nous. La mise en scène, élégante et maîtrisée, s’appuie notamment sur de beaux travellings et des séquences dansées qui renforcent la dimension émotionnelle du film. Entre tristesse, empathie et espoir, Life of Chuck propose une réflexion sensible sur ce qui donne du sens à une existence, même lorsque tout semble destiné à disparaître.
Un Monde merveilleux, de Giulio Callegari

Pour son premier long-métrage, Un Monde merveilleux, Giulio Callegari imagine une comédie futuriste dans laquelle les robots occupent une place centrale dans la vie quotidienne. Ménage, hôpitaux, conduite ou tâches domestiques : les machines remplacent progressivement les humains, présentées comme plus efficaces et intelligentes. Dans cet univers automatisé, Max, une femme hostile à la technologie, décide avec sa fille de kidnapper des robots pour les revendre. Après l’échec d’un plan, elle se retrouve pourtant contrainte de vivre avec l’un de ces objets qu’elle déteste. À travers cette situation burlesque, le réalisateur interroge avec ironie la place grandissante de l’intelligence artificielle et le risque de voir les compétences humaines progressivement reléguées au second plan.
Porté par Blanche Gardin, qui trouve dans Max un personnage anarchiste, provocateur et volontiers réactionnaire, le film joue davantage la carte de l’humour que celle de la science-fiction spectaculaire. Le duo formé par cette anti-technologie et le robot intelligent apporte une dimension comique tout en faisant émerger une réflexion sur l’automatisation de la société. Giulio Callegari pointe ainsi les dérives possibles d’un monde où les machines prennent progressivement le contrôle de nombreuses activités humaines. Si le scénario reste parfois caricatural et n’exploite pas suffisamment la portée critique de son sujet, Un Monde merveilleux conserve une certaine originalité. Cette première réalisation propose donc une comédie légère mais pertinente sur les rapports entre l’humain, la technologie et un avenir de plus en plus automatisé.
Sur Canal+:
La Chambre d’à côté, de Pedro Almodóvar

Premier long métrage de Pedro Almodóvar tourné en anglais, La Chambre d’à côté a remporté le Lion d’or à la Mostra de Venise 2024 et réunit Tilda Swinton et Julianne Moore. Le film raconte les retrouvailles entre Martha, atteinte d’un cancer incurable, et Ingrid, une ancienne amie à qui elle demande de l’accompagner dans la fin de vie qu’elle a choisie. À travers cette histoire intime, Almodóvar interroge notre rapport à la mort, aux choix personnels et à la trace que l’on souhaite laisser derrière soi. La mise en scène, composée de cadres fixes et de véritables tableaux, s’inspire de nombreuses références artistiques, de Joyce à Hopper, Klimt, Hitchcock ou Keaton. Chaque décor, chaque couleur et chaque mouvement participe ainsi à une réflexion sur la mort et son acceptation.
Le film transforme progressivement cette histoire en une œuvre profondément symbolique, où l’architecture et la nature accompagnent l’évolution intérieure de Martha. D’abord enfermée dans des espaces oppressants, elle retrouve peu à peu une forme d’apaisement lorsque les fenêtres s’ouvrent sur la ville et qu’elle rejoint avec Ingrid une maison moderne entourée de nature. La neige rose qui tombe sur New York ou les couleurs inspirées d’Hopper et d’Hitchcock renforcent cette dimension picturale et annoncent subtilement le destin du personnage. Almodóvar s’interroge également sur l’image que chacun souhaite laisser après sa mort, notamment à travers le portrait de Martha et les souvenirs transmis par Ingrid. La Chambre d’à côté apparaît ainsi comme une réflexion sensible et esthétique sur la fin de vie, mais aussi sur la manière dont accepter la mort peut finalement permettre de mieux retrouver le goût de vivre.
Coutures, de Alice Winocour

Avec Coutures, Alice Winocour propose un regard profondément féminin sur le corps, la féminité et la maladie. Angelina Jolie incarne une réalisatrice de films d’horreur qui apprend qu’elle est atteinte d’un cancer, un rôle qui fait écho à son propre parcours et à son histoire familiale. La cinéaste filme avec beaucoup de retenue les bouleversements physiques et psychologiques de son personnage, confronté à la peur de perdre une partie de son identité et de sa féminité. Plutôt que de miser sur le pathos, Winocour privilégie les silences, les regards et les gestes pour traduire une douleur intime. Le film devient ainsi un récit de résistance, mais aussi un moyen de sensibiliser à une maladie qui touche profondément le corps féminin.
En parallèle, Coutures confronte la fragilité de cette femme au monde éclatant de la mode, où les corps féminins sont constamment exposés et célébrés. Anyier Anei, jeune mannequin sud-soudanaise, incarne cette image idéalisée de la beauté et offre un contrepoint lumineux à l’héroïne. À travers leurs trajectoires, Winocour interroge la manière dont les femmes construisent leur rapport au corps et à leur identité. Dans la continuité de ses précédents films, la réalisatrice poursuit son exploration des traumatismes et du corps exposé, mais avec un propos plus directement féminin et engagé. Porté par la sensibilité d’Angelina Jolie et une mise en scène élégante, Coutures s’impose ainsi comme un portrait intime de la féminité face à la maladie.
