« Laissez-moi, il faut que je me quitte » déclare l’actrice avant d’entrer en scène. Mais s’est-elle jamais trouvée ? S’adonnant à l’abandon, elle choque par ses idées, ses combats, sa sexualité. Elle emplit le néant de personnages, de costumes, de décors, d’œuvres d’arts en tout genre, d’amants et d’animaux exotiques.
Sarah attire à elle des artistes souriants mais aussi consumés que les cigarettes qu’ils respirent. Le piano du salon laisse échapper les notes d’une succession de compositeurs sous les doigts d’une ribambelle d’invités.
Le temps de parole semble toujours compté. Elle interrompt à tout va et c’est finalement dans les moments de silence que, tout comme Guitry, elle est la plus éloquente.
L’abondance fait ressortir le vide. Sa demeure est chargée de rideaux, tapisseries, tapis, tableaux et bibelots accrochés et disposés de manière bancale. Bancale comme sa vie, comme son corps mutilé.
Corps qu’elle malmène et qu’elle offre volontiers à quiconque lui donne du plaisir. Dans son sillon, un diamant tombe dans le lit de ses amants. Une larme offerte par Victor Hugo, porte bonheur, mais aussi déclencheur de sa plus douloureuse querelle.
Le vide qu’elle ressent s’exprime charnellement à l’écran à travers une accumulation de plans rapprochés et gros plans. On est au plus près mais impuissant face à ce cœur qui pleure, ces poignets qui saignent et cette jambe malmenée qu’on finit par amputer.
C’est le prix d’un amour qu’elle voulait éternel. L’histoire des acteurs les plus adulés de leur temps. Deux réceptacles dédiés à recevoir et interpréter l’humanité.
Sarah Bernhardt, la divine, de Guillaume Nicloux, en salles le 18 décembre.
