Anna : la défense de l’artisanat et de la propriété

Présenté aux Giornate degli Autori de la Mostra de Venise 2024, Anna démontre, encore une fois, les dangers du business et la disparition des valeurs agricoles.

Anna, belle et sauvage, gère une petite ferme agricole dans une partie sauvage et préservée de la Sardaigne. La nuit, elle se livre à des danses sensuelles au pub du village et s’abandonne à des aventures éphémères. Jusqu’au jour où le développement d’un gigantesque complexe hôtelier s’installant illégalement sur ses terres l’oblige à se jeter dans la plus grande bataille de sa vie…

Anna élève des chèvres et produit du fromage sur une terre héritée de son père. Un projet immobilier vient déstabiliser sa petite exploitation. Dès lors, débute un combat de David contre Goliath : une paysanne isolée face à la puissance relative des capitalistes. Anna décrit la lutte de la paysannerie contre la destruction des terres agricoles, ainsi que des principes et des valeurs qui leur sont attachés. Seule contre tous, alors que l’argent arrose celles et ceux qui ont choisi de céder, elle part au front contre les avocats, les juges et les autochtones, qui ont des besoins financiers à combler. Le film met en scène un danger grandissant, mais il possède un terrible air de déjà-vu, des œuvres comme As Bestas ayant déjà traité le sujet de manière efficace. Si le scénario développe une argumentation juste, il en ressort un sentiment de vide et une sensation de visionner un film extrêmement linéaire. La jeune femme, une battante, est représentée comme la dernière des Mohicans, avec sa détermination exemplaire et sa volonté de faire valoir ses droits. Toutefois, la finalité de la lutte est hautement prévisible : toute l’essence du récit tombe rapidement à plat et devient assez vaine.

Anna souffre terriblement de la comparaison avec le film de Rodrigo Sorogoyen, qui a engendré une petite vague contestataire constituée d’œuvres défendant la terre et le travail paysan. Marco Amenta choisit de rester dans cette veine. La maîtrise est cependant très bancale : trop de longueurs tuent la tension ambiante, et une pseudo-histoire d’amour entre la paysanne et son avocat anéantit toute tentative de suspense. L’écriture se contente de maigres soubresauts, représente une femme qui n’en finit plus de crier dans le vide, et enchaîne une succession de situations aussi cacophoniques qu’inutiles. Anna ne joue jamais la carte de la bestialité ou du thriller et ressemble à un As Bestas au féminin, sans la tension ni la réussite. Marco Amenta n’imprime aucunement le bon tempo, restant dans une facture bien classique, avec un message essentiel mais tué dans l’œuf par un récit très irrégulier, qui aurait finalement pu n’être qu’un documentaire.

Anna, de Marco Amenta, en salles le 5 mars 2025.

Note:

2/5

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