Après Pauline s’arrache, sorti en 2015, documentaire dans lequel Émilie Brisavoine filmait sa famille, en particulier sa demi-sœur, Maman déchire évoque à son tour le cocon familial et s’attarde sur le personnage central de la maman, figure maternelle aussi complexe qu’attachante.
Emilie fait un film pour tenter de saisir le plus grand mystère de l’univers : sa mère, Meaud. Enfant brisée, mère punk, grand-mère géniale, féministe spontanée, elle fascine autant qu’elle rend dingue. Une odyssée intime, un voyage dans le labyrinthe de la psyché.
Maman déchire est un documentaire empruntant les chemins de la psyché, aux synapses sinueuses, et parle de la relation entre Émilie Brisavoine et sa mère, une proximité à la fois fragile et spéciale. Personnalité punk, en décalage social, presque baroque et explosive, la maman et grand-mère fait l’objet d’un portrait sans concessions, décrivant une attitude pleine de désinvolture et une capacité maternelle à peine existante. La réalisatrice met en scène celle qui l’a mise au monde avec le plus de réalisme possible, en montrant comment l’absence d’un repère maternel influe négativement sur les psychologies d’adulte. La cinéaste ne règle évidemment pas ses comptes, car il s’agit aussi d’une déclaration d’amour, mais utilise son documentaire pour tout mettre à plat, opérer une introspection et une réparation des maux actuels et passés. Ainsi, Maman déchire sonne comme des confessions intimes sur la nature de la proximité et sur l’impact d’un schéma familial instable et sclérosé. Émilie Brisavoine se jette corps et âme dans son histoire, en utilisant son journal intime, des souvenirs photo et vidéo, pour retracer celle de sa famille où elle et son frère ont souffert d’un certain déséquilibre affectif. Tout ce bricolage aboutit à une œuvre qui laisse place à la réflexion et qui peut rappeler le parcours de tant d’autres personnes.
La finalité de tout cela n’est pas de dénoncer ou de critiquer, mais de pardonner une maman qui a dû composer avec ses propres souffrances. Maman déchire pose surtout les questions suivantes : Est-on fait pour devenir mère ? Est-ce inné ? Comment l’être ? Autant d’interrogations qui trouvent une réponse ici, dans les bribes d’une existence marquée par des parents froids, affectivement vides, et la reproduction d’un système que l’on perpétue inconsciemment, laissant des traces sur le mental. En analysant ce qui a forgé la vie de sa mère, on comprend le pourquoi du comment et la difficile reconstruction psychologique. Ce qui se passe dans le labyrinthe mental prend de l’ampleur et crée un impact sur ses deux enfants. Émilie Brisavoine remonte le fil du temps, qu’elle tient pour raconter chaque étape, lisant ses lettres qui en disent long sur la teneur bancale de ses échanges avec sa génitrice. Elle ne cherche pas à la blâmer, mais découvre la voie du pardon. Ce mot devient la pierre angulaire d’un documentaire informatif et touchant, même si l’on se demande parfois s’il s’agit d’un portrait à charge. Émilie Brisavoine signe une production qui émeut, chamboule et fait prendre conscience de l’importance de la vie et de la transmission de l’affection. Elle n’hésite pas à s’exposer devant la caméra et à dévoiler tous ces mots couchés sur du papier, comme témoignages d’une époque influençant le présent.
Maman déchire, d’Émilie Brisavoine, en salles le 26 février 2025.
Note :
4/5

Une réflexion sur “Maman déchire : toute la complexité d’une relation mère-fille”