Prix de la jeunesse au dernier Festival de Berlin, It’s Okay!, premier long-métrage de Kim Hye-Young, montre avec légèreté que la pratique de la danse efface toutes les distinctions sociales. Une récompense berlinoise méritée pour ce film alliant ambiance artistique et conte humain.
Une adolescente pétillante s’entraîne dur avec ses camarades afin de préparer le 60ème anniversaire de son école de danse. Orpheline et menacée d’expulsion, elle tente de maintenir le cap dans un monde aussi exigeant que celui de la danse.
Une jeune fille, élève danseuse dans une prestigieuse école, se retrouve plongée dans le monde du système D et de la débrouille à la suite du décès tragique de sa mère. Une existence menée de façon précaire, entre les cours et la recherche de moyens de survie financière. It’s Okay! raconte la destinée d’une adolescente rêveuse, dynamique, fraîche, un peu espiègle, toujours le sourire aux lèvres malgré les difficultés. La cinéaste opte pour une narration douce afin de tisser ce récit exprimant les espoirs et l’insouciance d’une jeune fille livrée à elle-même, dans un confort inexistant.
Face à ce personnage, loin d’être naïf mais sûrement fantasque, se dresse la silhouette d’une directrice et professeure de danse rigide, stricte, cherchant à tout prix la perfection artistique. Le maniement du bâton, la musique traditionnelle et les gestes produisent de véritables ballets filmés, où une troupe de danseuses tente de préparer un spectacle. Kim Hye-Young illustre toute l’exigence de la discipline, où le moindre faux pas est disqualifiant. Sous le regard aiguisé et vif de la formatrice, l’adolescente pétillante apprend à devenir l’une des meilleures, en hommage à sa défunte mère. Le titre traduit ainsi un sentiment d’optimisme face au chagrin, le désir de se reconstruire, de dire à l’esprit bienveillant que tout va bien dans ce bas monde, en dépit de tout.
Pas nécessairement un film sur la gestion du deuil, It’s Okay! décrit comment le sport et la rythmique musicale deviennent des vecteurs essentiels à l’ascension personnelle d’une jeune fille passant d’une existence précaire à la reconnaissance.
C’est grâce à son extrême légèreté que It’s Okay! séduit. Exit la dramaturgie pesante que beaucoup auraient insufflée. La réalisatrice insère un soupçon de drame, sublimé par le caractère jovial et avenant de son personnage féminin, si souriante qu’elle en devient terriblement attachante. De ce fait, les péripéties faites de débrouillardise passent avec fluidité, sans lourdeur excessive, le récit se concentrant sur la relation aussi improbable qu’inattendue avec l’enseignante rigoriste, qui prend l’élève sous son aile.
Cette dualité de caractères, en apparence déséquilibrée, donne tout son relief à un scénario jouant habilement – et souvent avec humour – sur les oppositions. En confrontant le pétillant à la rigueur, Kim Hye-Young compose un duo cinématographique exaltant, socle d’un véritable conte humain mêlant réalisme social et grande générosité.
Car, sous le vernis sportif, se trame une intrigue dramatique : une histoire de décès, de placements en famille d’accueil, autant de situations peu propices au sourire. Mais tout cela se dilue sous une énergie revigorante, portée par une jeunesse lumineuse. Et au centre de tout, la danse, représentée ici sous deux facettes : thérapeutique et humaine. Pour un premier film, force est de constater la présence d’une empreinte cinématographique déjà affirmée.
It’s Okay!, de Kim Hey-young, en salles le 19 février 2025.
Note : 4/5
