The Tree of life : une Odyssée de l’espèce

The Tree of Life, réalisé par Terrence Malick avec Jessica Chastain, Brad Pitt et Sean Penn, Palme d’or à Cannes en 2011. Une flamme, celle de la vie – ou serait-ce un embryon dans le ventre de sa mère ? – ouvre et clôt le film. « D’où viens-tu ? Pourquoi es-tu là ? Et où étais-tu lorsque je t’ai créé ? » Autant de questions soulevées par Dieu dans le Livre de Job, auxquelles Terrence Malick offre des pistes d’interprétations poétiques, graphiques et organiques, loin des considérations narratives classiques.  La création de l’univers et de la vie sur Terre sont explorées à travers les valeurs morales qu’enseignent les religions et plus spécifiquement la chrétienté. Terrence Malick emprunterait-il aux Confessions de Saint Augustin le désir de quête de Dieu mêlé à l’aveu d’un vécu ? Serait-ce la vie de Jack, petit garçon ayant grandi dans le Texas des années 50 ? Ces scènes seraient réelles ou fantasmées puisqu’à la manière de Saint-Augustin, Jack se confie à travers ses prières ?

La création se laisse contempler à travers une image étirée du temps. En effet, elle ne dure que sept jours mais elle se répand paisiblement sur l’écran au son d’une voix lyrique enveloppante et rassurante. Par opposition, le temps des Hommes est montré dans l’urgence du mouvement, avec de brefs gros plans filmés caméra à l’épaule, accompagnés d’extraits orchestraux de Wagner. Vision saccadée et musique déshumanisée ont tôt fait de nous sortir des images mentales introspectives de la création. La forme redondante de fente, d’œil (Le Seigneur des Anneaux ne semble pas loin) ou de vortex vient rappeler que Dieu est omniprésent et veille à travers ce vide entre les branches de l’arbre de vie.

La première partie du film présente, sous forme de voix off, les souvenirs, prières et pensées des trois protagonistes. À commencer par le père, puis le fils, et la logique de la Sainte Trinité nous suggère donc que le troisième personnage, la mère, n’est autre que le Saint Esprit. La création du cosmos et les phénomènes géologiques se confondent avec l’apparition de la vie intra-utérine. L’univers et la Terre sont filmés dans ce qu’ils ont de proches graphiquement et organiquement avec le système de reproduction féminin. L’infiniment grand et l’infiniment petit ne formeraient-ils qu’un ? Et ce lieu sacré serait-il le corps de la femme ? C’est l’incarnation, le verbe qui s’est fait chair dans le corps de la Vierge. La mère serait-elle aussi la rédemptrice ? Elle accueille ses fils dans ce qui semble être un paradis baigné de lumière. Et bien que ce film illustre de manière poétique, voir abstraite, de nombreux passages de la Bible, cette mère n’est à aucun moment représentée à travers le prisme du péché originel entre Adam et Eve. Une manière de redonner à la femme ses vertus dérobées.

La nature est vénérée. Les arbres, poumons de la Terre, filmés en contre plongée, dévoile leur infinie ramification, non sans rappeler le réseau placentaire entourant le fœtus, ici symbolisé par le vide laissant entrevoir le ciel. La création de la vie humaine et les cieux sont toujours mêlés. De même que la rémission des péchés et la purification sont sans cesse ramenées à l’eau. Elle purifie, donne la vie, tout comme elle peut la reprendre (scène de la noyade). Une manière de signifier que ce qui est beau et bon peut aussi s’avérer dangereux. Cette réflexion nous ramène au père de famille tout-puissant, qui sous couvert d’aimer ses enfants, se révèle abusif. Est-ce une vision de Dieu aimant sa création tout en la faisant volontairement souffrir ?

La compassion, explorée dès les prémisses de la vie sur Terre, fait ressortir l’absence de morale de l’humanité. Dieu lui a pourtant donné le choix entre « la grâce » et « la nature », le bien et le mal. Les humains sembleraient avoir optés pour la solution de facilité, contrairement aux dinosaures. En effet, un vélociraptor, féroce carnivore, capable de tuer d’une simple rétractation de griffe, laisse la vie sauve à un parasaurolophus gisant au sol. Il semble jouer en appuyant de sa patte sur la tête de sa proie, mais, attiré par l’eau purificatrice et rédemptrice, il s’éloigne. Cette scène, au regard des échanges brutaux entre père et fils, questionne. Un dinosaure, qui plus est un saurien dont le cerveau est programmé à l’attaque, aurait-il plus de compassion qu’un père, qu’un créateur ?

La souffrance est-elle une punition ? Une réponse aux désirs de grandeur de l’humanité ? Les gratte-ciels filmés en contre plongée symbolisent l’ascension de l’Homme. Mais si, en tentant de rejoindre physiquement le Royaume des cieux, il s’attirait les foudres du Créateur ? Les punirait-il comme il l’a déjà fait lors de la construction de la Tour de Babel ? Bien que Jack soit filmé lui aussi en contre-plongée dans l’univers qu’il s’est créé, incarnant la toute-puissance désirée par son père, il n’est en réalité qu’un enfant fragile et apeuré. Le frère perdu est-il un sacrifice ? Le père de famille serait-il testé comme Abraham, père des religions monothéistes ? La souffrance questionne la foi. Serait-elle une nécessité pour apprendre ? Pour être digne d’entrer au Paradis et pouvoir retourner à l’arbre de vie ?

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