Au pays de nos frères, d’Alireza Ghasemi et Raha Amirfazli, raconte comment la destinée d’une famille afghane se retrouve changée par l’intervention américaine en Afghanistan. Trois générations défilent pour délivrer un témoignage sur un contexte incertain.
Iran années 2000 : dans l’ombre de l’invasion américaine, une famille élargie de réfugiés afghans tente de reconstruire sa vie dans « le pays des frères ». Une odyssée sur trois décennies où Mohammad, un jeune étudiant prometteur, Leila, une femme isolée et Qasem qui porte le poids du sacrifice pour sa famille, luttent pour survivre à ce nouveau quotidien incertain.
Au pays de nos frères, via le regard de ses personnages, capte l’incertitude contextuelle liée au spectre de l’invasion américaine. À une époque où la géopolitique se modifie à cause du terrorisme et où le monde entre dans une nouvelle ère, le film choisit d’adopter des points de vue internes. Mohammed, Leila et Qasem sont les trois protagonistes qui composent les segments du film, tous utilisés pour illustrer l’histoire d’une famille de réfugiés afghans. Entre un jeune menuisier, une femme seule et un homme face au deuil de son fils, Au pays de nos frères propose de découvrir des témoignages différents, mais qui révèlent tous l’explosion d’un système familial éprouvé par la guerre et la fuite du pays d’origine. Le scénario explicite comment le territoire iranien est devenu une terre d’accueil proche pour la population afghane, et surtout comment la peur de devoir revenir et les fantômes du passé règnent sur le présent.
Non pas un simple film, mais quasiment un reportage, Au pays de nos frères sait se montrer original en délivrant ces fameux témoignages, même si la destinée de cette génération fait écho à tous les récits déjà entendus sur cette période charnière et de transition. Mohammed, Leila et Qasem sont autant de visages qui prennent vie et diffusent la parole de toutes celles et ceux qui ont vécu ces changements. Le film manque certainement de force quand il s’agit d’aller plus en profondeur dans la critique d’un contexte qui va bouleverser l’Afghanistan. Toutefois, son aspect documentaire et informatif permet de saisir la présence néfaste du spectre fantomatique de la mort, du déracinement, mais aussi celle des Talibans, dont le régime sème la terreur et provoque des exils.
Les cinéastes ont la bonne idée de compartimenter Au pays de nos frères en trois parties, racontant l’époque à travers le prisme familial, avec trois regards différents, mais offrant à chaque fois une vision juste et réaliste des conséquences liées à la situation humanitaire et politique précaire. Plus de vingt ans après, le message résonne encore fort, alors que l’Afghanistan est retombé dans les griffes d’un régime dictatorial et que l’Iran est plus que jamais sous le feu des critiques. Au pays de nos frères prouve que les deux contrées ont certes marché conjointement face à l’arrivée des troupes américaines. Le long-métrage ne se livre pas à une dénonciation extrême, mais offre un espace de liberté et de réflexion en filmant le parcours de cette famille, qui est sûrement le symbole même d’un conflit éprouvant, réveillant sans doute les douloureux souvenirs de l’invasion russe.
Au pays de nos frères, de Alireza Ghasemi et Raha Amirfazli, en salles le 2 avril 2025.
Note :
3,5/5
