Dans la cuisine des Nguyen, premier long-métrage de Stéphane Ly-Cuong, allie musique et comédie dans un film frais qui met en avant la culture asiatique, tout en s’amusant des clichés existants.
Yvonne Nguyen, jeune femme d’origine vietnamienne, rêve d’une carrière dans la comédie musicale au grand dam de sa mère qui préférerait la voir reprendre son restaurant en banlieue. L’intimité de la cuisine, entre plats familiaux et recettes traditionnelles, leur permettra-t-elle enfin de communiquer, se comprendre et s’accepter ?
Yvonne Nguyễn, chanteuse rêvant de comédies musicales, se produit dans de petits spectacles et joue la « reine des nems » pour la promotion d’un produit vendu en supermarché. Stéphane Ly-Cuong introduit son personnage en utilisant certes certains clichés sur la représentation des personnes asiatiques, mais son objectif est surtout de mettre en lumière les valeurs traditionnelles et culinaires vietnamiennes en vantant leurs qualités gustatives. Fille d’une restauratrice vietnamienne, la jeune femme aspire à autre chose qu’aux bo buns. Elle écume les auditions pour concrétiser son rêve et finit par tenter sa chance dans un spectacle de plus grande ampleur.
Dans la cuisine des Nguyen est une comédie musicale imparfaite mais rafraîchissante, racontant les pérégrinations artistiques d’une jeune chanteuse en quête de reconnaissance, désireuse de s’affranchir des stéréotypes liés à ses origines. Stéphane Ly-Cuong ne la transforme cependant pas en héroïne woke, mais en une représentante de la diversité humaine.
À première vue, on pourrait penser que Dans la cuisine des Nguyen propose une réflexion politique sur la place des Asiatiques dans la société française et véhicule l’idée d’un certain communautarisme. Pourtant, en plongeant plus en profondeur dans l’histoire, il apparaît qu’aucun message critique ou dénonciateur n’est réellement présent. Il s’agit avant tout de montrer un personnage fier de ce qu’elle est, du Vietnam, de ses origines, et prêt à promouvoir cette culture, jusqu’à ressembler à une douce fleur de lotus lors de répétitions musicales. Le film se démarque dans la production française actuelle en se gaussant allègrement des clichés ambiants et en s’amusant du racisme, tout en affichant l’ambition de filmer les qualités d’un Vietnam symbolisé par la Baie d’Halong.
La musique est reléguée au second plan pour laisser de l’espace à la caractérisation d’Yvonne, qui foule les planches, danse, chante, et qui, en dehors des scènes, incarne l’exemple parfait d’une société diversifiée et d’une femme souhaitant s’émanciper des conventions stéréotypées. Le message n’est donc pas que musical : il est aussi question de représentation raciale, avec la noble idée, bien évoquée dans ce film, d’occuper une autre fonction que celles imposées par les diktats liés à la couleur de peau. Mise en scène correcte, chorégraphies travaillées, des pointes d’humour… Le film souffre de quelques imperfections dans son rythme et sa consistance scénaristique, mais il reste tout à fait honnête, en plus de proposer une comédie chantante et dansante qui fait du bien.
Dans la cuisine des Nguyen, de Stéphane Ly-Cuong, en salles le 5 mars 2025.
Note :
3/5
