Cassandre : le charme obscène de la bourgeoisie

Sorti en salles ce mercredi 2 avril, après avoir écumé quelques festivals en France, Cassandre, premier film réalisé par Hélène Merlin, traite avec brio, et non sans un certain humour, du sujet douloureux de l’inceste.

Été 1998. Campagne. Cassandre a 14 ans. Dans le petit manoir familial, ses parents et son frère aîné remarquent que son corps a changé. Heureusement, Cassandre est passionnée de cheval et intègre pour les vacances, un petit centre équestre où elle se fait adopter comme un animal étrange. Elle y découvre une autre normalité qui l’extrait petit-à-petit d’un corps familial qui l’engloutit…

La primo-cinéaste Hélène Merlin a choisi de porter sur grand écran ce qu’elle a vécu durant son adolescence : l’inceste. Un choix payant, car Cassandre figure, de loin, parmi les réussites françaises de ce début d’année. Regorgeant de beaux paramètres cinématographiques, dont une mise en scène qui va au-delà de l’ingéniosité, ce long-métrage ambitieux au thème difficile situe son intrigue dans une bâtisse bourgeoise. À l’intérieur, un air de paradis constitué de pièces confortables, à l’allure tranquille, mais avec l’enfer tapi dans l’ombre. Sous le vernis de la bourgeoisie, et des repas frugaux, se glisse, insidieusement, une ambiance malaisante d’inceste réalisé par un frère porté sur les relations sexuelles.

Jeune femme passionnée par l’équitation, Cassandre se retrouve au milieu d’un climat familial toxique. Un bonheur à l’apparence trompeuse, où les différentes composantes familiales et parentales permettent de diffuser le mauvais parfum de l’inceste. Hélène Merlin décrit une atmosphère bourgeoise vicieuse, une mère qui n’en finit plus de faire des allusions plus que grivoises, un père militaire strict respectueux des règles qui se mue en grand symbole abject de la masculinité toxique, un frère portrait craché du paternel qui prend le chemin tout tracé par son géniteur. Au milieu de ce schéma, il y a Cassandre. Hélène Merlin, qui raconte donc une partie de sa vie, n’hésite pas à en faire un témoin des pires vicissitudes masculines, prise au piège de la domination. La réalisatrice traite ce sujet avec une forme déroutante, parfois humoristique, et s’amuse à décrire ce qui est vraiment le charme obscène de la bourgeoisie. Les choix de mise en scène, les dialogues plus qu’équivoques, et le traitement qui oscille entre dénonciation et thriller intra-familial font de Cassandre une pépite de cinéma français au pari risqué, mais réussi.

Dans ce méandre toxico-dramatique, Hélène Merlin égratigne la figure de l’homme fier, en caractérisant l’image d’un père psychologiquement dangereux avec une certaine causticité. Interprété par l’excellent Eric Ruf, ce personnage est au centre de la sombre machination familiale, un danger ambiant, celui que l’on déteste amplement. Surtout, il faut saluer le parti pris choisi par la cinéaste, qui dénonce l’inceste avec intelligence, en se représentant à l’aide d’une marionnette, symbole de la construction corporelle ou de la déconstruction orchestrée par les gestes incestueux. Le visage artistique exprime les sentiments. Cassandre est une réussite sur tous les plans, techniquement maîtrisés, grâce à sa finesse d’écriture et à sa capacité à définir et symboliser les attitudes viriles, surtout à montrer l’insidiosité du silence face à l’inceste.

Cassandre, de Hélène Merlin, en salles le 2 avril 2025.

Note : 5/5

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