Avec Différente, Lola Doillon s’empare avec justesse et profondeur du thème du handicap neurodéveloppemental, livrant un film à la fois informatif et bouleversant, qui sensibilise sans jamais sombrer dans le didactisme.
Le trouble du spectre autistique (TSA) a longtemps souffert de représentations biaisées, caricaturales ou réductrices, que ce soit à la télévision ou au cinéma. Ces images écornées ont contribué à propager des idées reçues, éloignées de la réalité complexe et nuancée de ce handicap invisible. Mais les choses changent. Différente s’inscrit dans cette nouvelle vague de récits plus précis, plus incarnés, qui donnent à voir ce que vivent réellement les personnes concernées. Le film s’impose d’ailleurs comme l’une des descriptions cinématographiques les plus réussies de ce spectre encore trop méconnu, qui concerne aujourd’hui environ 1 Français sur 100.
Doillon choisit de raconter l’histoire de Katia (incarnée par une Jehnny Beth impressionnante de vérité), une femme qui peine à s’intégrer dans le monde professionnel, fuit les open spaces et rencontre de nombreuses difficultés dans ses interactions sociales. Progressivement, elle découvre qu’elle est autiste. Le scénario, remarquablement documenté, explore les particularités sensorielles et neurodéveloppementales liées au TSA, mettant en lumière les obstacles à la communication, les difficultés de socialisation et les troubles de l’intégration sensorielle (hypersensibilité au bruit, à la lumière, etc.).
Mais Différente va plus loin : le film met en avant une facette encore trop peu représentée de l’autisme, celle des femmes. Moins souvent diagnostiquées, plus enclines à développer des stratégies de « camouflage » pour s’adapter, elles restent les grandes oubliées du discours dominant sur le sujet. Ici, Lola Doillon leur redonne une visibilité essentielle. Katia devient ainsi le miroir d’un vécu que beaucoup de femmes autistes partagent, entre fatigue sociale, incompréhensions familiales et errance diagnostique.
Le réalisme du film repose sur une écriture nourrie de témoignages et d’expériences vécues. À ce titre, la présence de Julie Dachez (conférencière, autrice et militante autiste) et Florence Mendez (humoriste également diagnostiquée TSA) renforce la crédibilité et la sincérité du propos. Le film aborde aussi, sans fard, les manques criants en matière de formation des professionnels, les défis structurels et la progression constante du nombre de diagnostics.
Jehnny Beth, d’une justesse rare, épouse toutes les aspérités de son personnage. Elle retranscrit à merveille les attitudes corporelles spécifiques, les gestes répétitifs, le langage particulier, mais aussi la douleur intérieure d’un être en décalage permanent avec son environnement. À travers elle, le film explore les enjeux de l’autonomie, de l’emploi, des relations amoureuses et de l’incompréhension sociale – sans jamais tomber dans le pathos ni les raccourcis.
Sobre et efficace, Différente ne cherche pas à enjoliver la réalité, mais à la faire comprendre. En parlant de l’autisme au féminin, avec rigueur et humanité, Lola Doillon contribue à faire évoluer les regards sur un trouble encore mal perçu. Une œuvre nécessaire, à la fois poignante et éclairante, qui replace la différence au cœur de notre société.
Différente, de Lola Doillon, en salles le 11 juin 2025.
Note :
5/5
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