Moi, Daniel Blake : une affirmation du respect dû à l’humanité

Récompensé de la Palme d’or à Cannes en 2016 et du César du Meilleur film étranger, Moi Daniel Blake de Ken Loach nous livre un portrait brut de la société britannique des années 2010. Le film débute sur les voix de Daniel et de l’enquêtrice administrative lui posant des questions absurdes quant à son invalidité. L’écran noir laisse défiler le générique sans que nous ne voyions les personnages. Car après tout, cet homme victime d’un infarctus et cette employée administrative pourraient être n’importe qui. L’absurdité n’a pas de visage. Mais Ken Loach compte bien porter haut le cri de révolte des démunis à qui l’on efface toute trace de dignité.

Absurdité

Le système de protection sociale, grâce à des procédures et des employés payés au résultat, empêche les citoyens d’accéder aux aides. Daniel, charpentier de 59 ans, se voit retirer sa pension d’invalidité. En effet, puisque ses bras et son anus fonctionnent correctement, la décisionnaire le juge apte à travailler. Katie, mère de deux enfants, contrainte de déménager à 450 km de sa famille, est sanctionnée d’un mois d’allocations. Se présenter en retard au rendez-vous est impardonnable. Les employés ont tout de répondeurs automatiques. La seule fonctionnaire compatissante est vivement sermonnée d’avoir voulu aider Daniel. Dans Moi Daniel Blake, Ken Loach dénonce l’absurdité d’« une société où l’on ne peut être aidé, au contraire, on doit être puni. […] Car le bien commun s’oppose aux intérêts privés. »

Vertus

La précarité touche tous les citoyens : enfants, adultes, personnes âgées, artisans, militaires, employés… Mais dans leur misère, ils conservent leur humanité. Daniel en est le meilleur exemple. Bien qu’il peste contre les poubelles de son voisin, il accepte de réceptionner ses colis. Alors qu’on vient de lui refuser un rendez-vous d’inscription, il prend la défense de Katie face aux employés de l’agence pour l’emploi. Il l’aide à chauffer son appartement, fabrique meubles et mobiles pour ses enfants. Des mobiles identiques, aux motifs marins, ornent son appartement, en souvenir de sa femme qui aimait tant être portée par le vent. Ainsi, la mer flotte au-dessus de sa tête. Elle noie les protagonistes dans leur quête désespérée de salut.

Hors la loi

Ne voyant plus d’autres solutions, ils en arrivent à enfreindre la loi. Le voisin de Daniel vend des chaussures de sport dérobées aux usines. Daniel tague les murs de l’agence pour l’emploi en écrivant la simple requête qu’aucun employé n’a daigné écouter. Katie vole des objets de première nécessité et accepte la proposition du gardien qui l’a vue faire, de se prostituer. Une société où l’on n’hésite pas à profiter de la pauvreté de son prochain par intérêt personnel est-elle régie par des lois saines ?

Daniel et Katie continuent de se soutenir jusqu’au jour où il peut enfin faire appel de la décision arbitraire qui l’avait privé de ses revenus. Mais son cœur affaibli le laisse inerte dans les toilettes du tribunal.

Lorsqu’un gouvernement, par son inaction, pousse un homme dans sa tombe, c’est à se demander qui, du révolté ou du décisionnaire, respecte moins la loi.

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