La Peur au ventre : la défense d’un droit fondamental en danger

Avec La Peur au ventre, la Québécoise Léa Clermont-Dion livre un documentaire édifiant, en réponse à l’annulation de la loi Roe vs. Wade. Elle aborde le sujet du droit pour les femmes à disposer librement de leur corps, et la remise en question par certains de la pratique abortive.

La Peur au ventre commence avec les discours de celles et ceux qui se réjouissent de l’annulation de la fameuse loi Roe vs. Wade, l’équivalent de la loi Veil, qui favorisait et légalisait l’avortement, signée en 1973. Depuis, les règles ont changé. Des États américains ont restreint ou interdit la méthode. Léa Clermont-Dion décide d’investiguer sur les courants et pensées conservatrices qui se délectent de la décision, en allant elle-même les questionner sur le sujet. Les premières minutes du documentaire sont glaçantes, montrent des propos liberticides, un reflet terrible de l’Amérique d’aujourd’hui dirigée par Donald Trump.

La documentariste donne ainsi la parole au mouvement canadien Pro-Vie, surtout à l’un de ses leaders, qui livre, sans retenue, une vision des choses, un point de vue conservateur sur le sujet de l’avortement, qu’il considère comme un crime. De l’autre côté de la frontière, les images dévoilent une figure dite iconique de la lutte, Abby Johnson, qui n’hésite pas à vilipender le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau. La Peur au ventre choisit d’aller des deux côtés de la bordure frontalière, le Canada et les États-Unis étant historiquement et politiquement liés. Les porte-paroles du mouvement radical intègrent une manifestation, la Marche pour la vie, et s’adressent au peuple pour diffuser les messages propagandistes. Léa Clermont-Dion filme tout cela, pour laisser un espace d’argumentation aux pourfendeurs du droit fondamental, ne se contentant pas que de cela. Les témoignages des personnes qui s’opposent fièrement et défendent par tous moyens l’accès à l’avortement offrent un contrepoids intéressant, et aussi oxygénant, dans un contexte où le sujet est constamment remis en question, dans de nombreux pays. L’opposition donne ainsi un documentaire délivrant deux ambiances différentes, qui se mue en objet informatif lorsqu’il résume l’histoire de la légalisation des pratiques abortives au Canada, un pays modèle qui a toujours su être à la pointe du progrès sociétal.

La Peur au ventre se révèle parfois répétitif, avec des logorrhées verbales diarrhéiques dites et redites, avec un style qui se veut intrusif mais légèrement inoffensif. Dans ce marasme idéologique, surgit un message nécessaire, mis en avant plusieurs fois, celui d’un droit féminin bafoué et remis sur le devant de la scène. Au fur et à mesure que l’œuvre se développe, pointe l’image du célèbre roman de Margaret Atwood, La Servante écarlate, où les femmes sont anéanties et réduites à un assujettissement abject. Si le livre n’est que fictionnel, la réalité s’en approche dangereusement, avec une campagne prônant le droit à la vie, quelles que soient les conséquences, et une volonté de contrôle total sur le choix des femmes, leurs corps, dans des centres.

Si La Peur au ventre se perd dans les méandres du reportage au lieu d’être pleinement un documentaire, la position de Léa Clermont-Dion, au centre de ce que l’on pourrait appeler un Cash Investigation, incarne complètement le sujet traité, un visage féminin en plus, parmi tant d’autres.

La Peur au ventre, de Lea Clermont-Dion, en salles le 30 avril 2025.

Note :

4/5

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