Dangerous Animals, de Sean Byrne, variation du mythe aquatique monstrueux, propose un bon divertissement, sans prise de tête, avec ce qu’il faut de gore et un zeste de psychopathie.
Par son genre même, Dangerous Animals détonnait dans la sélection de la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes 2025. Loin des esthétiques habituellement prisées par les sélectionneurs, le long-métrage de Sean Byrne a eu le mérite de saupoudrer la Croisette d’une atmosphère de série B assumée. Une jeune surfeuse se retrouve piégée par un tueur en série amateur de squales, qui prend un plaisir sadique à voir les corps se faire déchiqueter. Mais c’était sans compter sur le caractère téméraire et aventurier de cette héroïne.
Dès les premières minutes, Sean Byrne plonge dans le vif de l’action, en montrant ce psychopathe jouir du malheur de touristes venus plonger pour observer les requins. Sur un bateau aux allures de vieux rafiot, le personnage — incarné par Jai Courtney — apparaît comme l’antithèse de Richard Dreyfuss dans Les Dents de la mer : un homme tout droit sorti des années 1970, au style spielbergien, mais dérangé. Dangerous Animals évoque inévitablement le classique fondateur du blockbuster américain, mais dévie ensuite vers une ambiance de serial killer, avec une héroïne enfermée dans une cale sale et poisseuse.
Avec un scénario simpliste qui mise avant tout sur les effets sanguinolents et la représentation d’une folie humaine extrême, le film relègue les requins au second plan pour mieux explorer la monstruosité de l’homme, dans ce qu’il a de plus violent. Grâce à un rythme soutenu et une maîtrise évidente des scènes gore, Sean Byrne redore le blason du genre, livrant un résultat bien ficelé, au-dessus des attentes, surtout lorsqu’on le compare aux récentes productions souvent calamiteuses.
Huis clos maritime en pleine mer, Dangerous Animals séduit par son parti pris tranché : un savant mélange de thriller et de visions anatomiques sanglantes, sans surenchère d’effets spéciaux. Construit uniquement sur le duel entre le tueur et ses victimes, le récit devient une étude de la psychopathie, incarnée par un homme qui se repaît littéralement des scènes de carnage qu’il provoque. Le scénario suit certes un canevas classique, mais l’interprétation remarquable de Jai Courtney renforce l’efficacité du film.
Sur le plan filmique, Sean Byrne filme les corps meurtris dans une veine body horror, utilisant des décors volontairement laids, loin de toute carte postale touristique, pour installer une tension croissante. À partir d’une idée somme toute convenue, il parvient à livrer un anti-Jaws réjouissant, qui s’amuse à détourner les codes du film de Spielberg, son atmosphère seventies et la menace rampante du squale. Le choix de la Quinzaine peut surprendre, mais il est à saluer : cette proposition de cinéma, estivale, tendue et résolument jouissive, apporte un souffle bienvenu dans la sélection.
Dangerous Animals, de Sean Byrne, en salles le 23 juillet 2025
Note :
4/5
