Plus qu’un film, Dans la peau est un panorama documentaire qui dépeint tous les aspects de la ville marseillaise, lieu d’un riche brassage multiculturel. Pascal Tessaud livre une vision sans détour de la cité phocéenne.
Dire que Marseille se résume à la Canebière, au Vélodrome ou à l’OM serait négliger tous les symboles humains qu’elle porte en son sein. Souvent victime de mauvaises représentations faites par les médias, on oublie que c’est une ville de lumière, ouverte sur la Méditerranée, où les habitants sont la preuve du côté cosmopolite marseillais. Kaleem est Africain et Marie d’origine grecque. Les deux cultures se retrouvent confrontées, entre mariage arrangé et tradition méditerranéenne plus libertaire. Dans ce chaudron démographique, ils se rencontrent pourtant, s’aiment, dans un climat baigné de tensions et de violences. Le réalisateur Pascal Tessaud n’offre pas un geste de cinéma, mais une photographie documentée de cette population métissée, traduisant le cosmopolitisme de la cité, tout en montrant une société culturellement divisée et fracturée, entre les quartiers Nord et les quartiers plus aisés.
Dans la peau raconte comment deux traditions peuvent s’entremêler, dans une zone urbaine marquée par les sonorités musicales. Kaleem est danseur de krump, une variante du breakdance. Souvent associée aux courants de la musique urbaine, Marseille est le carrefour de cette discipline qui mêle sons et gestuelle corporelle. Pascal Tessaud intègre le krump, non pas comme vecteur d’ascension sociale, mais comme une façon d’être et de vivre dans un environnement des plus modestes et dangereux. À mi-chemin entre la rédemption et le rôle de grand frère protecteur, le jeune danseur s’amourache de la belle Marie, un amour que Dans la peau réussit à retranscrire, avec des scènes parfois décousues, au réalisme social brut. Marque de fabrique du cinéaste, remarqué pour Brooklyn en 2014 (dans le milieu du rap), l’association entre le breakdance et un sujet social important prend le pouls d’une ville à deux vitesses, également gangrenée, comme ici, par toutes sortes de trafics. Jamais il n’est question d’enfoncer le clou sur les clichés redondants. Dans la peau est plus une histoire d’amour rythmée qu’une vision misérabiliste des bas-fonds.
Dans la peau opte pour un scénario simple et une mise en scène minimaliste qui donnent l’impression d’une fiction documentaire, où les dialogues laissent place à un style proche de celui de Ken Loach, au plus près des personnages, pour capter les intentions et l’intensité du récit. Le travail de Tessaud consiste principalement à restituer une atmosphère, en conservant une dimension fictionnelle presque amateur, et à rendre hommage à l’univers du krump, cette danse originaire de Los Angeles, dont les mimiques agressives sont décrites dans ce film comme une série de mouvements libérateurs. Dans la peau précise que la pratique s’est toujours intégrée à la culture phocéenne et qu’elle revêt une grande importance pour certains.
Pour conclure ce panorama, Dans la peau permet de voir la ville sous un autre angle, à travers le prisme de l’art, de tous les instruments traditionnels grecs ou urbains, de ces chants qui viennent des rives de la Méditerranée, ce qui montre que Marseille est et restera une plaque tournante des civilisations, entraînant dans son sillage des cultures et des traditions différentes.
Dans la peau, de Pascal Tessaud, en salles le 4 juin 2025.
Note :
4/5
