Eddington: l’Amérique profonde, sous le regard d’Ari Aster

Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2025, Eddington marque un tournant dans la filmographie d’Ari Aster. Le cinéaste y impose son style décalé et provocateur, en scrutant les failles profondes de l’Amérique contemporaine.

Réputé pour ses récits aux dérives étranges et transgressives, Aster s’éloigne ici de l’horreur mystique pour livrer une fresque politique acide. Dans une petite ville du Nouveau-Mexique, un affrontement oppose le shérif Joe Cross au maire Ted Garcia. Ce duel, d’apparence locale, fait basculer la communauté dans un chaos révélateur des tensions idéologiques qui traversent les États-Unis.

Le décor aride devient un territoire ravagé par la précarité, le complotisme, la défiance sanitaire et les relents de suprématie blanche. Le shérif, incarnation d’un populisme agressif, refuse toute autorité extérieure dans un climat gangrené par les fractures raciales et les tensions post-pandémie. Très vite, ce qui commence comme une rivalité politique dégénère en déferlement de haine, sur fond de slogans identitaires et de violences civiles.

Ari Aster transforme progressivement Eddington en un pamphlet halluciné. Fidèle à son goût pour l’excès, il pousse sa mise en scène jusqu’à l’absurde, embrassant une violence frontale et une paranoïa collective qui évoquent la dérive fascisante d’un pays en perte de repères. Le spectre de Donald Trump hante chaque recoin du récit, jusque dans les logiques communautaires et sectaires du village.

Le film explore ainsi l’effritement d’une démocratie, rongée par la montée d’un conservatisme brutal et l’effacement des idéaux progressistes. Aster choisit un cadre rural, miroir d’une Amérique périphérique souvent ignorée, où la guerre idéologique prend des airs de soulèvement latent. La première moitié repose sur un affrontement de visions, avant de basculer dans un chaos débridé, proche du cauchemar halluciné.

Dans cette seconde partie, la violence éclate, la paranoïa s’intensifie, et Eddington prend la forme d’un délire politique extrême, porté par une mise en scène tendue et virtuose. Joe Cross devient le symbole d’un basculement collectif dans l’irrationnel, reflet d’une société au bord de l’implosion.

Eddington est sans doute le film le plus frontal d’Ari Aster depuis Midsommar. Déroutant, inconfortable, mais viscéralement lucide, il dresse le portrait amer d’un pays fracturé, où les idéaux s’effondrent sous la pression des dogmes. Un cri de colère et de désespoir, aussi glaçant que nécessaire.

Eddington, de Ari Aster, en salles le 16 juillet 2025.

Note:

4/5

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