Avec Kouté Vwa, Maxime Jean-Baptiste mêle fiction et documentaire pour dresser un portrait sensible de la terre guyanaise, secouée il y a quelques années par un événement dramatique.
Melrick, 13 ans, passe ses vacances d’été en Guyane, chez sa grand-mère. Alors qu’il apprend à jouer du tambour, le jeune garçon voit ressurgir le spectre de son oncle. Maxime Jean-Baptiste s’inspire d’un fait divers : le meurtre de Lucas, survenu lors d’une soirée. C’est le point de départ de Kouté Vwa, un essai à la fois fictionnel et documenté sur le poids de l’absence, la mémoire du défunt et le lien intime à l’identité guyanaise. Résidant habituellement à Stains, en Seine-Saint-Denis, l’adolescent se confronte à une autre culture, une autre société, un passé douloureux, et à la survie des âmes perdues dans la mémoire des vivants.
Plus qu’un film à proprement parler, Kouté Vwa prend la forme d’un documentaire poétique, traversé par une vérité criminelle. Il dessine une fresque intime de la Guyane contemporaine.
Loin des principes métropolitains, le territoire devient une terre ancestrale, empreinte de coutumes et marquée par un crime qui a profondément touché la communauté. Dans ce pays, tout se sait, tout se transmet. Maxime Jean-Baptiste propose deux regards : celui de Melrick, adolescent en quête de sens, qui découvre des secrets enfouis, cherche le pardon et s’interroge sur la justice ; puis celui d’un ami de Lucas, témoin du meurtre, qui livre un témoignage sur l’aura du défunt, son influence, l’héritage laissé derrière lui. Il ne s’agit pas ici de reconstituer les faits, mais de rendre hommage à celui qui est parti, en soulignant la force des liens amicaux et familiaux dans le microcosme guyanais.
En juxtaposant deux visions, l’une encore naïve, l’autre marquée par le deuil, le cinéaste sort des sentiers battus. Son approche, empreinte de réalisme, est renforcée par l’utilisation d’images d’archives qui viennent enrichir la dimension mémorielle du film. Kouté Vwa interroge ainsi le choix entre vengeance et pardon. Dans un long monologue, la grand-mère de Melrick livre ses pensées avec une sagesse touchante, traduisant toute la complexité du deuil et de la reconstruction. Celle-ci passe notamment par les sons du tambour, lien symbolique entre les vivants et les morts, que le réalisateur filme avec sincérité.
Sans artifices, Kouté Vwa met en scène des douleurs persistantes. Les plans, habités, accompagnent chaque protagoniste dans une quête spirituelle. Les visages sont filmés dans leur vérité : crispations, peurs, silences. La mise en scène, tout en retenue, laisse place à la parole comme à un exutoire face à la souffrance. Maxime Jean-Baptiste dessine une cartographie sensible de ce territoire, tout en développant une réflexion sur les mutations de la Guyane urbaine, sans jamais perdre de vue l’importance d’une communauté soudée autour de la famille et d’une générosité singulière.
Par sa forme documentaire, Kouté Vwa devient une œuvre profondément intime. En donnant la parole aux proches de la victime, le film vise une authenticité radicale, à hauteur d’homme, à hauteur de mémoire.
Kouté Vwa, de Maxime Jean-Baptiste, en salles le 16 juillet 2025.
Note:
4/5
