Prix du Jury au Festival de Cannes 2025, Sirat, d’Oliver Laxe, fait vibrer les basses pour un film crépusculaire, voyage au bout de l’enfer entre transe techno et drame humain.
Les premières minutes donnent le ton : lorsque la musique s’installe, que les corps s’agitent au rythme des sonorités hypnotiques, la caméra capte une rave-party en plein désert. Laxe immerge le spectateur dans ce no man’s land bercé par les basses et les aigus, au milieu des danseurs effrénés. Parmi eux, Luis (Sergi López) erre, désespéré, à la recherche de sa fille disparue.
Véritable coup de poing qui a conquis la Croisette, Sirāt navigue entre un Mad Max modernisé — avec ses camions de fortune lancés sur des routes impossibles — et une fresque visuelle d’une beauté aride. Les paysages, secs et écrasés de soleil, deviennent le théâtre d’un ballet mécanique où se joue une intrigue déchirante. Thriller implacable, le film rappelle Le Salaire de la peur, tant la quête désespérée d’un père se transforme en voyage vers un enfer de sable et de poussière.
À la fois road-movie, récit d’aventures et méditation désespérée, Sirat déjoue les étiquettes. Laxe y déploie une mise en scène millimétrée, filmant le convoi comme une mécanique tragique. Le film brille aussi par son expérimentation sonore : un mixage audacieux qui oppose les pulsations festives de la techno à la gravité du drame. L’introduction, sans un mot, fonctionne comme une montée progressive, une transe musicale avant l’embrasement narratif.
La photographie sublime chaque élément : poussière, sable, rochers, montagnes, soleil éclatant. Cette lumière, écrasante et anxiogène, devient une force dramatique à part entière. L’errance des personnages prend ainsi des allures d’épreuve, physique et mentale.
Le casting, mêlant comédiens professionnels et amateurs — dont certains porteurs de handicaps — renforce l’ancrage réaliste du récit. Loin du cliché du “teufeur” réduit à une caricature, Laxe fait de cette communauté improbable une troupe de héros solidaires, compagnons de route malgré eux.
Au centre, Sergi López livre une performance bouleversante : un père rongé par la douleur, prêt à tout pour retrouver sa fille. Par son mélange unique de rage, de grâce visuelle et de radicalité sonore, Sirāt s’impose comme une œuvre à part. Original et audacieux, il a dynamité la sélection cannoise par la puissance de son climat et la maîtrise de sa mise en scène.
Sirāt, de Oliver Laxe, en salles le 10 septembre 2025
Note:
5/5
