Premières classes: la résistance du système scolaire ukrainien

Premières classes, documentaire de Kateryna Gornostai, part aux quatre coins de l’Ukraine pour filmer le quotidien d’élèves dans des écoles qui vivent au rythme des bombardements. Une approche informative sur un drame humain, où l’éducatif résiste avec résilience.

Kateryna Gornostai entreprend un voyage documentaire profond, traversant différentes villes ukrainiennes pour capter la vie scolaire dans les établissements, et la poursuite de l’enseignement malgré les bombes et les sirènes. Devant la caméra se dresse tout un système aguerri par les va-et-vient des avions, qui se réfugie au son des alarmes résonnant dans tout le quartier. Premières classes fige ces instants sur pellicule : les moments où les enfants pleurent ou font preuve d’une solidité à toute épreuve face au contexte guerrier. La documentariste ne montre pas les effets dévastateurs des impacts, mais plutôt l’empreinte indélébile laissée sur des esprits entraînés à survivre et à se réfugier dans les abris. Alors que la guerre ravage l’Ukraine, le système scolaire s’adapte et s’organise, vibrant au rythme des pas des écoliers dévalant, de manière presque mécanique, les escaliers.

Le film se passe de commentaires, de dialogues, de témoignages : il ne reste que le quotidien fragile et précaire, avec des enseignants rompus à l’exercice d’enseigner dans des conditions instables, et des élèves assidus dont le moindre regard trahit malgré tout l’inquiétude. Mais Kateryna Gornostai déplace aussi son objectif vers d’autres visages, plus âgés, qui se battent pour préserver la mémoire et scrutent, avec amertume, les ruines des écoles détruites. En fragmentant ses scènes, en superposant les points de vue, elle offre un espace à une jeunesse confrontée à ses incertitudes et à ses interrogations.

Tout repose sur le poids des images, qui révèlent à la fois une forte pression psychologique et une résilience insondable portée par tout un pan du monde éducatif ukrainien, animé par le désir de défendre la liberté fondamentale d’apprendre. Les soubresauts violents du conflit se font entendre, sans qu’on en voie directement les catastrophes, mais suffisent à montrer la résistance extrême de l’école ukrainienne, pilier dressé face à la barbarie. Le documentaire plonge dans les coulisses de l’éducation, rappelant que la société n’est pas totalement dévastée, qu’il existe des personnes qui vivent – ou survivent – comme si de rien n’était, ou presque.

Premières classes place les mots « apprendre » et « espérer » au centre d’un récit poignant sur une population qui refuse d’être réduite au silence et qui cherche un échappatoire à travers l’instruction. Portant même un message d’inclusion, le documentaire possède une visée à la fois informative et sensible sur le quotidien d’un pays en guerre, où les vécus se croisent, s’entremêlent et se répondent, pour rappeler que vivre est aussi une arme contre la destruction.

Premières classes, de Kateryna Gornostai, en salles le 10 septembre 2025

Note:

5/5

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