Les Braises: le souffle chaud de la contestation

Après Les Promesses, Thomas Kruithof poursuit dans la veine sociale et politique avec Les Braises, film d’une brûlante actualité qui relate un combat pour davantage de justice économique.

Karine (Virginie Efira) travaille dur dans une usine agroalimentaire, tandis que son mari Jimmy (Arieh Worthalter) dirige une petite entreprise de transport. En pleine période de contestation sociale, ce couple éperdument amoureux incarne une population étranglée par une économie défaillante. Thomas Kruithof prolonge sa réflexion politique et compose un récit critique et vigoureux, dénonçant l’écart grandissant entre les classes sociales. Il filme une femme qui choisit de porter fièrement un gilet jaune, des ronds-points aux manifestations parisiennes, et fait de Karine une porte-voix d’une France laborieuse qui tente tant bien que mal de s’en sortir.

Les Braises s’inscrit dans un contexte qui résonne encore aujourd’hui : celui d’un système social qui s’effondre, entraînant avec lui des milliers de travailleurs et travailleuses modestes étouffés par la crise. Le scénario illustre à la fois la fragilité et la détermination de cette ouvrière épuisée mais décidée à défendre ses droits. Sans tomber dans le cliché ou la caricature, Kruithof filme Karine comme une militante parmi d’autres, portée par la solidarité de ses collègues, galvanisée par un feu qui couve et menace d’embraser tout un pays. Les discours militants fusent, les élites sont éreintées, et l’organisation se fait à la fois improvisée et courageuse.

Au-delà de son sujet brûlant, le film s’attarde aussi sur un couple traversé par des choix syndicaux différents : l’une, farouche dans sa volonté de confrontation, l’autre, plus mesuré, bien qu’également concerné par la précarité. Kruithof installe ainsi une tension féconde, où les chemins parallèles des deux époux finissent par se croiser sous la pression économique.

Résolument social, croisant l’argent et la politique, Les Braises raconte surtout l’histoire des « petits » : cette France modeste qui constitue une large part du monde actif, prisonnière d’une société à deux vitesses et des dérives du capitalisme. La comparaison avec Ken Loach s’impose, tant Kruithof met en scène des victimes du système avec un réalisme brut. On pense aussi à Stéphane Brizé, dans cette façon d’évoquer la « loi du marché », celle d’un travail mal valorisé et d’une dignité piétinée.

Virginie Efira et Arieh Worthalter forment un duo convaincant, complémentaire, au cœur d’une mise en scène pensée comme un uppercut politico-social. Sans tomber dans le pathos, Kruithof parvient à plonger ses protagonistes dans l’incandescence grandissante des braises, jusqu’à l’explosion.

Tandis que la France n’a toujours pas éteint le feu de la contestation, Les Braises souffle avec intensité sur les cendres encore brûlantes du mouvement des Gilets Jaunes, rappelant sa persistance dans les mémoires.

Les Braises, de Thomas Kruithof, en salles le 5 novembre 2025.

Note:

4/5

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