Avec Arco, Ugo Bienvenu signe un premier long métrage d’animation d’une beauté rare, quelque part entre fable écologique, récit initiatique et rêve d’enfant perdu dans les décombres du temps. Le film confirme d’emblée le talent singulier d’un auteur capable de mêler science-fiction, mémoire et poésie, sans jamais céder au spectaculaire.
Dans un futur suspendu, un garçon nommé Arco traverse les époques grâce à un costume qui lui permet de voyager dans le temps. Une défaillance le propulse pourtant en 2075, dans un monde fragilisé, marqué par l’oubli et la surconsommation. Il y rencontre Iris, une fillette solitaire, enfermée dans une maison ultra-connectée où les robots ont remplacé toute forme d’affection humaine. Ensemble, ils vont tenter de ramener Arco chez lui — mais aussi, plus discrètement, de redonner un sens à ce qui les entoure.
Bienvenu filme ce futur comme un passé qui s’efface. Les couleurs se délavent, les formes se troublent, et la lumière elle-même semble peu à peu se retirer. Son animation en 2D, d’une délicatesse remarquable, évoque autant les imaginaires rétrofuturistes que la mélancolie d’un Miyazaki, sans oublier une certaine rigueur dans la composition qui rappelle Tati. Chaque plan respire, mais quelque chose menace toujours de disparaître.
Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Arco refuse le discours appuyé. Là où tant de récits écologiques soulignent leurs intentions, Bienvenu choisit l’épure, le silence, et une forme de douceur presque fragile. L’amitié entre Arco et Iris devient alors le cœur du film : une tentative simple, presque naïve, de réapprendre à regarder, à écouter, à se souvenir, dans un monde qui semble avoir oublié comment faire.
Arco n’est pas sans failles. Le récit se disperse parfois, et certaines pistes de science-fiction restent en retrait, comme si Bienvenu refusait d’en exploiter toute la tension dramatique. Mais cette retenue fait aussi sa singularité. Arco avance avec une forme de pudeur, préférant la sensation à la démonstration, l’émotion à l’efficacité.
Et c’est sans doute là que Arco touche le plus juste. Sans chercher à convaincre, il installe peu à peu un état, une impression diffuse, presque suspendue. Lorsqu’il s’achève, il laisse derrière lui une sensation étrange, celle d’avoir entrevu un monde à la fois disparu et encore possible.
Un premier long métrage d’une sincérité rare, qui rappelle, sans insister, que l’avenir appartient peut-être à ceux qui savent encore rêver.
Arco, de Ugo Bienvenu, en salles le 22 octobre 2025
Note:
4/5
La bande-annonce:
