Le nouveau film de Hong Sang-soo, Ce que cette nature te dit, reste superbement fidèle à l’esprit du cinéaste coréen, maître de la simplicité et de l’observation des comportements humains.
Jung-hee emmène pour la première fois son compagnon, Dong-hwa, chez ses parents, dans une maison perchée sur une colline verdoyante. Émerveillé par la beauté du lieu, le jeune homme découvre un cadre idyllique, bientôt traversé par des tensions invisibles. Ce qui commence comme une visite de courtoisie se mue en révélation des petites turpitudes de chacun. Hong Sang-soo prouve une fois encore qu’il est un cinéaste de l’instant, attentif aux détails du quotidien, filmant la nature et les êtres avec une grâce dépouillée. La colline, la lumière et les arbres deviennent autant de symboles : la beauté du monde, mais aussi la possession, le matérialisme et les faux-semblants de la sérénité.
Fidèle à son art de la conversation, Hong laisse une grande liberté à ses interprètes, dont les échanges s’étirent autour d’un repas, d’une promenade ou d’un verre partagé. Ces bavardages, tantôt philosophiques, tantôt maladroits, traduisent l’obsession du cinéaste pour l’épure : des dialogues simples, traversés de silences, où se révèlent les fissures de l’âme, la gêne et la timidité.
Ce que cette nature te dit s’inscrit dans la continuité formelle de ses précédents films : montage minimaliste, zooms abrupts, plans fixes sur les visages ou sur le paysage. La nature devient ici un véritable langage, un partenaire silencieux de la mise en scène. Rohmérien dans l’esprit, Hong compose un cinéma contemplatif où l’apaisement apparent reflète la tempête intérieure de ses personnages. Le contraste se dessine entre Dong-hwa, jeune homme modeste et détaché des conventions, et la famille de Jung-hee, attachée à la propriété, à la réussite, à la conformité sociale. De cette opposition naît un conflit moral d’une grande subtilité.
Comme toujours chez Hong, l’alcool agit comme un révélateur : un catalyseur des émotions, un déclencheur de vérité. La verdure, omniprésente, devient miroir de l’intériorité, symbole d’un monde où la pureté se heurte à la corruption. Sous son apparente légèreté, le film déploie un impressionnisme social inattendu, fustigeant les illusions du confort matériel et la perte de sens dans une société obsédée par la possession.
Ce que cette nature te dit contient tout ce qui fait le charme du cinéma de Hong Sang-soo : une sagesse désarmante, un humour discret et une observation fine des contradictions humaines. Une œuvre d’une douceur trompeuse, où la nature, plus que jamais, devient la conscience du monde.
Ce que cette nature te dit, de Hong Sang-Soo, en salles le 29 octobre 2025
Note:
5/5
