Journal intime du Liban: la résistance d’un peuple face au système

Journal intime du Liban montre les coulisses désastreuses d’un pays miné par des années de guerre et de corruption. Alors que la population se dresse contre ses dirigeants, la révolte semble parfois se transformer en résignation.

Sur près de deux heures, le documentaire de Myriam El Hajj filme l’envers du décor : celui d’un Liban meurtri, vu à travers le regard de celles et ceux qui ont traversé les décennies de conflit. Tandis que le pays tente de se reconstruire après l’explosion du nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth, la cinéaste démontre que ce drame n’a fait que parachever une destruction programmée depuis longtemps par les grandes familles politiques au pouvoir. El Hajj dévoile les visages d’un peuple accablé par un quotidien économique insoutenable, une inflation galopante et une défiance généralisée envers les politiciens.

En donnant la parole à plusieurs protagonistes — Georges, un vétéran ayant perdu une jambe, fidèle à l’idée de révolution ; Joumana, candidate aux législatives ; et Perla Joe, artiste révoltée contre la corruption —, la réalisatrice dresse le portrait de trois visages d’une même rébellion : celle qui passe par les armes, la rue ou les urnes. Tous incarnent à leur manière les espoirs et les désillusions d’un peuple pris à la gorge, pour qui l’explosion du port résonne comme une malédiction supplémentaire venant assombrir un avenir déjà incertain.

Composé comme un recueil de récits, Journal intime du Liban met en lumière une résistance à la fois acharnée et résignée, née d’années de luttes intérieures. Le documentaire se révèle passionnant tant il capte l’intimité des Libanais, permettant d’entrevoir les coulisses d’une société bloquée, désarmée face à une politique impuissante. Longtemps détruite par les luttes armées et les guerres, Beyrouth apparaît sous un jour à mi-chemin entre l’optimisme et le désenchantement, de 2018 à aujourd’hui, preuve que les solutions ne sont toujours pas trouvées.

Journal intime du Liban témoigne aussi de la vaillance des manifestants, motivés par des réalités quotidiennes difficiles, habitués à la misère et à la violence, presque rompus aux effets de la guerre. Ce peuple continue à se battre dans les rues, là où d’autres auraient renoncé.
Une voix off parcourt le film comme un fil rouge, exprimant le désenchantement et la lassitude d’un pays brisé. En cela, Journal intime du Liban devient un témoignage poignant de l’injustice sociale, de l’indifférence politique et du tourment permanent dans lequel vivent des citoyens pris au piège d’un système sans issue.

Journal intime du Liban, de Myriam El Hajj, en salles le 15 octobre 2025.

Note:

5/5

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