Notre sélection de films à voir en VOD, DVD, Blu-Ray

Retrouvez dans cette rubrique les choix de la rédaction

En VOD

L’Aventura, de Sophie Letourneur

Avec L’Aventura, Sophie Letourneur retrouve son complice Philippe Katerine pour une chronique de vacances libre et chaotique tournée en Sardaigne. On y suit Claudine, 11 ans, son petit frère Raoul et leurs parents dans un périple familial improvisé, entre trajets incertains, baignades, disputes et éclats de rire. Fidèle à son style, Letourneur filme la trivialité du quotidien avec humour et tendresse, captant la vérité des petits désordres.
Le film flirte avec le documentaire : pas de scénario rigide, mais une succession de scènes improvisées, filmées caméra à l’épaule, qui restituent la spontanéité du réel. Derrière le désordre apparent, la cinéaste orchestre une mise en scène précise, rythmée et sensorielle.
Sous les cris, les ratés et les glaces fondues, L’Aventura parle avant tout d’amour familial et de fragilité partagée. Une œuvre libre, bruyante et profondément vivante, où Sophie Letourneur célèbre l’imperfection comme forme de vérité.

En DVD

IN THE LAND OF BROTHERS – A film by Alireza Ghasemi & Raha Amirfazli Produced by Furyo FIlms, Limited Circle and Baldr Film

Au pays de nos frères, de Alireza Ghasemi et Raha Amirfazli

Au pays de nos frères, d’Alireza Ghasemi et Raha Amirfazli, retrace trente ans de l’histoire d’une famille afghane déracinée par l’invasion américaine en Afghanistan et réfugiée en Iran. À travers trois générations – Mohammad, jeune étudiant ambitieux, Leila, femme isolée, et Qasem, père endeuillé – le film dresse un portrait intime et pudique de la survie et du désenchantement.

Les cinéastes divisent leur récit en trois chapitres, chacun donnant la parole à un membre de la famille, pour raconter la reconstruction impossible et les blessures héritées de la guerre. Ce choix narratif, proche du documentaire, confère au film une authenticité bouleversante : le spectateur ne regarde pas l’Histoire, il l’écoute, vécue de l’intérieur, à hauteur d’hommes et de femmes anonymes.

Derrière son apparente simplicité, Au pays de nos frères dit beaucoup de la complexité géopolitique de la région. Le film interroge l’Iran comme terre d’accueil contrainte, la peur du retour forcé, les fantômes laissés par le régime taliban et la mémoire du déracinement. Si le film manque parfois de puissance analytique, il touche par la sincérité de son regard et la précision de sa mise en scène.

Porté par une photographie sèche et lumineuse, il parvient à concilier l’intime et le politique, révélant les visages d’une population souvent réduite au silence. Sans dénonciation frontale, mais avec une grande humanité, Ghasemi et Amirfazli signent un film de mémoire et de transmission : une œuvre nécessaire, où la douleur se mêle à la dignité, et où chaque regard devient un acte de résistance.

The Gazer, de Ryan J.Sloan

Premier long métrage de Ryan J. Sloan, coécrit avec Ariella Mastroianni, The Gazer revisite le cinéma américain des années 70 à travers un thriller psychologique filmé en 16 mm. On y suit Frankie, pompiste solitaire souffrant d’une maladie neuronale, qui enregistre sa voix sur des cassettes pour ne pas perdre le fil du réel. En réécoutant une bande, elle croit entendre un meurtre, déclenchant une spirale de doute et de paranoïa.

Le film convoque les spectres de Hitchcock, Scorsese et Lynch, entre hommage et réinvention. Sloan filme New York comme un espace d’aliénation, à la fois poétique et menaçant. Ariella Mastroianni, magnétique, incarne une héroïne hors du temps, fragile et révoltée, qui résiste à la modernité.

Mêlant thriller, mélodrame et cinéma de la mémoire, The Gazer brouille sans cesse les frontières entre rêve, réalité et culpabilité. En miroir du spectateur, Frankie devient le reflet d’un cinéma obsédé par le regard — celui qui voit, celui qui doute, celui qui se perd.

Maman Déchire, de Emilie Brisavoine

Maman déchire, le nouveau documentaire d’Émilie Brisavoine, prolonge la démarche intime amorcée avec Pauline s’arrache (2015). Cette fois, la cinéaste braque sa caméra sur sa mère, Meaud, femme punk, fantasque, libre et cabossée, pour tenter de comprendre ce mystère qu’est la figure maternelle. Entre amour, colère et fascination, Brisavoine filme une relation complexe, faite de blessures et de tendresse inavouée.

Le film, composé d’archives, de journaux intimes et de souvenirs familiaux, devient une plongée dans la psyché d’une femme en marge, marquée par une enfance difficile et une maternité chaotique. Maman déchire interroge la transmission des traumatismes, la difficulté d’aimer quand on n’a pas été aimé, et le poids des héritages émotionnels.

Jamais accusateur, le documentaire oscille entre confession et pardon. Brisavoine ne juge pas : elle cherche à comprendre, à réparer, à poser des mots sur le manque. Le résultat, brut et vibrant, évoque la complexité de toutes les relations mère-fille, entre tendresse, douleur et désir de reconnaissance.

Simón de la montaña, de Federico Luis

Simón de la montaña, premier film de Federico Luis, lauréat du Grand Prix de la Semaine de la Critique 2024, explore avec finesse la quête d’identité d’un jeune homme en marge. Simón, 21 ans, trouve refuge auprès d’un groupe de personnes en situation de handicap, où il se sent enfin à sa place. En imitant leurs gestes et leurs codes, il brouille la frontière entre jeu et transformation, cherchant dans la différence une nouvelle forme d’appartenance.

Le film, tourné en Argentine, capte avec un réalisme bienveillant la beauté du lien social hors des normes. Sans jamais tomber dans le voyeurisme, Federico Luis filme l’altérité comme un espace de liberté. Simón de la montaña questionne la normalité, l’acceptation et la construction de soi.

D’une grande délicatesse, cette œuvre lumineuse et empathique célèbre la diversité des existences. Un film sur la différence comme langage commun, à la fois poétique, déroutant et profondément humain.

Stranger Eyes, de Siew Hua Yeo

Stranger Eyes, du cinéaste singapourien Siew Hua Yeo, explore les dérives du regard et la perversion du contrôle à travers un faux thriller sur fond de disparition d’enfant. Lorsqu’une fillette s’évapore dans un parc, ses parents découvrent qu’un homme les observe et les filme. De ce point de départ, Yeo déploie une réflexion vertigineuse sur le voyeurisme moderne, où voir devient un acte de domination.

Tourné dans un décor urbain oppressant, le film emprunte à Hitchcock et Lynch : deux immeubles qui se scrutent, des cadres fixes, un malaise latent. Le cinéaste brouille sans cesse les frontières entre victime et bourreau, entre regardeur et regardé.

Le récit, volontairement flottant, épouse les dérives mentales d’un homme solitaire obsédé par l’image, rappelant Nightcrawler mais dans une version plus contemplative et sensorielle. La tension naît du silence, du vide, d’une absence d’explication qui transforme l’observation en cauchemar.

Troublant et volontairement opaque, Stranger Eyes questionne notre époque saturée d’écrans et de surveillance. Une œuvre glaciale, obsédante, où le regard devient le véritable protagoniste.

En DVD et Blu-Ray

Le Répondeur, de Fabienne Godet

Le Répondeur, de Fabienne Godet, s’impose comme une comédie douce-amère sur la communication à l’ère du numérique. Le film suit Baptiste, imitateur de voix et employé dans un centre d’appel, qui accepte de se faire passer pour un célèbre écrivain en répondant à ses appels. Cette supercherie improbable, prétexte à une série de quiproquos savoureux, devient aussi le moyen pour chacun de retrouver sa voix — au sens propre comme au figuré.

Le duo Salif Cissé / Denis Podalydès fonctionne à merveille : l’un incarne l’énergie et la spontanéité, l’autre la fatigue d’un homme accablé par le bruit du monde. Ensemble, ils forment un tandem drôle et touchant, reflet d’une société saturée de connexions mais en manque d’écoute réelle.

Godet signe une comédie humaniste, légère mais lucide, où la technologie agit comme miroir de nos solitudes modernes. Si la mise en scène manque parfois de dynamisme et s’alourdit dans quelques passages, le film séduit par la sincérité de son ton et la chaleur de ses personnages.

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