Notre sélection de films à voir en streaming

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Sur Universciné

Le Répondeur, de Fabienne Godet

Une comédie tendre sur nos difficultés à communiquer dans un monde saturé de connexions. Baptiste, imitateur de voix, accepte de répondre au téléphone à la place d’un écrivain célèbre, donnant lieu à une série de quiproquos pleins de charme. Cette supercherie devient une métaphore du besoin d’écoute et de reconnaissance.

Le duo Salif Cissé / Denis Podalydès fonctionne à merveille : l’un représente la fougue et la fraîcheur, l’autre l’usure d’un intellectuel dépassé. Ensemble, ils traduisent la fracture entre générations et modes de vie.

Fabienne Godet retrouve son cinéma de l’humain, attentif et bienveillant. Si la mise en scène reste sage et parfois inégale, Le Répondeur séduit par sa sincérité et son regard lucide sur la solitude contemporaine.

L’Aventura, de Sophie Letourneur

L’Aventura, de Sophie Letourneur, prolonge l’exploration intime de la cinéaste entamée avec Voyage en Italie. Toujours aux côtés de Philippe Katerine, elle met en scène une famille en vacances en Sardaigne, entre plages improvisées, disputes enfantines et itinéraires incertains. Tout y respire la spontanéité : les scènes sont largement improvisées, filmées comme un carnet de route à vif, à la frontière du documentaire.

Sous ses airs de chronique légère, le film observe avec humour la désorganisation familiale : une mère débordée, un père rêveur, une adolescente en révolte et un petit garçon ingérable. Ce désordre devient la matière même du récit, un chaos tendre et sincère.

Visuellement, Letourneur recrée la chaleur du Super 8, multipliant les plans serrés, les sons captés à la volée, les maladresses précieuses. Derrière la drôlerie, L’Aventura parle du couple, du temps qui passe et de la fatigue d’aimer — tout en célébrant la vie, dans son tumulte et ses imperfections.

Stranger Eyes, de Siew Hua Yeo

Stranger Eyes, du réalisateur singapourien Siew Hua Yeo, explore les zones sombres du regard et de la surveillance dans une société obsédée par l’image. Le film débute comme un thriller : après la disparition d’une fillette, ses parents découvrent qu’un homme les observe et les filme. Mais Yeo délaisse vite l’intrigue policière pour sonder la maladie du regard, cette fascination morbide pour la vie des autres.

À travers une mise en scène lente, silencieuse et hypnotique, le cinéaste transforme un simple fait divers en expérience sensorielle troublante. Entre Hitchcock et David Lynch, Stranger Eyes plonge dans un climat de suspicion permanente, où le spectateur devient complice du voyeur qu’il condamne.

Le film interroge autant la perte d’intimité que la tentation de contrôler le réel par l’image. En brouillant la frontière entre le père endeuillé et l’observateur anonyme, Yeo crée une confusion volontaire, dérangeante, qui reflète notre époque saturée de regards.

Œuvre inégale mais envoûtante, Stranger Eyes fascine par sa tension diffuse et son atmosphère hypnotique. Une méditation sur la vision, la culpabilité et la solitude contemporaine.

The Gazer, de Ryan J.Sloan

The Gazer, premier long métrage du cinéaste indépendant Ryan J. Sloan, coécrit avec Ariella Mastroianni, rend un hommage passionné au cinéma américain des années 1970 tout en l’infusant d’un trouble profondément contemporain. Le film suit Frankie Rhodes, pompiste new-yorkaise atteinte d’une maladie neuronale dégénérative, qui enregistre sa voix sur cassette pour ne pas perdre contact avec la réalité. En réécoutant une bande, elle découvre par hasard la trace sonore d’un meurtre. Dès lors, la frontière entre perception, souvenir et délire se brouille.

Tourné en 16 mm, The Gazer reprend les codes visuels du néo-noir américain : grain marqué, lumière nocturne, caméra à l’épaule et regard obsessionnel sur la ville. Sloan évoque Hitchcock, Scorsese ou Lynch, tout en développant une esthétique personnelle, nerveuse et fragile. New York, filmée à distance ou depuis les hauteurs, devient un labyrinthe mental où chaque regard peut être un piège.

Frankie, interprétée avec une intensité rare par Ariella Mastroianni, est une anti-héroïne fascinante : isolée, anachronique, refusant la modernité, vivant dans un monde de sons et de souvenirs. Elle incarne à la fois la nostalgie d’un cinéma perdu et la solitude d’un individu en crise d’identité. Sa quête de vérité se transforme en descente dans le subconscient, où la cassette qu’elle laisse à sa voisine devient un symbole : celui d’un cinéma analogique face à l’ère numérique, d’un témoignage fragile dans un monde saturé d’images manipulées.

The Gazer brouille les repères moraux : le vrai et le faux, la victime et le bourreau, l’innocence et la manipulation. Sloan ne signe pas seulement un thriller, mais une réflexion sur le regard lui-même — celui qui voit, celui qui contrôle, et celui du spectateur, peut-être coupable d’en vouloir toujours voir plus.

Un film d’atmosphère, vertigineux et sensoriel, qui redonne au cinéma son pouvoir hypnotique.

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