Éric Besnard raconte l’errance du personnage littéraire de Jean Valjean en se concentrant sur la période où il rencontre Monseigneur Bienvenu. Un film sur un véritable misérable, porté par un Grégory Gadebois herculéen.
Herculéen, c’est bien le mot pour décrire l’ancien forçat Jean Valjean, tout en muscles et en force, emprisonné pendant près de vingt ans pour avoir volé du pain. Dans Jean Valjean, Éric Besnard s’inspire du roman culte de Victor Hugo pour en extraire un fragment de vie : celui de la rencontre avec l’évêque Myriel. Alors que le cinéma français s’apprête à livrer une nouvelle adaptation des Misérables, le cinéaste choisit l’originalité en axant son récit sur l’homme derrière le mythe, pour mieux en révéler la puissance littéraire et morale. Comme Gavroche, Valjean a marqué des générations de lecteurs ; ce film historique, soigné et rigoureux, lui redonne chair, entre bonhomie, solitude et marginalité.
À l’image de Délicieux ou Louise Violet, Besnard ne se défait pas d’un certain classicisme. Mais sa vision du personnage possède de l’épaisseur, servie par une mise en scène attentive aux décors sombres et à une atmosphère rustique et campagnarde. Scénarisé par le réalisateur, Jean Valjean est une reconstitution fidèle du héros hugolien, poussé dans ses retranchements, marqué par des années d’emprisonnement, taiseux au possible, habité par la vengeance autant que par le poids de la rédemption. Le film, qui s’impose comme un prolongement discret de l’œuvre d’Hugo, éclaire la marginalité et la rudesse du personnage — figure fruste et modeste, reconnaissable à son manteau élimé, symbole d’une existence brisée.
La performance de Grégory Gadebois, impressionnante de maîtrise, donne à Valjean une présence physique et tragique rare. L’acteur impose un jeu d’une intensité contenue, d’une rigueur presque ascétique, rendant palpable la lutte intérieure d’un homme partagé entre culpabilité et humanité.
Cependant, Jean Valjean risque de décevoir les amateurs du roman original par son absence d’élan épique et de souffle romanesque. Éric Besnard ne cherche pas à raviver l’aventure ou la fresque, mais à proposer une lecture intime et réaliste du personnage : celle d’un miséreux difficile à cerner, peu enclin à l’émotion. Cette approche, plus introspective que spectaculaire, s’attache à la période clé du récit : la rencontre avec l’évêque Myriel et le geste de miséricorde qui scelle la rédemption de Valjean.
Le film s’impose ainsi comme un récit de transition, celle qui mène de la vie de forçat à celle du notable Monsieur Madeleine. Fidèle à son goût pour les cadres ruraux, Besnard situe son histoire dans un décor de pierre et de terre, au cœur d’une France de 1815 encore marquée par la misère et la foi.
En définitive, Jean Valjean intrigue par son parti pris : un regard épuré sur un monument littéraire, où la retenue du récit sert la profondeur du personnage. Si l’on pouvait espérer un souffle plus romanesque, le film s’impose néanmoins comme une variation singulière et émouvante sur la figure du misérable, sublimée par un Grégory Gadebois habité, qui rejoint la lignée des grands interprètes du rôle — de Jean Gabin à Jean-Paul Belmondo, dernier Valjean français au cinéma en 1995, dans la version de Claude Lelouch.
Jean Valjean, de Eric Besnard, en salles le 19 novembre 2025
Note:
3,5/5
La bande-annonce:
