Critique – Derrière les palmiers : assumer ses choix

Derrière les palmiers met en scène un jeune homme marocain tiraillé entre deux femmes qui appartiennent à deux mondes culturels différents : Selma, marocaine et Marie, française expatriée.

Dans son film Derrière les palmiers, Meryem Benm’Barek montre les différences culturelles entre les deux univers de l’existence de Mehdi (Driss Ramdi). Le poids des règles sociales marocaines strictes se ressent au niveau des relations amoureuses et de la famille. Opposées à cela, la tentation d’une vie occidentale aisée et l’opportunité de poursuivre son rêve d’architecte attirent le jeune homme.

Ces deux modèles sociétaux entretiennent des liens limités. Peu d’échanges ont lieu entre ces mondes qui vivent côte à côte. Mehdi navigue entre sa vie d’origine, ancrée dans les traditions locales, et une seconde vie qui lui fait envie, plus légère et libre en apparence. Les deux femmes pour qui il éprouve des sentiments incarnent cette dualité, l’ambivalence dans laquelle il se trouve.

Le personnage principal provient d’un milieu culturel où le sens de la famille, la loyauté envers le père sont prépondérants. Medhi travaille avec ce dernier dans son entreprise de construction, en charge du chantier de la villa des parents de Marie (Sara Giraudeau). Leur niveau de richesse contraste radicalement avec le quotidien beaucoup plus simple qu’il mène. Les décors rendent bien compte de cette disparité, notamment les œuvres d’art présents dans la maison. Des scènes de soirées livrent l’opposition entre l’ambiance mondaine du milieu aisé expatrié et celle plus festive et conviviale de la classe populaire marocaine.

Tiraillé entre son amour initial pour Selma et celui récent pour Marie, Mehdi se montre incapable de s’engager d’un côté comme de l’autre, jouant un double jeu risqué qui met en cause sa morale personnelle. Ne pouvant se confier pleinement à d’autres sur ces questionnements existentiels, le jeune homme plonge dans la solitude, et le désarroi. Le malaise que provoque ce schéma impossible occupe majoritairement la place dans le récit.

Derrière les palmiers se transforme en thriller social. Les non-dits, les mensonges et les choix malencontreux s’accumulent pour Mehdi, la situation devenant vite irrespirable. La tension monte crescendo jusqu’au point de rupture puis s’accélère. Son comportement dévie de ses principes originels, jusqu’à franchir les limites de l’acceptable. En fuyant ses responsabilités, le personnage masculin devient antipathique et perd l’adhésion du public.

La malhonnêteté et l’infidélité dans le couple constituent des problématiques centrales du scénario. Meryem Benm’Barek rappelle que les éléments externes peuvent prendre le pas sur l’essence de la relation. La cinéaste interroge l’importance du mariage et ses raisons dans les deux modèles sociétaux. Dans le schéma traditionnel marocain, se marier a valeur d’obligation pour partager la vie d’autrui. La forte présence des parents se fait ressentir à différents stades. Chez Marie, s’engager maritalement apporte une valeur ajoutée à sa vie. Devenant même un évènement de distraction improvisé, ce n’est plus une institution qu’elle prend au sérieux.

Le jeu d’actrice de Selma (Nadia Kounda) est remarquable de crédibilité. Son personnage rentre dans les normes de la société marocaine. Ses expressions faciales montrent toutes les émotions par lesquelles elles passent. Au fur et à mesure de l’histoire, la jeune fille suscite la compassion. À l’inverse, Marie apparaît naïve, ignorante ou inconsciente, ce qui est sans doute voulue par la réalisatrice. Ses réactions sont beaucoup moins organiques, moins vives que Selma et sa souffrance. Elle semble déconnectée de la réalité et ne pas réaliser l’ampleur des choses.

Le titre Derrière les palmiers représente une métaphore qui possède un double sens. Derrière la vie de carte postale des expatriés, hors des réalités et parfois superficielle, se trouve celle des locaux, bien ancrée et concrète. Derrière les tentations, les désirs et les rêves, arrive le moment où il faut assumer les conséquences de ses choix, en faisant preuve d’une certaine morale et de sincérité.

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