Notre sélection de films à voir en streaming

Retrouvez notre sélection complète de films à voir en streaming.

Sur Canal+:

5 septembre, de Tim Fehlbaum

5 septembre nous plonge au cœur de la rédaction d’ABC Sports lors de l’attentat des Jeux olympiques de Munich en 1972, première édition retransmise en direct à des centaines de millions de téléspectateurs. Dans l’atmosphère suffocante de la régie — mélange de stress, de chaleur et de fumée de cigarettes — une équipe de journalistes improvise, s’adapte et tente de couvrir au mieux une crise sans précédent. Geoff, le producteur incarné par John Magaro, doit prendre des décisions cruciales en quelques secondes : que montrer ? Que cacher ? Comment informer sans attiser la panique ?

En huis clos, le film orchestre avec précision le déroulé tragique de la prise d’otages menée par le groupe Septembre noir, au cours de laquelle onze athlètes israéliens perdirent la vie. Il expose aussi les tergiversations d’une Allemagne dépassée par la situation, prisonnière de son histoire et soucieuse de ne commettre aucun faux pas.

Candidat aux Oscars pour son scénario original, 5 septembre joue habilement avec la tension : plus les enjeux montent, plus la mise en scène se resserre, jusqu’au point de rupture. Un film intense, essentiel, qui rend hommage au travail des journalistes et invite à réfléchir à la responsabilité des médias face à l’Histoire en train de s’écrire.

On ira, de Enya Baroux


Avec On ira, son premier long-métrage, Enya Baroux aborde avec délicatesse la question du droit de mourir dignement, mêlant comédie et drame dans un road-movie aussi touchant que burlesque. Marie, 80 ans, décide de se rendre en Suisse pour mettre fin à ses jours, mais, incapable d’en parler à son fils Bruno et à sa petite-fille Anna, elle invente un mensonge : un héritage imaginaire à récupérer à l’étranger. Accompagnée malgré elle par Rudy, un auxiliaire de vie, elle embarque sa famille dans un voyage teinté d’humour, de tendresse et de non-dits.

Baroux traite ce sujet sensible avec une grande douceur, rappelant les tonalités tragi-comiques de films comme La vie est belle. Hélène Vincent incarne une grand-mère lucide et déterminée, au cœur d’un périple familial qui transforme un chemin de mort annoncée en une aventure emplie d’amour. Le film explore la fin de vie avec humanité, en s’attardant sur les liens familiaux, les rites, les objets et les souvenirs qui accompagnent le passage.

Grâce à un savant équilibre entre burlesque et émotion, On ira évite la pesanteur et devient un hommage vibrant, inspiré de la propre histoire de la réalisatrice. La mise en scène, lumineuse et maîtrisée, s’appuie sur un casting harmonieux où brillent Hélène Vincent, Juliette Gasquet ainsi que Pierre Lottin et David Ayala. Enya Baroux signe ainsi un premier film tendre et profondément humain, qui adoucit la tristesse par la chaleur du rire et de la complicité.

Dans la cuisine des Nguyen de Stéphane Ly-Cuong

Dans la cuisine des Nguyen, premier long-métrage de Stéphane Ly-Cuong, suit Yvonne Nguyen, une jeune chanteuse d’origine vietnamienne qui rêve de percer dans la comédie musicale tandis que sa mère voudrait la voir reprendre le restaurant familial. Le film joue volontairement avec certains clichés pour mieux mettre en valeur les traditions culinaires et culturelles vietnamiennes, tout en racontant le parcours d’émancipation d’Yvonne, qui multiplie les auditions et petits spectacles pour s’affirmer face aux stéréotypes liés à ses origines. Sans véritable dimension militante, l’œuvre met surtout en scène une héroïne fière de ses racines, joyeusement engagée dans la promotion de sa culture. Stéphane Ly-Cuong détourne les clichés avec humour, aborde le racisme de manière légère et signe une comédie musicale fraîche et attachante, malgré quelques faiblesses.

Sur CINE+ OCS

Bergers, de Sophie Deraspe

Avec Bergers, Sophie Deraspe adapte l’histoire vraie de Mathyas Lefebure, publicitaire québécois ayant tout quitté pour devenir berger en Provence. Fascinée par ce geste radical, la réalisatrice propose un film où le rêve d’une vie simple se confronte à la dure réalité du pastoralisme. Le récit s’ouvre sur l’image d’une montagne se fondant dans le visage endormi de Mathyas : un idéal poétique et naïf, bientôt fissuré par la violence du métier et l’absurdité administrative qui l’accable dès son arrivée.

Très vite, son fantasme pastoral se heurte à un quotidien fait d’épuisement, de brutalité envers les bêtes et de contradictions humaines. Ahmed, son formateur, incarne cette ambiguïté : croyant fervent mais capable de gestes d’une cruauté insoutenable. Isolé et désillusionné, Mathyas songe à tout abandonner — mais sa correspondance avec Élise, fonctionnaire qu’il a rencontrée lors d’une visite au Canada, lui redonne un souffle d’espoir. Comme une variation cinématographique de la Lettre à Élise, le film alterne rêve et désillusion selon une structure musicale en trois mouvements.

La mise en scène utilise de puissantes métaphores visuelles : tunnels de lumière traversant la montagne, cabane obscure percée d’un rai lumineux, bergers avançant entre ombre et révélation. Mathyas finit par obtenir son statut… avant d’être renvoyé le jour même, incapable de sauver tout son troupeau d’une attaque de loups. Tel un agneau sacrifié, il dépose son bâton de berger : son rêve s’effondre au moment même où il semblait se concrétiser.

Pourtant, la caméra — devenue plus fluide et maîtrisée à mesure que Mathyas apprend — atteste de sa transformation. La musique, passant du pipeau léger aux cordes dramatiques et aux vents mélancoliques, accompagne cette métamorphose jusqu’à une fanfare finale, comme un défilé de bergers triomphants. Bergers devient alors le récit d’un apprentissage spirituel : celui d’un homme qui, brisé mais debout, trouve enfin sa place au milieu des troupeaux et au cœur de la montagne.

Mon gâteau préféré, de Maryam Moqadam et Behtash Sanaeeha

Mon gâteau préféré, très attendu au Festival d’Amnesty International, suit Mahin, 70 ans, veuve et isolée à Téhéran, dont la solitude devient insupportable. Lors d’une sortie improvisée dans une ville étouffée par l’inflation et la répression, elle rencontre Faramarz, chauffeur de taxi esseulé. Leur soirée impromptue – faite d’alcool, de danse, de souvenirs et de confessions – ravive des émotions enfouies et esquisse une parenthèse de liberté dans un pays où tout se resserre. Sous ses airs de comédie douce-amère, le film est profondément politique : tourné au cœur des manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa Amini, il a conduit son équipe à rejoindre les protestations, certains étant arrêtés. Aujourd’hui, les réalisateurs Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha sont visés en Iran pour « propagande » et « débauche », preuve que la réalité derrière le film dépasse largement la fiction qu’il met en scène.

Baby, de Marcelo Caetano

Présenté à la Semaine de la Critique 2024, Baby de Marcelo Caetano raconte l’histoire de Wellington, jeune homme homosexuel livré à lui-même à sa sortie d’un centre de détention pour mineurs. Errant dans les rues de São Paulo, sans famille ni repères, il rencontre Ronaldo, un homme plus âgé qui l’aide à survivre et devient peu à peu son amant, dans une relation aussi protectrice que conflictuelle. À travers ce duo marginalisé, Caetano explore la réinsertion, le rejet familial, la violence homophobe et la difficulté d’exister dans un Brésil bolsonarien hostile aux minorités.

Sans devenir un pamphlet politique, Baby s’affirme comme une romance moderne et libre, qui déconstruit les préjugés et met en lumière la quête d’un refuge — amoureux, social ou symbolique. Ricardo Teodoro incarne un Ronaldo puissant et bienveillant, figure de mentor face à la fragilité de Wellington. Caetano filme avec sensibilité les corps, les errances, les étreintes et les douleurs, inscrivant cette love story dans un réalisme brut mais lumineux.

Porté par une mise en scène tendre et vibrante, Baby devient l’un des plus beaux films LGBT récents, célébrant la diversité et la résistance face à l’intolérance. Une œuvre audacieuse qui fait du cinéma un espace de liberté et de reconnaissance.

Simón de la montaña , de Federico Luis

Grand Prix de la Semaine de la Critique 2024, Simón de la montaña de Federico Luis explore la quête d’identité d’un jeune Argentin de 21 ans qui, en se rapprochant d’un groupe de personnes handicapées, découvre pour la première fois un espace où il se sent pleinement lui-même. Avec cette bande joyeuse et insouciante, porteuse de trisomie ou d’autres handicaps, Simón trouve une forme d’appartenance qui lui manque dans la société normative. En adoptant certains de leurs codes — jusqu’à porter un appareil auditif par mimétisme — il cherche à se fondre dans une communauté où la différence n’est plus un obstacle mais une force.

Federico Luis signe un film délicat et profondément humain, qui montre le handicap non comme une fatalité, mais comme un mode de vie possible, où l’amitié, l’amour et l’inclusion prennent une forme nouvelle. Sans voyeurisme, le réalisateur filme ses interprètes avec bienveillance, révélant un quotidien souvent invisibilisé. Le scénario interroge subtilement les barrières sociales et le regard inquiet des parents de Simón, incapables d’accepter son désir d’être « autre ».

Simón de la montaña apparaît ainsi comme une œuvre lumineuse qui valorise l’inclusion et célèbre les identités en marge, tout en offrant une réflexion rare sur l’épanouissement à travers la différence. Une récompense amplement méritée à Cannes.

La Zone d’intérêt, de Jonathan Glazer

La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer, Grand Prix à Cannes 2023, met en scène Rudolf Höss, commandant SS d’Auschwitz, sa femme Hedwig et leurs enfants vivant dans une maison idyllique située juste derrière le mur du camp. Dans ce cadre bourgeois, la famille s’installe dans une normalité monstrueuse, protégée par une cloison mentale qui leur permet d’ignorer les cris, les fumées et les morts. Le film adopte la froideur d’une caméra de surveillance, exposant leur responsabilité et la banalisation sidérante du génocide : un enfant jouant avec des dents en or, la lecture du conte Hansel et Gretel résonnant comme un écho macabre aux fours crématoires.

Glazer construit son film selon les couleurs du drapeau nazi — noir, blanc, rouge — qui, par des aplats visuels, occultent régulièrement l’image comme les nazis effaçaient les juifs de leur champ de vision. La propreté obsessionnelle d’Hedwig contraste avec la saleté morale qui finit par contaminer leur paradis domestique, envahi de fumée et de cendres. Les déportés restent hors champ, réduits à des cris et à des murmures : une absence d’image qui rend leur présence encore plus insoutenable. Ainsi, La Zone d’intérêt dévoile l’horreur non pas en la montrant, mais en observant la vie quotidienne de ceux qui choisissent de ne pas la voir.

L’Effacement, de Karim Moussaoui

L’Effacement, second long-métrage de Karim Moussaoui, explore le poids écrasant du patriarcat algérien à travers Réda, jeune cadre propulsé dans la grande entreprise d’hydrocarbures dirigée par son père, homme autoritaire et tyrannique. Vivant encore chez ses parents dans un quartier bourgeois d’Alger, Réda étouffe sous la domination paternelle, incapable d’exister autrement qu’à travers les attentes d’excellence imposées par ce chef de famille omnipotent. Lorsque le père meurt, un événement symbolique se produit : le reflet de Réda disparaît du miroir, métaphore de son identité effacée.

Moussaoui dresse un portrait implacable d’un patriarcat toxique, où la virilité écrasante façonne des fils incapables d’affirmation personnelle. Entre thriller psychologique et chronique sociétale, le film montre l’effondrement progressif d’un jeune homme écrasé par le poids de la descendance et d’un modèle masculin narcissique. La mise en scène, pesante et lente, traduit l’enfermement mental et la soumission intériorisée de Réda, que Sammy Lechea incarne avec une fragilité bouleversante.

Après En attendant les hirondelles, Moussaoui poursuit son exploration d’une Algérie contemporaine gangrenée par les rapports de pouvoir, livrant un récit sombre où l’effacement d’un homme devient le révélateur d’un malaise social profond.

Spectateurs, de Arnaud Desplechin

Spectateurs ! d’Arnaud Desplechin interroge le sens même d’aller au cinéma et célèbre la magie des salles obscures, en rendant hommage à ceux qui les font vivre : les spectateurs. Le cinéaste mêle souvenirs personnels, fiction et enquête pour raconter la formation d’un regard, incarnée par le jeune Paul Dédalus, double cinéphile interprété par Milo Machado Graner. Le film retrace ainsi le parcours de Desplechin, de ses premières émotions devant la télévision à ses années de ciné-club, tout en retraçant l’histoire du cinéma à travers des extraits de grands maîtres. Au-delà de son propre récit, le réalisateur place le public au cœur de la réflexion, évoquant les peurs, les souvenirs et les films qui marquent une vie. Spectateurs ! devient alors une ode à l’expérience collective du cinéma, un hommage à la façon dont les œuvres se transforment dès lors qu’elles sont accueillies et partagées par ceux qui les regardent.

Sur Universciné

Avignon, de Johann Dionnet

Grand Prix au Festival de l’Alpe d’Huez 2025, Avignon est une comédie estivale vive et généreuse qui plonge au cœur du célèbre festival théâtral. Pour son premier film, Johann Dionnet choisit la Cité des Papes comme terrain de jeu et suit Stéphane, acteur de boulevard venu jouer une comédie légère avec sa petite troupe. Au détour des ruelles brûlantes d’Avignon, il croise Fanny, une actrice reconnue, et tombe amoureux. Ce choc des univers confronte le comédien populaire aux exigences d’un théâtre plus prestigieux.

Le film restitue brillamment l’effervescence du festival : tracts, files d’attente, petites salles surchauffées, quiproquos et pression des représentations. Dionnet montre le contraste entre les classiques – Le Cid, Ruy Blas – et le théâtre de boulevard, souvent jugé mineur. Par une série de mensonges et de situations cocasses, Stéphane tente de se hisser au niveau de Fanny, jusqu’à prétendre interpréter Rodrigue.

Entre comique de situation et douce romance, Avignon célèbre la diversité du théâtre français, défend la légitimité du boulevard et expose avec tendresse les luttes des petites compagnies. porté par un casting enjoué, le film se distingue par sa fraîcheur, sa rythmique fluide et sa joie communicative.

Kouté VWA, de Maxime Jean-Baptiste

Avec Kouté Vwa, Maxime Jean-Baptiste mêle fiction et documentaire pour offrir un portrait profondément sensible de la Guyane, marquée par le meurtre de Lucas, un drame qui hante encore la communauté. Melrick, 13 ans, venu passer l’été chez sa grand-mère, découvre en apprenant le tambour les fantômes du passé et l’absence douloureuse de son oncle disparu. Issu de la Seine-Saint-Denis, l’adolescent se confronte à une culture qu’il connaît mal, à un territoire où tout se transmet par la parole, la mémoire et les traditions.

Le film prend la forme d’un essai poétique, où s’entrelacent le regard naïf de Melrick et celui, endeuillé, d’un ami de Lucas, témoin du drame. Plus qu’une reconstitution, Kouté Vwa rend hommage au défunt et explore les liens familiaux, l’héritage symbolique et la question du pardon. Les images d’archives renforcent la dimension mémorielle d’un récit où la parole joue un rôle cathartique, portée notamment par un long monologue bouleversant de la grand-mère.

Sans artifices, Jean-Baptiste filme les visages, les silences, les crispations, donnant à voir une Guyane intime, entre douleurs persistantes et quête spirituelle. Les sons du tambour deviennent un lien entre vivants et morts, un moyen de reconstruction. Par son approche documentaire et sa sincérité, Kouté Vwa trace la cartographie émotionnelle d’un territoire et d’une communauté soudée autour de la mémoire et de la transmission.

Reflet dans un diamant mort, de Hélène Cattet et Bruno Forzani

Avec Reflet dans un diamant mort, Hélène Cattet et Bruno Forzani signent un hommage flamboyant au cinéma des années 60 et 70, mâtiné de références à James Bond, au giallo italien et aux séries B vintage. L’intrigue suit un ancien agent secret reclus dans un hôtel de la Côte d’Azur, enquêtant sur la disparition mystérieuse de sa voisine et soupçonnant son ennemie de toujours, la redoutable Serpentik. En revisitant les codes du film d’espionnage — gadgets, cabriolets, super-vilains — le duo livre un pastiche amoureux, proche de l’esprit des premiers OSS 117, où l’action se teinte d’humour et de stylisation.

Le film brille par son esthétique : images kaléidoscopiques, illusion de 3D, montage stéréoscopique inspiré de Satoshi Kon. Chaque plan est composé comme un tableau, nourri des influences de Mario Bava ou Lucio Fulci. Alternant français, anglais et italien, Reflet dans un diamant mort devient une expérience visuelle ludique, un geste de cinéma entièrement tourné vers la forme, qui réinvente avec modernité la nostalgie du cinéma bis. Entre psychédélisme, sensualité et aventure rétro, Cattet et Forzani signent un objet unique, virtuose et jubilatoire.

My Father’s Son, de Qiu Sheng

Avec My Father’s Son, Qiu Sheng explore la mémoire persistante d’un père violent dont l’ombre continue de hanter un fils décidé à effacer son emprise. Qiao, 18 ans, refuse l’hommage mensonger rendu à ce père brutal et alcoolique, et rêve d’un face-à-face libérateur sur un ring virtuel, où l’intelligence artificielle devient une métaphore de son combat intérieur. Le film déconstruit l’image idéalisée du défunt en opposant les louanges officielles à la réalité des humiliations et des coups, révélant la difficulté d’affronter la vérité enfouie sous les récits familiaux.

Qiu Sheng adopte une structure à double temporalité, revisitant l’enfance et l’âge adulte pour montrer une relation empoisonnée par le silence, la rancune et une colère jamais éteinte. Cette construction mène à un duel symbolique père-fils, catharsis impossible dans la réalité mais rendue palpable grâce au numérique.

Si le film souffre de quelques longueurs et d’un traitement timide de la masculinité toxique, il n’en demeure pas moins puissant dans sa manière d’interroger le devoir de mémoire, les blessures héritées et l’émancipation face à une figure paternelle oppressive. My Father’s Son devient ainsi un récit imparfait mais courageux, qui scrute les traces laissées par les absents et les luttes intimes nécessaires pour s’en libérer.

Slow, de Marija Kavtaradze

Lauréat du prix de la mise en scène à Sundance, Slow de Marija Kavtaradze explore avec finesse un sujet rarement représenté au cinéma : l’asexualité. Elena, danseuse libre et sensuelle, tombe amoureuse de Dovydas, interprète en langue des signes, dont elle partage d’abord la complicité des gestes et la douceur des regards. Mais leur idylle se heurte rapidement à l’asexualité assumée de Dovydas, qui remet en question les normes amoureuses auxquelles Elena est habituée. Kavtaradze interroge la place du désir dans le couple, la possibilité d’aimer sans sexualité, et la nécessité d’inventer d’autres formes de relations fondées sur l’écoute, la tolérance et l’adaptation.

Loin des codes imposés par l’hétérosexualité dominante, le film esquisse un idéal amoureux affranchi des attentes corporelles. Il montre aussi la fragilité d’un couple confronté à un décalage intime fondamental, sans jugement ni dogmatisme. Les cours de danse, filmés avec une grande pudeur, deviennent la métaphore d’un apprentissage lent de l’autre, d’une acceptation progressive de l’altérité. Grâce à une mise en scène sobre, faite d’ellipses, de silences et de plans fixes, Kavtaradze capte avec délicatesse le tiraillement entre amour et absence de désir.

Slow agit ainsi comme un huis clos sentimental, questionnant ce qu’est un couple et ce qu’implique aimer quelqu’un tel qu’il est. D’une beauté formelle rare, le film donne une visibilité précieuse à l’asexualité, non comme une anomalie, mais comme une manière d’être au monde — différente, simplement, et profondément humaine.

Sept jours, de Ali Samadi Ahadi

Écrit par Mohammad Rasoulof, 7 jours raconte l’histoire de Myriam, militante iranienne emprisonnée, autorisée à passer une semaine auprès de son mari et de ses enfants réfugiés à l’étranger. Très vite, un dilemme se pose : fuir définitivement ou retourner en Iran malgré les risques. À travers ce personnage féminin tiraillé entre l’amour des siens et son engagement politique, Rasoulof projette sa propre trajectoire d’exilé attaché à son pays.

Mis en scène par Ali Samadi Ahadi, le film reprend les codes du cinéma iranien contestataire, filmant avec sobriété la fuite, les hésitations et la solitude de l’exil dans des paysages enneigés. 7 jours rend hommage aux résistants, à ceux qui partent comme à ceux qui restent, et interroge des thèmes universels : l’identité, la mémoire, la place des femmes et la lutte contre l’oppression.

Porté par l’interprétation bouleversante de Vishka Asayesh, 7 jours dresse un portrait nuancé de la résistance iranienne contemporaine et s’inscrit dans la lignée des œuvres engagées réalisées malgré la censure. Intime et politique, le film offre un regard essentiel sur la situation d’un pays où le courage se mesure autant dans le départ que dans le retour.

Les Filles Désir, de Princia Car

Les Filles Désir, premier long-métrage de Princia Car présenté à la Quinzaine des Cinéastes 2025, plonge au cœur d’un quartier populaire marseillais pour dresser le portrait de deux jeunes femmes prises dans un jeu de désirs et de tensions sociales. Lorsque Carmen, jeune femme instable mais charismatique, revient travailler au centre social dirigé par Omar, le regard de ce dernier se détourne de Yasmine, sa petite amie mineure et discrète. Princia Car filme avec justesse un milieu défavorisé souvent relégué, donnant voix et visage à des figures marginales qu’elle replace au centre du récit.

À travers Carmen et Yasmine, interprétées avec intensité, la réalisatrice explore la puissance féminine et la manière dont elles s’émancipent des codes masculins oppressifs. Le film, parfois proche de Diamant brut mais débarrassé de tout artifice, offre un regard brut sur la domination masculine et les désirs qui traversent ces vies cabossées. Car alterne plans fixes et cadres plus nerveux pour magnifier ses personnages, s’appuyant sur un casting mêlant amateurs et acteurs peu connus.

Malgré quelques maladresses techniques, Les Filles Désir s’impose comme une œuvre sincère et audacieuse, révélant une cinéaste prometteuse au regard déjà affirmé.

Aux jours qui viennent, de Nathalie Najem (aussi sur Filmo)

Aux jours qui viennent, premier long-métrage de Nathalie Najem, met en scène un triangle oppressant où Bastien Bouillon incarne Joachim, homme violent, drogué et paranoïaque dont l’emprise toxique brise successivement les femmes qui croisent sa route. Laura, artiste précaire, voit sa vie bouleversée lorsqu’un accident impliquant la nouvelle compagne de son ex fait resurgir ce passé destructeur. Le film déploie une mise en scène sombre où trois femmes tentent d’échapper à l’autorité d’un homme héroïnomane, figure inquiétante d’une masculinité déviante.

Sous des allures de thriller, Najem explore frontalement les mécanismes de domination et la spirale de la violence, évoquant la lutte contre les féminicides. Les victimes, décrites comme des survivantes, affrontent un Joachim à la jalousie explosive et à l’impulsivité terrifiante, dont Bouillon livre une interprétation particulièrement troublante. Le film installe une tension constante, entraînant le spectateur dans un climat de paranoïa et d’étouffement.

Rappelant par moments La Nuit du 12 dans sa manière de filmer des figures masculines menaçantes et des femmes en posture de résistance, Aux jours qui viennent devient un récit implacable où l’affrontement moral se dessine clairement : le bien contre le mal, dans un monde où la peur et la domination masculines s’infiltrent jusque dans l’intime.

Au rythme de Vera, de Ido Fluk

Au rythme de Vera d’Ido Fluk met en miroir deux trajectoires parallèles : celle de Vera Brandes, jeune productrice déterminée à s’imposer dans un milieu dominé par les hommes, et celle du pianiste Keith Jarrett, en lutte contre un corps douloureux qui entrave son génie. Le film alterne entre Berlin glacée et errances nocturnes, construisant une tension entre oppression sociale et solitude artistique. Fluk évite l’hagiographie en dévoilant les zones d’ombre de ses personnages : Vera, prisonnière d’un père autoritaire, et Jarrett, tiraillé entre exaltation créatrice et épuisement physique.

Mala Emde incarne une Vera à la fois forte et vulnérable, tandis que John Magaro offre un Jarrett intérieur et déchiré. Le montage, jouant sur l’ouverture et l’étouffement, traduit leur quête d’émancipation. Plus qu’un biopic musical, le film questionne l’accès au pouvoir et à l’excellence, montrant que les sacrifices — sociaux pour l’une, corporels pour l’autre — sont les mêmes. La musique devient tour à tour arme et refuge. Le concert final scelle la libération de Vera et la rédemption de Jarrett, révélant un film sobre mais d’une grande puissance émotionnelle sur ceux qui osent briser les barrières et trouver leur liberté.

Sur Disney +

Un parfait inconnu, de James Mangold

Avec Un parfait inconnu, James Mangold revient au biopic musical et s’attaque à l’une des figures majeures du folk : Bob Dylan. Le film retrace son arrivée en inconnu à New York, guitare à la main, et son ascension fulgurante au contact d’artistes comme Pete Seeger. Mangold met la musique au centre du récit : accords de guitare sèche, paroles contestataires, souffle d’une Amérique en pleine guerre froide. Il signe un biopic qui renoue avec l’essence du genre, en rendant hommage aux chansons qui ont marqué l’histoire et en dévoilant la construction stylistique du jeune Dylan, alors indissociable de Joan Baez.

Pionnier du folk, star malgré lui, Dylan apparaît comme un artiste farouchement libre, méfiant des producteurs et des tentatives de formatage. Le film souligne son génie musical autant que sa discrétion, évoquant une vie intime effacée au profit d’une œuvre immense. Elle Fanning incarne Susan, tandis que Monica Barbaro prête ses traits à Joan Baez, rivale artistique plus que sentimentale. Porté par Timothée Chalamet, qui interprète lui-même les chansons, Un parfait inconnu devient un hommage vibrant à un visionnaire ayant sculpté la musique américaine moderne.

Sur Filmo:

Des feux dans la plaine, de Ji Zhang

Des feux dans la plaine de Ji Zhang est un polar chinois sombre et poisseux, situé dans une petite ville minée par la pauvreté à la fin des années 1990. Zhu, jeune policier, enquête sur une série de meurtres qui ressurgissent après plusieurs années d’accalmie. À l’image de Une pluie sans fin, le film mêle enquête criminelle et portrait social, décrivant une Chine ouvrière frappée par la fermeture des usines et la misère grandissante.

Ji Zhang compose un thriller lent, glacé, où chaque personnage évolue dans un monde qui s’effondre : chômage, addictions, vies brisées. Dans ce décor gris et suffocant, le tueur apparaît d’abord comme une ombre avant de s’incarner en menace réelle, catalysant la descente aux enfers de la communauté. La mise en scène, clinique et crépusculaire, s’inspire du cinéma de Diao Yinan (Black Coal, Le Lac aux oies sauvages) tout en ajoutant une dimension plus mélodramatique.

Sans révolutionner le genre, Des feux dans la plaine séduit par son atmosphère oppressante, son ancrage social fort et son regard humaniste sur des personnages fragilisés. Un thriller âpre, hypnotique, où le polar devient le miroir d’un pays en pleine désillusion.

Life of Chuck, de Mike Flanagan

Life of Chuck, nouvelle adaptation de Stephen King par Mike Flanagan, s’impose comme l’un des travaux les plus aboutis du cinéaste. Dans un monde en plein effondrement où les étoiles s’éteignent et les catastrophes se multiplient, Marty et Felicia tentent de préserver leur amour alors qu’un homme mystérieux, Charles Krantz, apparaît sur toutes les écrans pour célébrer ses 39 ans. Flanagan installe d’emblée un ton contemplatif, éloigné de l’horreur pure, pour explorer les thèmes chers à King : le deuil, l’enfance, la mémoire et l’impermanence.

Le film navigue entre apocalyptique et intimiste, suivant d’abord les errances philosophiques d’un couple perdu, avant de se recentrer sur Charles, incarné avec humanité par Tom Hiddleston. Figure ordinaire mais essentielle, il devient le symbole d’une humanité attachée à la joie simple, à la danse, au partage. Dans une mise en scène soignée — travellings élégants, séquences musicales vibrantes — Flanagan compose une fable mélancolique sur la fin des choses et la beauté fragile de l’existence.

Savant mélange de fantastique, d’émotion et de poésie, Life of Chuck interroge ce que signifie vivre lorsque tout vacille. Une adaptation lumineuse, d’une richesse rare, qui fait honneur à la sensibilité de King.

Laisser un commentaire