Chaque semaine, retrouvez notre sélection des films en DVD et Blu-Ray.
EN DVD:

Les Filles Désir, de Princia Car
Les Filles Désir, premier long-métrage de Princia Car présenté à la Quinzaine des Cinéastes 2025, plonge dans une cité marseillaise pour raconter l’histoire de deux femmes au cœur d’un centre social. Le retour de Carmen, jeune femme instable mais magnétique, bouleverse l’équilibre du lieu et modifie le regard d’Omar, son directeur, sur Yasmine, sa petite amie discrète et encore mineure. Ancré dans le réel, le film explore les classes populaires, les figures marginalisées et redonne une place centrale aux oubliés du cinéma. À travers Carmen, interprétée avec justesse par Lou Anna Hamon, Princia Car interroge la féminité, le désir et l’emprise masculine dans un quotidien âpre. Par son regard brut sur la jeunesse et le social, l’œuvre évoque parfois Diamant brut d’Agathe Riedinger, mais sans artifices. Malgré quelques faiblesses techniques, Les Filles Désir demeure un premier film puissant, sincère et maîtrisé, révélant une réalisatrice au regard déjà affirmé.

Ollie, de Antoine Besse
Avec Ollie, son premier long-métrage, Antoine Besse signe une chronique sociale poignante mêlée à une évocation sensible du skate, fait de passion, de liberté mais aussi de dangers. Inspiré par la mort réelle du skateur Béranger en 2020, le film rend hommage à cet univers en suivant Pierre, adolescent réservé, interprété par Kristen Billon, vivant avec un père agriculteur durement frappé par la crise rurale. L’arrivée de Bertrand — Théo Christine, saisissant — jeune homme marginal, fêtard et cabossé, bouleverse son quotidien : entre eux naît une relation fragile, où l’amitié devient initiation au skate et échappatoire à la dureté de la vie.
Besse construit son film sur une double narration : l’apprentissage lumineux de la glisse et, en contrepoint, la face sombre d’une passion vécue en marge, dans un contexte d’exclusion et de détresse sociale. Ollie souligne l’universalité du skate, bien au-delà des clichés urbains, et rejoint les œuvres récentes qui scrutent la province et ses fractures. À travers Bertrand, le cinéaste révèle un monde rural oublié, percuté par les crises économiques et l’isolement. La relation entre Pierre et son mentor bancal incarne autant la possibilité de renaissance que les risques de l’égarement.

Au rythme de Vera, de Ido Fluk
Au rythme de Vera d’Ido Fluk construit un récit en miroir entre Vera Brandes, jeune productrice déterminée dans un milieu dominé par les hommes, et Keith Jarrett, pianiste de génie en lutte contre la douleur. Le film juxtapose la pression familiale et sociale qui enferme Vera à l’errance nocturne d’un Jarrett fragilisé, créant une tension entre ambition, solitude et quête d’authenticité. Fluk refuse l’hagiographie : Vera doit s’émanciper d’un père autoritaire qui veut la réduire au silence, tandis que Jarrett oscille entre fulgurance créative et effondrement physique. La mise en scène, faite de plans fixes, de contre-jours et de détails sensoriels, révèle leurs failles : mains tremblantes sur le piano, lumière crue dans l’appartement familial, Berlin nocturne comme reflet de leurs incertitudes.
Mala Emde incarne une Vera ardente, vulnérable mais déterminée à imposer sa vision ; John Magaro livre un Jarrett intérieur, déchiré entre extase musicale et souffrance corporelle. Le montage alterne resserrement et ouverture, traduisant à la fois l’étouffement et la libération. En suivant ces deux trajectoires, Fluk interroge le pouvoir de créer, la légitimité à faire entendre sa voix et le prix de l’excellence. La musique apparaît alors comme une arme contre l’oppression et un refuge face à la douleur. Lors du concert final, Vera assiste à la victoire de Jarrett sur lui-même, tandis qu’elle conquiert enfin sa propre place. Sobre et puissant, Au rythme de Vera célèbre ceux qui osent briser les barrières et trouver leur liberté dans l’art.

Aux jours qui viennent, de Nathalie Najem
Aux jours qui viennent, premier long-métrage de Nathalie Najem, met en scène Bastien Bouillon, Zita Hanrot et Alexia Chardard dans un triangle tendu où s’exprime une masculinité toxique destructrice. Le film suit Laura, artiste de trente ans, encore meurtrie par sa relation avec Joachim, un homme instable, drogué et possessif, dont la nouvelle compagne subit à son tour l’emprise. L’accident qui lie ces deux femmes sert de point de départ à un thriller sombre où Najem observe trois victimes cherchant à échapper à l’influence d’un homme paranoïaque et violent. Joachim, incarné par un Bastien Bouillon glaçant, est montré sans complaisance : sa jalousie, son impulsivité et sa rage nourrissent une spirale de peur rappelant les mécanismes des féminicides.
Le film, frontal, décrit des femmes combattantes et survivantes, prises dans un climat d’angoisse constant, où une petite fille devient témoin silencieuse de la violence psychologique qui se joue. Najem filme ce combat avec une intensité oppressante, exploitant les codes du thriller pour faire monter la paranoïa à chaque séquence. Si le sujet est classique, il gagne en puissance grâce à la performance inquiétante de Bouillon et à la gestion du suspense, qui rappelle par moments La Nuit du 12. Plus qu’un récit de manipulation, Aux jours qui viennent est un portrait implacable d’une violence masculine ordinaire, et de femmes qui tentent de s’en libérer.

My Father’s Son, de Qiu Sheng
Avec My Father’s Son, Qiu Sheng explore la mémoire oppressante d’un père violent qui continue de hanter son fils après sa mort. Qiao, 18 ans, rejette l’hommage mensonger rendu à cet homme passionné de boxe, buveur et brutal, et rêve de l’affronter dans un ring virtuel alimenté par l’intelligence artificielle. Le cinéaste utilise cette technologie comme métaphore d’un combat intérieur : celui d’un jeune homme cherchant à déconstruire l’image idéalisée d’un père qui l’a marqué de coups et d’humiliations. À travers un récit à double temporalité, Qiu Sheng remonte le fil d’une relation père-fils toxique, où rancune, silence et colère latente composent un héritage empoisonné.
Le film dévoile progressivement les deux visages du père, entre responsabilités affichées et violence intime, tout en montrant la quête d’émancipation d’un fils déterminé à briser cette influence même après la mort. Le duel symbolique qui les oppose, transposé dans un espace numérique cathartique, cristallise ce besoin de réconciliation impossible. Si My Father’s Son souffre parfois de longueurs et d’un traitement timide de la masculinité toxique, il n’en demeure pas moins un récit courageux et sensible sur la complexité des liens familiaux et les batailles invisibles que l’on mène pour se libérer des fantômes du passé.

L’Aventura, de Sophie Letourneur
Avec L’Aventura, Sophie Letourneur retourne en Italie et signe une chronique estivale tendre et chaotique, suivant une famille atypique en vadrouille en Sardaigne. Aux côtés de Philippe Katerine, la cinéaste capte les tribulations de Claudine, 11 ans, de sa mère, de son petit frère Raoul et de Jean-Phi, embarqués dans un road trip improvisé où locations hasardeuses, baignades, glaces, disputes et émerveillements composent le quotidien. Letourneur égratigne avec humour l’image idéalisée de la famille parfaite : parents dépassés, adolescente en crise, enfant hyperactif… un joyeux désordre qui ravive des souvenirs universels.
Formellement, le film oscille entre fiction et documentaire. Narration non linéaire, flashbacks, commentaires des personnages : le montage épouse l’imprévisibilité du voyage et le stress de l’inattendu. Malgré un côté criard et répétitif, L’Aventura brille par sa maîtrise technique, son mixage soigné, ses plans serrés et l’usage de deux caméras qui accentuent la frénésie familiale. Improvisé presque entièrement, le film a la texture d’une bobine Super 8, inspirée par les souvenirs personnels de la réalisatrice, et restitue la spontanéité d’un été capturé sur le vif.

L’Enigme Velazquez, de Stéphane Sorlat ( également en Blu-Ray)
L’Enigme Vélazquez cherche à éclairer une œuvre immense et pourtant mal connue du grand public : celle de Diego Vélazquez, peintre des Ménines mais aussi auteur de plus d’une centaine de tableaux qui ont nourri l’art moderne. Le film débute par une image métaphorique — deux rivières qui se mêlent pour créer une eau émeraude — symbole d’une histoire de l’art faite de transmissions et de reflets. Cette idée se prolonge dans une mise en scène où un artiste prend littéralement la place de son père, écho à l’interprétation foucaldienne des Ménines.
Le documentaire montre comment l’héritage de Vélazquez se transmet de génération en génération. La peinture devient mouvement grâce au cinéma, à la poésie ou à l’opéra, tandis que les textes d’Élie Faure, lus par Vincent Lindon, ravivent la dimension sensible de l’œuvre. Les tableaux du maître dialoguent avec d’autres artistes qui les réinterprètent : les verres du Vendeur d’eau de Séville deviennent des instruments, les Fileuses renaissent via la création d’une tapisserie, le mythe d’Arachné prend vie.
Vélazquez, omniprésent dans l’art et la culture populaire, apparaît pourtant mystérieux, comme si son œuvre cachait un secret. Le film utilise le cinéma pour explorer cette énigme : citations de Pierrot le fou, mises en abyme, jeux d’apparitions entre personnages réels et fictifs, tout concourt à interroger l’hors-champ et la pensée picturale de Vélazquez. L’enquête, volontairement ouverte, laisse chacun formuler sa vérité sur cet artiste qualifié tour à tour de génie, de précurseur ou de maître du visible et de l’invisible. Car ce que Vélazquez a vu, conclut le film, « beaucoup le cherchent encore ».

Peacock, de Bernhard Wenger
Présenté à la Mostra de Venise 2024, Peacock de Bernhard Wenger est une fable sur l’imposture et la perte d’identité, oscillant entre satire sociale et burlesque. Le film suit Matthias, un comédien talentueux qui travaille pour une agence louant des accompagnateurs capables de faire bonne impression. Expert en imitation, il adopte les attitudes, les manies et les codes de ses clients jusqu’à perdre toute cohérence personnelle. Wenger montre comment ce « comédien de l’improvisation » s’enferme peu à peu dans une multitude de rôles mensongers qui finissent par masquer sa véritable identité.
Le film assume un comique absurde, multipliant quiproquos et situations déjantées, avant de glisser vers un ton plus sombre : Matthias, piégé par ses propres performances, devient spectateur de sa propre dissolution. Les décors minimalistes renforcent cette idée d’une vie figée, entièrement conditionnée par le faux-semblant. Par un jeu de mises en scène variées, Wenger explore l’enfermement psychologique du personnage, tout en caricaturant les normes sociales et le besoin maladif d’impressionner. Le titre Peacock — « paon » — symbolise cette quête d’apparence brillante et vide, métaphore d’une existence fondée sur l’illusion plutôt que sur l’affirmation de soi.
