Critique- Elle entend pas la moto: un récit de résilience face au handicap auditif

Dans Elle entend pas la moto, la réalisatrice Dominique Fischbach choisit d’évoquer la surdité. Pour cela, elle met en avant une jeune femme, Manon Altazin, kinésithérapeute, qui résume à elle seule les progrès accomplis et les défis permanents liés au handicap.

Dans un petit chalet de montagne, entouré d’une nature verdoyante, les parents Altazin attendent patiemment l’arrivée de leur fille Manon et de sa propre famille. Cette réunion estivale offre à Dominique Fischbach l’occasion de raconter une existence marquée par le handicap auditif, et surtout de montrer une adulte qui a su affronter, défier et dépasser les obstacles pour se construire une vie personnelle et professionnelle stable.


Manon y est présentée de manière attachante, proche de son père et de sa mère, qui deviennent des interlocuteurs clés en témoignant eux aussi de leur combat face aux difficultés liées à la surdité, qui a touché Manon et son frère Maxime. La cinéaste laisse toute la place aux échanges familiaux, lesquels dévoilent peu à peu l’intériorité d’un cocon marqué par un drame : la mort d’un fils, lui aussi sourd.
Les témoignages poignants permettent à Elle n’entend pas la moto de dérouler un double récit humain, dont le fil rouge est la gestion du handicap et sa prise en charge.

À l’aide d’images contemporaines et d’archives, le film documentaire place Manon au centre du récit. Elle est celle qui a su tracer son propre chemin, en dépit des obstacles. Dans les évocations du passé, la jeune enfant apparaît déjà résiliente, prête à faire face : elle sourit lorsqu’elle réussit à entendre, et s’exprime avec finesse et intelligence.


La documentariste raconte ainsi une histoire de différence qui n’a rien d’une faiblesse, mais devient une force façonnée par les défaillances de l’État en matière de politique du handicap, et par les nombreux efforts d’adaptation fournis par Manon, à l’école comme dans ses études. Un domaine où il faut souvent abattre deux fois plus de travail que les autres. Les moments traversés rappellent des difficultés universelles pour celles et ceux en situation de handicap, trop peu atténuées par les dysfonctionnements de l’Éducation nationale d’une part, et par une société encore insuffisamment inclusive, pensée par et pour les personnes valides.

Les paroles des parents en disent long sur la complexité institutionnelle et administrative qu’ils ont dû affronter, ainsi que sur un quotidien rythmé par les consultations chez les orthophonistes. Elle n’entend pas la moto décrit avec précision la délicatesse des choses, la pression sociale, et les conséquences émotionnelles du drame familial.
Manon affronte tout cela avec recul et une grande résilience. Son témoignage, juste et éclairant, permet de découvrir le handicap auditif sous un angle nouveau à travers une adulte pleine d’empathie et de lucidité, véritable figure d’un plaidoyer pour l’acceptation et l’inclusion.

Le choix de Dominique Fischbach de s’intéresser aux Altazin devient ainsi un objet de sensibilisation simple, clair et profondément humain sur un handicap majeur, mais aussi sur un clan soudé et représentatif des progrès qu’il reste encore à accomplir.

La bande-annonce de Elle entend pas la moto:

Laisser un commentaire