Notre sélection de films à voir en VOD

Retrouvez chaque semaine notre sélection de films à voir en VOD

The Things You Kill, de Alireza Khatami

The Things You Kill, d’Alireza Khatami, lauréat du Prix du Jury et du Prix de la Critique à Reims Polar 2025, explore avec force le poids écrasant du patriarcat. Ali, jeune professeur vivant modestement, voit son passé resurgir lorsqu’il embauche Reza pour travailler sur sa terre isolée. La présence de cet homme ravive le souvenir d’un père autoritaire et violent, symbole d’une domination masculine profondément ancrée. Ali entreprend alors de se libérer de cette figure toxique, avec l’aide de Reza, dans un acte de reconquête de son autonomie.
Khatami signe une mise en scène austère, faite de plans fixes et larges, qui renforcent l’oppression environnante. Le père, presque absent à l’image, demeure un spectre incarnant la masculinité destructrice. À mesure que les secrets familiaux se dévoilent, le monde d’Ali vacille. Le film, glissant du polar vers un thriller psychologique, démonte les mécanismes du patriarcat et interroge leur transmission. À travers un protagoniste fragile, loin des archétypes virils, The Things You Killpropose une vision moderne et nuancée de l’homme turc contemporain.

Sorry, Baby, de Eva Victor

Sorry, Baby, premier long-métrage d’Eva Victor, mêle humour singulier et dénonciation feutrée d’une emprise masculine. Le film suit Agnès, doctorante confrontée à un professeur prédateur, à travers une narration fragmentée en chapitres, loin des codes du film de procès. L’agression n’est jamais montrée, mais suggérée à travers les silences, les gestes et les regards.
Agnès trouve refuge auprès de Lydia, sa meilleure amie, dont la complicité crée des bouffées d’air au cœur du récit. Eva Victor privilégie l’intime plutôt que la frontalité, peignant une héroïne blessée mais lucide, fragile mais singulière, traversée par une douce folie.
L’humour devient un rempart contre la douleur, un camouflage pudique de la souffrance. Ce ton léger, contrastant avec la gravité du sujet, crée un trouble qui donne au film une puissance discrète mais durable.
Dans les paysages creux de l’Amérique profonde, Sorry, Baby se révèle un pamphlet doux-amer sur la perversion masculine et l’asymétrie des pouvoirs, porté par une voix de cinéma rare et profondément personnelle.

Dangerous Animals, de Sean Byrne

Dangerous Animals, de Sean Byrne, propose une variation monstrueuse et aquatique assumée, mélange de gore et de psychopathie. Présenté à la Quinzaine des Cinéastes 2025, le film détonne par son esthétique de série B revendiquée. Une jeune surfeuse tombe entre les mains d’un tueur amateur de squales, qui se repaît du carnage qu’il provoque.
Dès l’ouverture, Byrne montre le psychopathe — incarné par Jai Courtney — jubilant face au malheur des touristes venus observer les requins. Le film évoque Les Dents de la mer, mais dévie rapidement vers le thriller de serial killer, enfermement et cale poisseuse à la clé.
Le scénario simpliste privilégie les effets sanguinolents et la folie humaine, reléguant les requins au second plan. Porté par un rythme soutenu et une maîtrise du gore, le film surpasse les attentes du genre.
Huis clos maritime, Dangerous Animals devient une étude brute de la psychopathie, renforcée par la performance de Courtney. Dans une veine body horror, Byrne filme des décors laids et oppressants pour installer la tension.
Au final, ce anti-Jaws réjouissant détourne habilement les codes spielbergiens et apporte un souffle nerveux et ludique à la sélection cannoise.

Les Bad Guys 2, de Pierre Perifel

Les Bad Guys 2 reprend avec efficacité les ingrédients qui ont fait le succès du premier opus : rythme soutenu, humour et animation stylisée pour un divertissement familial réussi. DreamWorks capitalise sur sa bande de malfaiteurs repentis, désormais décidés à devenir de « Good Guys », jusqu’à ce qu’un groupe de « Bad Girls » les embarque dans une mission risquée.
Pierre Perifel reconduit la formule animée du premier film avec une maîtrise impressionnante, notamment dans une course-poursuite d’ouverture virtuose. Le ton parodique évoque clairement l’univers de James Bond, revisité en version animale. Les personnages gagnent en nuances, partagés entre bonnes intentions et vieilles habitudes.
L’arrivée des « Bad Girls » dynamise le récit, qui mêle espionnage, comédie burlesque et rebondissements efficaces.
Présenté à Annecy 2025, Les Bad Guys 2 brille par sa direction artistique : une 3D stylisée, raffinée, jouant des lumières et flirtant parfois avec le photo-réalisme.
Cette suite confirme le potentiel cinématographique de la saga, portée par un sens du spectacle aiguisé et une narration accessible, généreuse et inventive.

Gangs of Taiwan, de Keff

Présenté à la Semaine de la Critique, Gangs of Taiwan, de Keff, évoque un Orange Mécanique à la sauce taïwanaise, dominé par une violence brute sur fond de contexte économique fragile.

Zhong-Han, jeune adulte mutique, mène une double vie paradoxale. Le jour, il travaille dans le petit restaurant de son père. La nuit, il s’arme pour commettre des rackets au service d’un parrain local, au sein d’un gang. Cette ambivalence lie la précarité à une quête effrénée de brutalité, animée par l’obsession de l’argent. Keff oppose deux univers : la cantine miteuse, à peine rentable, d’un père économiquement dépassé, et la noirceur glauque des rues nocturnes, théâtre d’une ultra-violence tapie dans l’ombre de Taipei. Entre les deux, une employée modeste s’éprend de ce garçon taciturne, inconsciente du lourd secret qu’il dissimule.

Gangs of Taiwan est un film d’une extrême âpreté, qui illustre le contexte fragilisé de Taïwan : une société toujours sous la menace d’une incursion chinoise, rongée par les difficultés économiques, et où une jeunesse désorientée cherche refuge dans la délinquance. Polar ou thriller, Keff navigue entre les genres, offrant une vision sombre de l’île, gangrenée par les exactions d’un gang brutal, armé de battes et de couteaux, qui dépouille et violente les plus démunis. Sa mise en scène, souvent d’une précision clinique, capture toute la sauvagerie de ces jeunes sans repères, livrant un message dur et sanglant sur les bas-fonds taïwanais, dans une atmosphère de chaos presque absurde – moins trash que Orange Mécanique, mais tout aussi évocatrice.

Si le film souffre de quelques longueurs et séquences superflues, il brille par ses qualités esthétiques et l’installation d’un climat délétère permanent. Le mutisme du personnage principal accentue sa violence intérieure. Zhong-Han, alors qu’il découvre l’amour, doit choisir son camp. Pris entre instinct de survie et révolte silencieuse face à un système oppressant, il n’est ni héros ni véritable criminel, juste le témoin d’une jeunesse résignée, sans avenir, victime de son époque. Dans ce marasme social, il survit en mimant, en adoptant des codes antisystèmes.

Keff signe un film noir, nerveux, imprégné d’une tension constante, qui évoque la noirceur du film Limbo. Le réalisateur évite toute forme de suggestion : ici, la violence est frontale, presque organique. Sans dialogues, Wei Chen-Liu livre une performance étonnante, uniquement portée par ses expressions faciales. Son jeu oscille entre la douceur d’un garçon discret et la brutalité d’un bad boy, incarnant avec justesse cette dualité troublante. Keff nourrit cette opposition tout au long du récit, et compose un drame criminel d’une noirceur saisissante, à la fois politique, esthétique et profondément humain.

Touch, de Baltasar Kormákur

Touch, de Baltasar Kormákur, surprend en adoptant le registre de la romance nostalgique pour raconter une histoire d’amour transfrontalière profondément humaine. Le film suit Kristofer, jeune Islandais installé à Londres, qui tombe amoureux de Miko, fille d’un restaurateur japonais, malgré l’opposition du père. Leur relation se brise et les chemins se séparent.
Des années plus tard, un Kristofer âgé part à la recherche de cet amour perdu, tandis que le récit alterne avec fluidité entre passé et présent. La gastronomie japonaise devient un véritable langage affectif, liant les personnages et leurs émotions.
Kormákur signe un film sur le temps qui passe, les rendez-vous manqués et la force persistante des sentiments. Le scénario, pudique et réaliste, évoque l’exil, les choix de vie et les regrets silencieux.
Sans artifices, Touch évite les clichés de la comédie romantique en préférant l’évocation subtile à la démonstration. Le film aborde aussi l’après-guerre, les traces d’Hiroshima et la condition des immigrés japonais.
Porté par une mise en scène fluide et sensible, Touch marque un tournant inattendu dans la filmographie de Kormákur : un récit mature, délicat, et d’une grande intelligence émotionnelle.

A feu doux, de Sarah Friedland

À feu doux, de Sarah Friedland, explore avec délicatesse le quotidien de Ruth, une femme atteinte de la maladie d’Alzheimer, plongée dans une existence de dépendances. Retraitée passionnée de cuisine, Ruth voit son univers basculer lorsqu’elle est placée dans un établissement médicalisé.
Le film montre la transition entre sa maison chaleureuse et l’environnement froid des soins, symbolisant l’effacement progressif des repères et de la mémoire. Avec précision et pudeur, Friedland décrit les effets de la maladie, sans dramatisation excessive.
Ruth tente de s’intégrer dans ce lieu communautaire, oscillant entre fragments du passé et réalité présente. La mise en scène alterne plans serrés captant son égarement et plans larges où elle se perd dans l’espace.
Le film met aussi en lumière le rôle essentiel des soignants, seuls repères stables dans ce quotidien bouleversé.
Kathleen Chalfant incarne Ruth avec une finesse remarquable, son attachement à la cuisine révélant une mémoire sélective tenace.
Par sa retenue, À feu doux rend hommage à ceux qui affrontent, dans le silence du quotidien, la lente disparition qu’impose Alzheimer.

Confidente, de Çağla Zencirci et Guillaume Giovanetti

Confidente, quatrième long-métrage de Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci, dresse un portrait cinglant de la masculinité et de la violence symbolique qui en découle. Arzu, employée d’un call-center érotique à Ankara, y subit quotidiennement les fantasmes brutaux et humiliants d’hommes anonymes.
Un jour, elle reçoit l’appel d’un adolescent piégé sous les décombres d’un immeuble effondré. Ce contact inattendu provoque chez elle un sursaut d’humanité qui l’amène à dépasser sa lassitude et sa colère.
Le film installe un huis clos oppressant, où se confrontent deux violences : celle du patriarcat turc et celle, naturelle, du séisme.
Arzu lutte contre sa propre déshumanisation, cherchant à résister aux rapports de domination. Elle devient une figure de compassion et de rupture intime, aux résonances politiques.
Parabole d’une Turquie minée par ses structures sexistes, Confidente évolue d’un dispositif proche de The Guilty vers une critique sociale lucide et anxiogène.
Saadet Işıl Aksoy offre une interprétation forte, captée dans une mise en scène minimaliste et claustrophobe. La photographie, jouant sur ombres et lumières crues, accentue la tension morale d’un film court mais saisissant.

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