Critique-Eleonora Duse: la vie d’une amoureuse du théâtre

Pietro Marcello, réalisateur de L’Envol, revient avec une vision romanesque, poétique et flamboyante de l’existence de la grande Eleonora Duse, éternelle rivale de Sarah Bernhardt.

Valeria Bruni-Tedeschi incarne ici une immense actrice de théâtre italienne dans un biopic qui rend un hommage détaillé et poignant à la Duse, femme ayant vécu de son art avec une intensité rare, peut-être trop grande. Marcello instaure dès les premières minutes une atmosphère de pure poésie : des images d’archives, celles d’un train constellé de fleurs, ouvrent le film comme une procession funéraire en hommage à une grande dame. Eleonora Duse se concentre sur la fin de vie de l’artiste, épuisée par la maladie mais encore habitée par le feu sacré de la scène, fidèle à sa vision du théâtre jusqu’au bout. Ce film, baigné d’une grâce sublime, évoque tout autant la mémoire artistique que collective et historique.

Ce sublime s’étire jusqu’au dénouement, magnifiant la carrière exceptionnelle de celle qui fut l’ombre et la lumière de Sarah Bernhardt. Pietro Marcello la réhabilite encore un peu plus dans l’esprit des Italiens, offrant aux jeunes générations la découverte d’une figure majeure du théâtre européen. Dans ce long métrage à moitié biographique, le cinéaste transalpin construit un mausolée à la gloire de la Duse — une femme restée fidèle à ses convictions. Il livre un portrait d’artiste total, investie corps et âme dans son art, au point d’oublier la maladie, frôlant même la compromission avec le pouvoir mussolinien qui lui assurait une rente.

Mais Eleonora Duse est bien plus qu’un film de mémoire. Il incarne une part essentielle de l’histoire du théâtre moderne : celle d’une actrice ayant profondément marqué la mise en jeu contemporaine, l’intériorité du jeu, une précurseure du naturalisme scénique. La mise en scène de Pietro Marcello traduit tout cela avec finesse et sensibilité.

Valeria Bruni-Tedeschi compose une Eleonora bouleversante, portée par une voix fluette et fragile qui résonne dans les décors, retrouvant cette vulnérabilité vocale si caractéristique de l’actrice mythique. Marcello, lui, ne cherche pas à faire un biopic classique : il évoque la trace qu’elle a laissée plutôt que son destin.

En mêlant archives, fiction et réflexion sur l’image, le réalisateur montre comment Duse a inventé une forme d’authenticité que le cinéma tentera toujours d’atteindre. Il relie ainsi son art au pouvoir politique et poétique du visage, au temps, à la mémoire — autant de thèmes centraux dans l’œuvre de Pietro Marcello.

Eleonora Duse, de Pietro Marcello, en salles le 14 janvier 2026.

Note:

4/5

La bande-annonce:

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