Retrouvez comme chaque semaine notre sélection de films à voir en streaming, dont Sirat de Oliver Laxe.
Sur Universcine:

Sirat, de Oliver Laxe
Sirat, Prix du Jury au Festival de Cannes 2025, est un film radical et sensoriel signé Oliver Laxe, qui mêle transe techno et drame humain dans un désert écrasé de soleil. Le récit suit Luis, père désespéré interprété par Sergi López, lancé à la recherche de sa fille disparue au cœur d’une rave-party hors du monde. Entre road-movie, thriller et méditation existentielle, le film évoque autant Mad Max que Le Salaire de la peur. Laxe impressionne par une mise en scène rigoureuse et une utilisation audacieuse du son, opposant pulsations électroniques et gravité tragique. La photographie sublime la rudesse des paysages, transformés en épreuve physique et mentale. Le casting mêlant professionnels et amateurs renforce l’authenticité du récit. Sirat s’impose ainsi comme une œuvre puissante, hypnotique et profondément habitée, qui a marqué la Croisette par son intensité et sa singularité.

Je le jure, de Samuel Theis
Je le jure, réalisé par Samuel Theis, plonge au cœur du système judiciaire français en adoptant le point de vue rarement exploré des jurés d’assises. Le film suit Fabio, quadragénaire introverti choisi pour juger en appel un homme accusé de pyromanie, et s’attache aux dilemmes moraux qui traversent les jurés au moment de décider d’une peine juste. Inscrit dans une trilogie ancrée en Moselle, le récit propose une représentation réaliste et dépouillée de la justice, attentive à la complexité humaine plutôt qu’au spectaculaire. Porté par des acteurs non professionnels d’une grande justesse, le film déconstruit les stéréotypes liés aux criminels comme à ceux qui les jugent. Alternant scènes de tribunal et fragments de vie intime, il interroge la culpabilité, l’enfermement et la responsabilité collective sans jamais adopter une position idéologique tranchée. Je le jure questionne aussi le traitement médiatique des faits divers, soulignant ses dérives sensationnalistes, et s’impose comme une œuvre sobre et profondément humaine sur l’acte de juger.

The Things You Kill, de Alireza Khatami
The Things You Kill, réalisé par Alireza Khatami et récompensé par le Prix du Jury et le Prix de la Critique au Festival Reims Polar 2025, est un film sec et tendu qui dissèque avec acuité les mécanismes du patriarcat. Le récit suit Ali, jeune professeur menant une existence modeste, dont l’équilibre vacille lorsqu’il engage Reza, figure catalyseur réveillant le souvenir d’un père autoritaire et violent. À travers une mise en scène rigoureuse faite de plans fixes et de silences lourds, Khatami enferme ses personnages dans un univers oppressant, dominé par une masculinité toxique fantomatique. Le film explore la transmission des schémas de domination, la culpabilité et le désir de rupture avec un héritage familial destructeur. Glissant progressivement du polar au thriller psychologique, il dresse le portrait d’un homme fragile, en crise, loin des figures virilistes traditionnelles. Par sa lenteur assumée et sa tension sourde, The Things You Kill fascine autant qu’il étouffe, et propose une critique incisive du patriarcat, d’une brûlante actualité.

Cervantès avant Don Quichotte, de Alejandro Amenabar
Cervantès avant Don Quichotte, réalisé par Alejandro Amenábar, retrace un épisode décisif de la vie de Miguel de Cervantès, bien avant la création de Don Quichotte. Le film s’attache à sa participation à la bataille de Lépante puis à sa captivité à Alger, où il est réduit en esclavage sous l’autorité d’Hasan Pacha. Dans cette prison à ciel ouvert aux décors arabo-andalous somptueux, seule l’écriture permet à Cervantès de préserver une forme de liberté intérieure. Amenábar impressionne par l’ampleur visuelle, le soin apporté aux costumes et une mise en scène tendue, rythmée par les tentatives d’évasion. Le récit restitue avec force la violence de l’enfermement, les rapports de domination et les ambiguïtés du pouvoir, tout en esquissant une relation troublante entre le captif et son geôlier. Au-delà de la fresque historique, le film interroge l’identité, le désir et la création comme acte de résistance. Après Lettre à Franco, Amenábar confirme son goût pour le biopic historique ambitieux. Œuvre dense et captivante, Cervantès avant Don Quichotte redonne chair à un écrivain trop souvent réduit à un seul chef-d’œuvre et invite à redécouvrir la richesse de son parcours et de son œuvre.

Renoir, de Chie Hayakawa
Renoir, réalisé par Chie Hayakawa, prolonge de manière plus intime mais tout aussi politique les thèmes explorés dans Plan 75, en s’intéressant cette fois à l’enfance invisible. Le film suit Fuki, onze ans, livrée à elle-même dans la banlieue de Tokyo, entre un père hospitalisé et une mère absente, et qui trouve refuge dans un monde intérieur habité par les silences des adultes. Hayakawa filme avec une grande délicatesse l’abandon discret, la solitude normalisée et la difficulté du lien au sein de la cellule familiale. La mise en scène, épurée et sensible, fait du cadre, de la lumière et du silence les révélateurs d’émotions enfouies. Ancré dans les années 1980, le récit interroge les mutations sociales du Japon et la superficialité des relations qu’elles ont engendrées. La jeune Yui Suzuki impressionne par une interprétation d’une rare justesse, entre poésie et gravité. Moins frontal mais profondément troublant, Renoir confirme Hayakawa comme une cinéaste majeure du non-dit, attentive aux êtres que la société choisit de ne pas voir.
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Avignon, de Johann Dionnet
Avignon, Grand Prix au Festival du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez 2025, est une comédie estivale généreuse qui célèbre le théâtre dans toute sa diversité. Pour son premier long-métrage, Johann Dionnet plonge au cœur du Festival d’Avignon en suivant Stéphane, acteur de boulevard confronté à ses doutes lorsqu’il retrouve Fanny, comédienne reconnue. Le film restitue avec justesse l’effervescence de la Cité des Papes, ses troupes fauchées, ses salles exiguës et ses rues animées. Jouant sur l’opposition entre théâtre populaire et grands classiques, Avignon défend une vision inclusive de l’art dramatique. Les quiproquos nourrissent un comique de situation savoureux, moteur d’une romance légère et sincère. La mise en scène fluide et l’écriture bienveillante évitent les lourdeurs du genre. Porté par une distribution enthousiaste, le film séduit par sa fraîcheur, son humanité et sa joie communicative.
