Retrouvez notre sélection de films à voir en DVD et Blu-Ray, dont Renoir de Chie Hayakawa.

Deux pianos, de Arnaud Desplechin (également en Blu-Ray)
Avec Deux pianos, Arnaud Desplechin signe une œuvre d’une grande pudeur, loin de ses drames bavards, où la musique remplace les mots. Le film suit Mathias Vogler, pianiste virtuose de retour à Lyon, invité à rejouer avec son ancienne professeure, tandis que resurgissent les fantômes d’un amour passé. À travers le trouble du souvenir et la figure du double, le récit explore la persistance du passé et la possibilité d’un accord intérieur. Plus silencieux que ses précédents films, Desplechin filme les gestes, les regards et les hésitations comme autant de métaphores du lien à l’autre. Lyon devient un décor de reflets mélancoliques, baigné d’une lumière grise et suspendue. François Civil révèle une gravité inattendue face à Nadia Tereszkiewicz, vibrante de vie, et à Charlotte Rampling, presque mystique. La musique, de Bach à Rachmaninov, porte l’émotion et dit l’indicible. Film de maturité, Deux pianos apparaît comme une œuvre de réconciliation lucide, où le silence devient enfin une forme de paix.

Fantôme utile, de Ratchapoom Boobunchachoke
Fantôme utile, de Ratchapoom Boonbunchachoke, explore avec délicatesse le souvenir des morts et leur emprise sur les vivants à travers une fable fantastique et politique. L’histoire débute par un aspirateur prétendument possédé, lié à la mort d’ouvriers victimes de la poussière industrielle, avant de basculer vers un récit plus intime où une épouse défunte semble revenir hanter – ou aimer – son mari. Derrière son apparente tonalité burlesque, le film devient une réflexion profonde sur le devoir de mémoire et le refus de l’effacement. Le mystérieux narrateur, fil conducteur du récit, incarne cette tension entre transmission et oubli. Ratchapoom démystifie la figure du fantôme, le rendant à la fois bienveillant et porteur d’une possible vengeance sociale. La “poussière”, métaphore des invisibles relégués au bas de l’échelle, inscrit le film dans une critique des injustices industrielles et environnementales. Oscillant entre réel et surnaturel, le long-métrage adopte une mise en scène contemplative rappelant Apichatpong Weerasethakul, tout en y ajoutant une veine satirique grinçante. À la croisée du fantastique, du romantisme et de la parabole sociale, Fantôme utile s’impose comme une œuvre singulière et engagée.

Premières classes, de Kateryna Gornostai
Premières classes, documentaire de Kateryna Gornostai, parcourt l’Ukraine pour filmer le quotidien d’élèves et d’enseignants poursuivant l’école sous les bombardements. Sans commentaires ni témoignages explicites, la réalisatrice capte la vie scolaire rythmée par les sirènes et les descentes dans les abris. La caméra observe des enfants oscillant entre larmes et étonnante solidité, ainsi que des professeurs habitués à enseigner dans l’urgence. Plutôt que de montrer les destructions, le film révèle leur empreinte psychologique sur une jeunesse contrainte de grandir trop vite. En fragmentant les points de vue, Gornostai donne aussi voix aux adultes qui veillent à préserver la mémoire des écoles détruites. Les images, sobres et puissantes, traduisent la pression constante du conflit tout en soulignant une résilience collective. L’établissement scolaire apparaît comme un rempart fragile mais debout face à la barbarie. Le documentaire rappelle que continuer d’apprendre devient un acte de résistance. Premières classes signe ainsi un portrait poignant d’un pays en guerre qui refuse le silence et choisit l’espoir.

Renoir, de Chie Hayakawa
Trois ans après Plan 75, Chie Hayakawa revient avec Renoir, poursuivant son exploration des invisibles au sein de la société japonaise. Là où son précédent film dénonçait l’abandon des personnes âgées, Renoir se concentre sur l’enfance solitaire d’une fillette de onze ans, Fuki, livrée à elle-même entre un père malade et une mère distante. À travers ce portrait délicat, la réalisatrice scrute l’abandon silencieux et la difficulté du lien familial. Son esthétique épurée, faite de cadres précis, de lumière douce et de silences éloquents, révèle les émotions enfouies. En situant l’action dans les années 1980, Hayakawa interroge l’évolution d’une société marquée par la modernité et l’isolement croissant. Inspiré de souvenirs personnels, le film privilégie le ressenti à la reconstitution. La jeune Yui Suzuki impressionne par son intensité sensible et grave. Plus intime que Plan 75 mais tout aussi politique, Renoir confirme Hayakawa comme une cinéaste du silence et de la fragilité.
