Retrouvez notre sélection de films à voir en streaming, dont Here, de Robert Zemeckis.
Sur CINE+OCS:

Here, les plus belles années de notre vie, de Robert Zemeckis
Sorti discrètement en salles, Here de Robert Zemeckis offre une seconde chance à un film injustement ignoré. Réunissant l’équipe de Forrest Gump, le cinéaste propose une fresque familiale ambitieuse centrée sur un unique décor : le salon d’une maison traversant les époques, de la Préhistoire à nos jours. Grâce à une caméra fixe et à un ingénieux système d’incrustations temporelles, il transforme cet espace en témoin des générations qui s’y succèdent. Chaque cadre agit comme une fenêtre sur le passé, révélant l’évolution des modes de vie et des technologies. Le film impressionne par sa maîtrise visuelle et le soin apporté aux décors, restituant avec précision chaque période. Mais au-delà de la prouesse technique, Here célèbre les liens familiaux et l’attachement aux racines. La maison devient le symbole du cycle de la vie, des joies aux deuils. Zemeckis signe ainsi une méditation émouvante sur le temps qui passe. À la fois conceptuel et sensible, le film dresse le portrait d’une Amérique nostalgique, profondément attachée à ses souvenirs.

A feu doux, de Sarah Friedland
À feu doux, de Sarah Friedland, suit Ruth Goldman, retraitée passionnée de cuisine, dont la vie bascule avec les premiers signes de la maladie d’Alzheimer. D’un foyer ordonné à un établissement médicalisé, le changement de décor symbolise l’effacement progressif des repères et des souvenirs. La réalisatrice filme avec minutie et retenue le quotidien d’une femme confrontée à la dépendance et à la perte d’autonomie, sans jamais céder au pathos. À travers une mise en scène alternant plans serrés sur le visage égaré de Ruth et plans larges soulignant sa solitude, le film restitue la dualité temporelle propre à la maladie. Il met aussi en lumière le rôle essentiel des soignants, derniers repères stables dans un monde qui se fragmente. Kathleen Chalfant livre une interprétation d’une grande finesse, incarnant la dignité vacillante du personnage. La cuisine, passion persistante, devient le symbole d’une mémoire qui résiste encore. Avec délicatesse, À feu doux rend hommage à celles et ceux qui affrontent cette lente disparition dans le silence du quotidien.
Sur Universcine:

Un simple accident, de Jafar Panahi
Palme d’Or à Cannes 2025, Un simple accident confirme la force politique et cinématographique de Jafar Panahi. Tourné clandestinement, le film repose sur un postulat simple : un homme, ancien bourreau du régime, est reconnu puis enlevé par l’une de ses victimes, ouvrant un face-à-face tendu entre justice et vengeance. À travers ce récit épuré, Panahi livre une critique frontale du pouvoir iranien et interroge la tentation de la vindicte populaire. Fidèle à son style néo-réaliste, il privilégie une mise en scène minimaliste, souvent confinée à l’intérieur d’un véhicule, transformé en espace de confrontation morale. Chaque personnage croisé incarne les fractures d’une société marquée par la peur et la répression. Sans effets spectaculaires, le cinéaste fait de la clandestinité une force esthétique et politique. Entre thriller social et parabole, le film questionne la responsabilité individuelle face à un système oppressif. Cette Palme d’Or consacre autant l’œuvre d’un artiste que la résistance d’un peuple réduit au silence.

Les Enfants rouges, de Lotfi Achour
Avec Les Enfants rouges, Lotfi Achour signe un film puissant ancré dans les montagnes tunisiennes, où l’assassinat brutal d’un jeune berger plonge une famille dans le deuil. Témoin du drame, Achraf doit annoncer la mort de son ami Nizar, déclenchant une quête pour retrouver le corps et l’ensevelir selon les rites musulmans. Inspiré d’une histoire vraie, le film évoque moins la vengeance que la nécessité du recueillement et de la mémoire. Dans un décor minéral d’une grande beauté plastique, Achour capte la rudesse d’une Tunisie rurale marginalisée et menacée par le fanatisme. Sa mise en scène épurée laisse deviner plus qu’elle ne montre, installant une tension sourde et spirituelle. À travers des compositions soignées et des visions presque fantomatiques, il filme la douleur intime et la solidarité familiale. Porté par l’intense Ali Helali, le récit dépasse le drame individuel pour dresser le portrait d’un pays fracturé. Les Enfants rouges s’impose ainsi comme une œuvre profondément humaine sur la mort, le souvenir et la résilience.
