Notamment passé par la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes, La Danse des renards de Valéry Carnoy se mue en exploration profonde de la quête identitaire et sportive, une variation intelligente de la recherche de maturité.
Camille, jeune boxeur talentueux, vit dans un internat sportif. À la suite d’une chute et de multiples blessures, une douleur mystérieuse envahit peu à peu le corps du jeune homme, au point de le faire douter de ses idéaux personnels. Bien interprété par Samuel Kircher, qui apporte à ce personnage un semblant de prestation animale, La Danse des renards séduit par son climat de huis clos lié au décor renfermé d’un établissement de sport-études où la théorie se mélange à la pratique, où les desseins sportifs se devinent. Carnoy filme une bande de jeunes, adeptes des rings, qui passent de la franche camaraderie à la pure adversité, laissant affleurer une violence symbolisée par les coups portés.
La Danse des renards sait traiter des sujets importants, de fond, comme la possession de la virilité, les sensations corporelles et, plus généralement, les tourments existentiels de l’âge adolescent. Tout cela, le cinéaste le capte fortement bien, lui qui fait baigner dans ce groupe un sentiment d’appartenance et de compétition permanente. Tourmenté par une douleur invisible lancinante, le jeune Camille se change en jeune homme traversé par une fragilité, gagné par des hésitations récurrentes, en symbole de victimes face à des représentations masculines viriles, ainsi que la résurgence de violences physiques passées qui viennent influencer négativement ses propres performances.
L’intérieur de l’internat est l’occasion pour Carnoy de représenter l’envers du décor de la pression du système centré sur la productivité et celui de s’en sortir personnellement par le biais de la pratique de la boxe. Au-delà de l’animalité qu’il impose à son acteur principal, c’est tout un climat d’oppression qu’il distille, les couloirs et les salles de l’établissement transpirant les moindres gouttes de sueur des corps en activité pour se surpasser. Tout retranscrit l’oppression, l’exigence, l’excellence qui pèse sur les épaules, une métaphore du sport en général, où la détention de la perfection technique. Face à cela, le cinéaste caractérise ce Camille qui vient rentrer en collision avec les attentes excessives, quitte à s’inventer une blessure imaginaire. Sans trop d’errements scénaristiques, ce long-métrage sait faire planer le mystère, tout en captant la véritable essence d’une ambiance interne plombée par des égos et un chacun pour soi exaspérant.
La Danse des renards est aussi, en filigrane, une critique de la société productive, qui jongle ici entre les amitiés et les rivalités, créant ainsi une atmosphère de méfiance et de défiance, dans un collectif mis en boîte avec réalisme, de façon à décrire les formes de virilisme de l’adolescence moderne. En ce sens, les jeunes interprètes délivrent des compositions intéressantes, en particulier Faycal Anaflous, dans un rôle de sauveur et d’adversaire également traversé par des failles personnelles.
