Les Filles du ciel, Anémone, L’Ile de la demoiselle: nos avis de la semaine

Retrouvez nos avis de la semaine, dont notre coup de coeur pour Les Filles du ciel.

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Anemone, les racines du mensonge, de Ronan Day-Lewis

Le retour de Daniel Day-Lewis dans Anemone, premier film de son fils Ronan Day-Lewis, prend la forme d’un récit intime où fiction et résonances personnelles s’entrelacent. Il y incarne un homme retiré du monde, vivant en ermite, dont l’équilibre fragile est bouleversé par la visite de son frère, joué par Sean Bean. À travers cette confrontation, le film explore les blessures familiales et la difficulté d’échapper à son passé. Sans être autobiographique, il fait écho au parcours de l’acteur, interrogeant le retrait comme nécessité. La mise en scène épurée privilégie les silences et les paysages, renforçant une tension intérieure constante. Daniel Day-Lewis y livre une performance tout en retenue, d’une grande précision. Le rythme contemplatif peut parfois sembler étiré, mais sert la cohérence du propos. L’émotion naît dans les non-dits et les regards. Anemone évite tout effet pour privilégier la résonance. Le film s’impose ainsi comme une méditation sensible sur la transmission, la mémoire et le geste artistique.

Love on Trial, de Koji Fukada

Le cinéma de Kōji Fukada s’inscrit dans une exploration des structures de domination dissimulées derrière les normes sociales, se distinguant de Hirokazu Kore-eda et Ryūsuke Hamaguchi par une approche plus systémique que sensible. Avec Love on Trial, il prolonge cette démarche en s’attaquant à l’industrie des idoles japonaises, où la « pureté » des artistes est exploitée comme un outil marketing impliquant un contrôle strict de leur vie privée. Le film suit Mai, jeune chanteuse sanctionnée pour avoir enfreint l’interdiction contractuelle d’aimer, révélant un système où l’individu est réduit à un produit. Fukada met en scène des espaces froids et déshumanisés où le langage juridique et les logiques économiques écrasent toute dimension intime. Refusant le spectaculaire, il montre comment la victime intériorise d’abord sa faute avant de prendre conscience de l’injustice. Le contraste entre l’imagerie pop colorée et la brutalité des coulisses souligne l’hypocrisie du système. Les réseaux sociaux prolongent cette violence en transformant l’idole en cible publique. Le film dessine ainsi une mécanique globale de contrôle et de punition. Sans didactisme, Fukada livre une critique politique précise. Love on Trial révèle un monde où aimer devient déjà un acte de résistance

Les Filles du ciel, de Bérangère McNeese

Premier long-métrage de Bérangère McNeese, Les Filles du ciel suit le quotidien d’un groupe de jeunes femmes vivant en colocation précaire, dont l’équilibre est bouleversé par l’arrivée d’Héloïse, adolescente en rupture qui trouve auprès d’elles un refuge et une nouvelle famille. À travers ce microcosme, la cinéaste capte avec justesse une jeunesse en transition, tiraillée entre débrouille, responsabilités précoces et désir d’émancipation. Sans jamais céder au misérabilisme, elle filme des existences fragiles mais traversées par une énergie collective, faite de solidarité et de résilience. L’appartement exigu devient le cœur battant du récit, lieu de tensions autant que d’entraide, où se construisent des identités et des trajectoires incertaines. Porté par une direction d’actrices instinctive, notamment Shirel Nataf et Héloïse Volle, le film fait émerger une émotion brute, nourrie de camaraderie et d’espoir. Entre galère sociale et vitalité contagieuse, McNeese signe un portrait sensible de jeunes femmes en quête d’avenir. Les Filles du ciel s’impose ainsi comme un film social lumineux, traversé par un féminisme discret mais profondément incarné.

Julian, de Cato Kusters

Julian, de Cato Kusters, déploie un récit sensible et engagé autour de l’amour entre deux femmes, porté par une conviction simple et puissante : les sentiments n’ont pas de frontières, pas plus que le combat pour les droits LGBTQ+. À travers le parcours de ce couple cherchant à faire reconnaître son union dans des pays où l’homosexualité reste marginalisée, le film tisse un patchwork narratif mêlant voyages, mémoire, maladie et images intimes, construisant un véritable mausolée amoureux. Sans jamais céder au didactisme, il affirme une portée politique forte, célébrant la tolérance et la reconnaissance d’un droit fondamental. Nina Meurisse y livre une performance tout en retenue, incarnant avec justesse la tension entre douleur et persistance du lien amoureux. Malgré une esthétique parfois proche du téléfilm, la mise en scène épurée finit par révéler une émotion sincère et durable. Entre amour et disparition, Julian s’impose comme un hommage délicat à la mémoire et à la lutte pour une universalité encore inachevée des droits.

L’Ile de la Demoiselle, de Micha Wald

Dans L’Île de la Demoiselle, Micha Wald met en scène un huis clos tendu inspiré du destin de Marguerite de la Rocque, noble abandonnée au XVIe siècle sur une île hostile après avoir été agressée par un chevalier. À travers ce récit historique, le film déploie un thriller oppressant où la nature devient une prison à ciel ouvert, reflet d’un monde dominé par la loi du plus fort et un patriarcat brutal. Face à la violence masculine, Marguerite, soutenue par sa servante, évolue de victime à survivante, incarnant une résistance progressive et déterminée. La mise en scène, resserrée et sensorielle, accentue l’étouffement et la tension, transformant chaque tentative de fuite en épreuve. Porté par l’interprétation habitée de Salomé Dewaels, le film dépasse la simple reconstitution pour interroger, en creux, la persistance des violences faites aux femmes. Entre récit d’époque et résonance contemporaine, Micha Wald signe une œuvre âpre, immersive et profondément politique.

La Couleuvre noire, de Aurélien Vernhes-Lermusiaux

Dans La Couleuvre noire, Aurélien Vernhes-Lermusiaux propose une traversée sensorielle et méditative du deuil, à travers le retour d’un fils auprès de sa mère mourante et l’organisation d’un convoi funéraire dans le désert colombien de la Tatacoa. Présenté à l’ACID Cannes 2025, ce second long-métrage prolonge une œuvre habitée par la mémoire et les liens familiaux, en explorant avec pudeur une relation mère-fils faite de silences et de gestes. Le paysage aride, filmé comme une entité vivante, devient le miroir du deuil, absorbant la douleur et accompagnant une procession lente et éprouvante. Entre fiction et approche quasi documentaire, le film privilégie les plans larges et une temporalité étirée, renforçant une sensation d’errance et de quête spirituelle. Refusant toute dramatisation excessive, il adopte une retenue austère, loin des représentations festives de la mort en Amérique latine. Par sa sécheresse formelle et son atmosphère minérale, La Couleuvre noire s’impose comme une expérience contemplative, où la disparition devient matière à cinéma.

Avis négatifs pour:

Ceux qui comptent, de Jean-Baptiste Leonetti

Malgré la présence de Pierre Lottin et Sandrine Kiberlain, Ceux qui comptent peine à s’imposer comme une comédie française marquante. Son scénario, inabouti, se perd dans un enchevêtrement pseudo-burlesque de situations sociales sans réelle progression. Le récit de cette famille vivant de bric et de broc, et sa rencontre avec le personnage incarné par Lottin, n’aboutit à aucun véritable enjeu, laissant une impression de vacuité narrative. Le film s’appuie sur un canevas usé, multipliant quiproquos et effets de déjà-vu, sans jamais parvenir à renouveler ses ressorts comiques ni à donner de la profondeur à ses personnages.

Plus fort que le diable, de Graham Guit

Le film repose pourtant sur une base prometteuse : la rencontre fortuite entre un jeune homme et son père, désormais à la rue, ouvrant sur un récit potentiellement fort autour de la filiation, de la marginalité et des dérives liées à la survie — mauvaises fréquentations, argent facile, trafics. Mais ces enjeux restent sous-exploités. Le scénario manque de finesse et enchaîne des situations sans véritable nuance, tandis que les réactions des personnages peinent à convaincre par leur manque de crédibilité. À mesure que le récit avance, le film délaisse sa dimension sociale pour basculer dans une accumulation de scènes gores, souvent gratuites, qui parasitent le propos initial. Une orientation qui affaiblit l’ensemble et laisse le sentiment d’un potentiel largement gâché.

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